Les forgerons de 2013

Par Ian Sénéchal,

Une industrie se bat présentement pour sa survie. Elle fait du lobbying, elle jappe, elle crie et elle tente même de prendre part à des tournois de bras de fer selon le Devoir! On apprend ce matin que l’industrie du livre, ou du moins, certains éditeurs, applique un délai de carence aux grandes surfaces, ces salauds qui sont en train de tuer les librairies.

Ça me fait rire. Les maisons d’édition sont tellement subventionnées qu’elles n’ont plus rien à voir avec une entreprise normale qui aurait tendance à traiter tous ses détaillants et distributeurs avec respect et surtout qui viserait à augmenter son volume de vente.

Les distingués lecteurs du Devoir verront dans le geste de Michel Tremblay et de son éditeur de l’héroïsme et du courage. Personnellement, j’y vois de la démence. Les librairies sont les forgerons de 2013. La plupart sont condamnées à l’extinction et certaines survivront encore 75 ans, mais avec une mission différente. Elles deviendront des boutiques spécialisées et leur nombre va grandement diminuer.

Au Québec, on est en retard technologiquement. On dirait que ce n’est que cette année qu’on se rend compte que les gens vont acheter de moins en moins de livres en librairie. Et pourtant, plusieurs raisons expliquent ceci :

  • Le livre numérique.
    • Sur la quinzaine de livres que j’ai lu cette année, environ douze l’on été sur mon téléphone cellulaire ou ma tablette. J’ai 29 ans, donc je ne représente pas tout le marché, mais il y a des raisons pour lesquelles j’utilise le livre numérique qui ne partiront pas avec le temps. Premièrement, je ne suis pas un nostalgique et la texture du papier ne me donne aucun plaisir. Je lis beaucoup pendant mes vacances. Mon iPad pèse moins de 500g et utilise très peu d’espace dans ma valise. Les livres numériques sont moins chers. Présentement, j’ai environ 5 livres en cours de lecture de sujets différents. Je ne suis pas du genre à lire un livre d’un bout à l’autre en 3 jours. Je les ai constamment à moins de 5 pieds de mes doigts et je peux sauter de un à l’autre sans difficulté. Je lis beaucoup en anglais et je dois parfois utiliser le dictionnaire. Merveilleux, avec un livre numérique, on appuie sur le mot et la définition apparaît. Et finalement, quand vous voulez lire à côté de votre femme, dans le lit, pendant qu’elle dort, pas besoin d’éclairage avec un téléphone.
  • Le magasinage en ligne.
    • Je ne magasine même plus mon linge dans les magasins, pourquoi les livres? Ma femme et moi achetons peut-être 50 à 75 % de nos biens de consommation par Internet. Elle a refait sa garde-robe au complet cette année à partir de son ordinateur portable. Si c’est trop compliqué avec les entreprises québécoises qui tardent à utiliser le commerce électronique, pas de problème, on va sur des sites américains. J’aime beaucoup quand elle va sur le site de Victoria Secret d’ailleurs!!! Pour le livre, l’avantage, c’est qu’on a accès aux avis des acheteurs avant d’appuyer sur le bouton de commande. Fini les navets!
  • L’anglais
    • Je suis du genre pratico-pratique. Depuis plusieurs années, j’essaie d’améliorer mon anglais. Par contre, je demeure à St-Anselme. Pas moyen de rencontrer quelqu’un avec qui discuter en anglais ici. J’ai donc fait le choix de me divertir en anglais. Films, livres, séries télé… Tout en anglais. Le reste de mon existence est en français. Je dois dire que je suis très satisfait de l’amélioration de ma deuxième langue depuis 10 ans. Dans la région de Québec, il y a une librairie en anglais. J’y suis allé et je n’ai pas trouvé ce que je voulais vraiment. Sur Google Play et iTunes par contre…
  • Gratuité
    • Quand on tombe dans le livre facile (roman qui permet de mettre son cerveau à off), pas besoin de payer, vous en avez une tonne de gratuit en ligne. Ces temps-ci, je lis une belle histoire de zombies. Parfait quand j’en plein le pompon des REER, CELI et assurances quelconques.
  • Grandes surfaces
    • C’est encore le seul genre de magasin qui nous fait sortir de chez nous. Le seul moyen pour moi de voir à quoi ressemble encore un livre papier, c’est d’aller au Costco. Le pire, c’est que ça arrive souvent que j’en achète, car je suis visuel et si un livre me tente, je ne me casse pas la tête. Hop, dans le panier. Livre pour enfant, roman pour ma femme, biographie…

Un profil de consommation comme le mien n’est pas encore la norme. Mais on s’en va vers ça les amis. Les librairies vont fermer, comme les clubs vidéos et les journaux. D’ailleurs, le Devoir ne s’intéresse jamais aux clubs vidéos. Probablement pas assez raffinée comme industrie, ou pas assez subventionnée pour être défendue!

Si les auteurs québécois veulent faire le choix de ne pas distribuer leur livre dans le seul magasin où j’ai la chance de les croiser, je m’en contre-fiche. Mais permettez-moi de me foutre de leur gueule.

Note : le petit livre de zombies que je lis ces temps-ci est celui-là. Il est apparu gratuitement la semaine passée sur mon Google Play. Restez à l’affût pour économiser.

2 réflexions sur “Les forgerons de 2013

  1. Vous venez d’expliquer exactement notre profil familial d’acheteur. Aussi, la majorité des achats se font par internet, je déteste magasiner. De plus depuis presque 4 ans je ne lis que de la lecture numérique, j’ai un mur de livres dans mon sous sol, je n’y vais plus depuis que j’ai mon Ipad, j’ai acheté des liseuses a mes enfants en cadeaux il y a deux ans et elles ne jurent que par ça maintenant. Moi même je m’en suis acheté une il y a six mois en plus du Ipad alors vous voyez messieurs les libraires que ce ne sont pas les grandes surfaces le problèmes. Je trouve tout en ligne et j’ai autour de 175 livres sur ma liseuse (en six mois), tout ce que j’achetais en papier est devenu numérique maintenant. Et je ne retournerai pas en arrière. Vous devrez vous renouveler….

  2. J’ai 72 ans et depuis que j’ai ma liseuse (cadeau d’anniversaire de mes 70 ans), je ne lis plus les livres en papier. Comme je lis en 4 langues, les dictionnaires inclus sont vraiment très utiles. Mais il y a encore un autre grand avantage, les livres gratuits. J’avais lis les classiques en traduction. Là je me régale à les lire dans le texte. Avec des milliers de livres, des meilleurs auteurs de la littérature mondiale en ligne, pourquoi je vais me déplacer chez le libraire pour payer le gros prix et porter dans mon sac à dos des tonnes de papier? Maire Laberge et Arlette Cousture l’ont bien compris.
    Je trouve que le combat des libraires et des éditeurs contre le livre numérique se ressemble au combat que les éleveurs de chevaux, les forgerons, les conducteurs de carrioles ont mené contre le chemin de fer au XIX siècle. Mais plus proche de nous, c’est aussi le combat perdu des tenants du Minitel contre Internet, et les amants de la photographie argenté contre le numérique.
    L’important c’et le contenu, pas le contenant.
    L’important c’est LIRE!

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