Coupables

Stéphane Lessard

Sans doute, comme moi, êtes-vous encore en train de vous remettre de votre rate qui a explosé quand vous avez vu le papier de Lisée et de Drainville qui travestissaient la pensée de Thomas Jefferson. Fidèles à eux-mêmes, ils n’ont pas publié leur texte humoristique dans le « Hillbilly Herald ». Non. Ils ont publié ça dans le New-York Times s’il-vous-plaît. Rien de moins. En tant que représentants de NOTRE gouvernement. Dites-vous qu’à la prochaine lettre qui va arriver au NYT avec un timbre de poste du Québec, ils vont distribuer des culottes d’aisance dans la salle de rédaction. On est jamais trop prudent.

Un martien (*), qui débarque sur Terre, pourrait penser que c’est anecdotique. Un écart momentané de rigueur intellectuelle. Il n’en est rien. Le drame, pour le Québec, c’est que c’est une constante. Les péquistes en sont la quintessence, mais le PLQ en est aussi. Moins ostentatoire de sa stupidité, mais non moins nocif et délétère. Ce à quoi je fais référence ici, c’est à cette fabulation institutionnalisée qui caractérise le Québec des 40 dernières années. Nous en avons eu un exemple patent à l’externe avec l’agape jeffersionnienne de nos Dumb and Dumber nationaux, mais aussi récemment avec la mise à jour économique de Marceau. On se raconte des histoires, on se ment, on se prend pour ce que nous ne sommes pas et nous sommes tellement englutinés de mensonge que nous en faisons une réalité bonne à scander.

Ce que le PQ a fait avec Jefferson, ils l’ont fait avec les CPE, la charte… la souveraineté. Le PLQ l’a aussi fait avec une foule de programmes « sociaux ». On construit une histoire, un message et la doctrine devient la réalité. Le processus de construction du mensonge et de son ancrage dans l’esprit du peuple leur a éclaté au visage quand ils ont tenté de berner les américains et une autre clique d’intellectuels qui y ont vu un affront. Ce genre de propagande de république de bananes ne sort jamais des frontières des dites républiques parce qu’eux savent qu’ils vont attirer l’attention sur leurs manipulations. Le PQ n’est même plus un bon parti socialiste typique qui garoche sa bouillie sûrie à la populace et le caviar sémantique aux voisins pour brouiller les pistes. C’est dire l’étendue de l’affection.

Le meilleur parallèle que l’on puisse effectuer est le suivant: la secte recluse. On instruit la collectivité d’une vision du monde où elle est au centre, on l’éduque de façon à lui faire croire qu’elle est sur la voie enviable et enviée de la vérité, de la justice, que ses conditions de vie font rougir d’envie, que le risque vient de l’extérieur, que l’exploiteur se cache pour fondre tel le vilain dans la mythologie chrétienne et surtout que le grand jour s’en vient. En dehors du groupe, point de salut. La réalité est qu’ils sont gardés dans l’ignorance, bercés d’illusions et de mensonge, exploités par le modèle de société qu’on les conditionne à idéaliser et utilisés vilement pour assurer le confort de la caste des élus et des bienheureux tout en les menant vers leur perte qu’on leur présente, comble de l’insulte, comme leur salut. Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

Bien sûr, il y a ici des gens qui crient la vérité, qui sortent du territoire et sont au fait de ce qui arrive et du fonctionnement de l’extérieur. Mais le jeu de culpabilité à coup de la « société qui a payé pour tes études », l’aversion pour l’apprentissage de l’anglais (vitrine sur le monde, mobilité, trait marquant de l' »exploiteur ») et pour toute velléité de liberté de choix dans la société (privé en santé, formule Rand etc…) sont des traits du sectarisme dont les élites québécoises péquistes et libérales des 35 dernières années ont fait preuve.

On vous veut captif. Pris en charge et affaibli. Mais pas trop: les travaux forcés de l’effort collectif pour maintenir la ventripotence de la caste vous incombe. Écoutez les interventions de cette semaine de Ian Sénéchal et Denis Julien à RadioPirate (voir les liens sur Les Analystes) puis Joanne Marcotte à MauraisLive (http://www.radioego.com/ego/listen/14993) et venez me dire qu’on ne nous prends pas pour des membres mentalement affaiblis d’une secte d’exploitants.

(*) Depuis l’énoncé de Nicolas Marceau, « martien » s’écrit « marcien ». Comme dans « règles comptable valides sur mars » ou « …le ministère des finances est rempli de marciens ».

3 réflexions sur “Coupables

  1. L état de fait que vous décrivez je l ai réalisé il y a longtemps et je dois dire que cela me perturbe au plus haut point. Cependant je me questionne sur les solutions et sur la question de la masse de ceux qui profitent de ce système ainsi que sur l inertie de ceux qui le nourrissent. Il faudra j en n ai bien peur toucher le fond et souffrir pour que les changements surviennent!!!!!

  2. Nous nous sommes construit notre propre enclos culturel dans lequel le peuple semble d’accord pour paître et se laisser tondre en autant qu’il se sente « protégé » et « pris en charge » par ce gouvernement protecteur qui sais tellement plus que nous comment faire pour nous protéger de nous-même.

    Éventuellement, notre capacité à continuer ainsi sera impossible, puisque la réalité frappera durement à notre porte et nous devrons bien nous rendre compte que ce qui fait la force d’un peuple, ce ne sont pas nos dirigeants (nos gourous si nous étions véritablement une secte), mais nous, les individus qui forment cette société.

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