Corporatisme agricole

Corporatisme agricolePar Ian Sénéchal,

Cette semaine, le fromage Velveeta était en spécial à l’épicerie. Ça faisait un bon 15 ans que je n’avais pas mangé ça. Ma grand-mère en avait souvent dans son frigo et je lui en volais constamment. J’adorais le goût. J’en ai acheté cette semaine, pour le fun. Yark. Ça ne goûte plus la même chose du tout. Je lis la liste des ingrédients… pas de lait, pas de crème, juste des substances laitières modifiées. C’est granuleux, médiocre. Cette dégustation m’a rappelé un petit souvenir. Je suis allé à Tampa Bay, il y a 2 ans. J’avais acheté du lait (moitié prix) et du fromage Philadelphia. Je l’avais mangé à la cuillère tellement il était bon. Les deux premiers ingrédients étaient du lait et de la crème, comme dans fromage à la crème.

Où je veux en venir? Hier, j’ai eu le goût de faire un petit coup de gueule sur ma page Facebook. Une publication très banale, mais colorée, comme j’aime les faire. Ce matin, quand je me suis levé, plusieurs agriculteurs avaient exprimé leur mécontentement sur ma page. La plupart de ces derniers ne suivaient pas ma page avant ce matin. Certains étaient modérés et articulés, d’autres étaient franchement irrespectueux. J’ai tout supprimé. C’est toujours ce que je fais sur ma page. Les gens doivent comprendre que bon nombre de personnalités publiques gèrent leur page pour qu’elle gagne en popularité. Le meilleur moyen d’y arriver est de provoquer et susciter un débat. Plus le débat est fort, plus on a de clics, plus on a de commentaires, plus on a de « likes » et plus on a de partages. Je n’ai jamais géré ma page de cette façon.

Ma page Facebook, c’est un sanctuaire. Je m’en sers pour émettre mes coups de gueule en toute liberté. Je ne veux pas discuter, ni argumenter, ni perdre un temps fou à la modérer. Tout ce que je veux, c’est offrir mon opinion à ceux qui veulent bien la lire. Dans un dossier comme celui de la gestion de l’offre, bien peu de gens offrent un point de vue comme le mien. Ma plus grande inspiration sur ce dossier est probablement mon ami Vincent Geloso.

Le système de la gestion de l’offre est nuisible. Point. Économiquement nuisible. Ça nuit aux consommateurs en limitant l’offre, en haussant le prix, en protégeant l’agriculteur à faible productivité, en n’incitant pas le meilleur agriculteur à faire croître son entreprise, en endettant la jeune génération d’agriculteurs tout en s’assurant que la relève agricole sera inexistante si le système continue.

Deux agriculteurs ont trouvé mon numéro de cellulaire sur Internet et ont téléphoné pour me faire comprendre que j’avais tort. Les deux échanges se sont terminés de la même façon. Je leur ai raccroché au nez. Ils font la gaffe de penser que parce que j’attaque la gestion de l’offre, j’attaque l’entrepreneur! Non, j’attaque peut-être le syndicaliste qui défend bec et ongles la position officielle de l’UPA, mais certainement pas l’entrepreneur. Un entrepreneur, ça prend des risques financiers, ça développe son entreprise, ça améliore sa productivité, ça souhaite conquérir de nouveaux marchés, ça veut avaler son compétiteur en étant meilleur que lui.

S’il y avait vraiment des entrepreneurs purs dans l’âme parmi la tonne d’agriculteurs qui ont pris ma banale publication Facebook en grippe, ils seraient à mes côtés à réclamer la fin de la gestion de l’offre pour obtenir plus de compétition, plus de productivité et plus de possibilités de croître pour les meilleurs de leur industrie. Je sais pertinemment qu’être agriculteur est une job incroyablement difficile et que vous travaillez fort. Le point n’est pas là. Votre système vous étouffe. Il est dépassé, il ralentit votre innovation. C’est sûr que si vous regardez votre bilan financier et que la moitié de vos actifs représentent la valeur que l’on accorde à un petit bout de papier, il y a de quoi défendre le système bec et ongles. Mais un jour, faudra penser à négocier une solution avec le gouvernement pour nous sortir de ce merdier qu’est la gestion de l’offre sans vous mettre en faillite. Le débat devra avoir lieu un jour ou l’autre. Sinon, vous serez comme les taxis, une innovation comme UBER que personne n’avait vu venir vous bouffera tout cru.

En attendant, prenez la peine de bien vous reposer le samedi, vous travaillez assez fort comme ça. Ne perdez pas votre temps à essayer de faire changer d’idées un gars têtu comme moi sur un sujet de ce genre. C’est peine perdue. Et les appels d’intimidation sur mon cellulaire… ça fait gamin pas mal.

Une réflexion sur “Corporatisme agricole

  1. On doit pas demander a des farmers qui sont tous devenus millionaires avec 30 vaches de changer un système , mais je comprend pas les agriculteurs ambitieux de ne pas s’opposer a ca, mais on est bien assis dans un tracteur a 300K$ avec la maison de 500K$ qua ca aille bien ou non. la paresse économique, et la richesse financée par l’acheteur qui paie son lait trop cher.

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