Le miroir

Stéphane Lessard

(Contact via Twitter, Courriel),

S’il est un sentiment qui unit les Québécois depuis des mois, c’est bien le découragement. Tous horizons politiques et idéologiques confondus, nous sommes découragés du spectacle de nos politiques et de nos acteurs sociaux. Certains diront que cet état de fait nous affligeait déjà du temps des libéraux; je dirais que nous en sommes affligés depuis la défaite référendaire de 1995. Perdre (et qu’on nous fiche la paix avec le référendum volé: je suis de ceux qui trouvent que 50% + 1 n’est pas un message clair et surtout pas une victoire) un référendum pour ensuite se réveiller et se rendre compte que nous aurions pu nous engager sur la voie de la souveraineté avec un État défaillant qui, pour la seconde fois en 15 ans et suite à un référendum, devait remettre subito et à tout prix de l’ordre dans ses finances n’est rien pour susciter la ferveur et fierté. Certes, nous avons vécu quelques années (en fait les seules en 35 ans! On se rappelle que Lisée les a sélectionnées pour justifier son « argumentaire ») de meilleure croissance mais ce fut pour mieux sombrer à nouveau, assommés par les relents de corruption et d’incompétence qui sont venus encore une fois délaver le peu d’estime dont nous avons tenté de nous imprégner.

L’arrivée du PQ au gouvernement relève de l’accident de parcours. Et c’en est tout un. La réalité nous frappe en plein visage: le Québec est une chaloupe sur l’océan, gouvernée par des enfants qui gribouillent un itinéraire sur une carte en ignorant leur position et les points cardinaux… Pire encore: ceux sensés ramer ont le réflexe de s’attendre à ce que le voisin rame pour eux! Ils en sont mêmes encouragés et confortés par leurs dirigeants! Nous sommes mal barrés. Et c’est notre faute. Collectivement.

Comment se fait-il que nous laissions des jeunes, en minorité, manipuler des institutions aussi importantes que les universités et brimer la majorité qui, elle, veut mener à bien ses projets? Comment des adultes, payés par l’État, peuvent-ils se retrouver du côté des intimidateurs impunément? Comment 32% des gens ont-ils pu voter pour un parti, qui, aux portes du pouvoir, préférait la partisanerie à l’affirmation de l’État de droit, de la démocratie et au respect d’autres axes fondamentaux de la civilisation? Comment un peuple, qui larmoie lorsqu’à heure de grande écoute le dimanche soir une certaine gauche affirme que nous sommes ouverts et évolués, peut-il voter pour des gens qui croient justifié de crier publiquement que l’acceptabilité d’un immigrant est liée à la langue parlée dans son intimité? Comment un peuple qui se dit fier de sa langue peut-il être aussi négligeant face à celle-ci? Et la liste pourrait s’étendre sur des pages…

La réponse est toute simple: parce que notre peuple, à toutes ces questions, vous répondra soit que c’est à l’État de s’en occuper ou que ce n’est pas grave. Le Québec souffre d’un système ou les individus forts et vocaux viennent du bon bord et sont là pour dicter à la masse les schémas de pensée entretenant l’engourdissement. Les tenants du changement, eux, sont perçus comme des menaces qu’il faut affliger des plus avilissantes étiquettes. Une fois que l’on a constaté cela, il appert que le Québec, je l’ai déjà écris, n’a jamais été libre et que la révolution tranquille ne fut dans les faits qu’un changement d’intelligentsia: infantilisante, envahissante et liberticide.

Cependant, notre découragement, notre écœurement sont de bons signes. Ils furent jadis la prémisse du tassement de l’Église et d’une volonté de changement. Nous n’étions de toute évidence pas prêts (je dirais surtout mal outillés) pour faire assumer à l’individu son rôle tel qu’il s’exprime dans les sociétés millénaires les plus civilisées: celui de pilier. Une société forte se base sur des individus s’assumant pleinement et dont la communion forme un tout fonctionnel, satisfaisant pour ces derniers et offrant une pérennité des valeurs communes. Ceux qui ont cru que l’on bâtissait une société forte et pérenne en syndiquant et en utilisant l’État pour aider les citoyens auraient dû étudier l’histoire et comprendre que seuls les individus restent et que les structures se démodent ou sont renversées… A convaincre les gens que leur bien passe par une affiliation quelle qu’elle soit, on assure le bien de la structure d’affiliation mais pas celle des individus. Une des erreurs de la gauche (atavique de l’idéologie) est de nier le bien fondé de l’individualisme comme base de la société en y apposant l’étiquette d’égoïsme. L’erreur de la droite est trop souvent de ne plus vouloir structurer la société… Nier la nature humaine de part et d’autre sont malheureusement des travers propres aux idéologies. La droite, comme moteur des réformes qui viennent, se doit de garder ceci à l’esprit pour ne pas répéter l’erreur de la révolution tranquille.

Ainsi, le Québec en est là. Devant le miroir, seul avec lui-même. Les Québécois vont vite comprendre que les problèmes auxquels il fait face et qui les insatisfaits ne trouvent de solution que dans une nouvelle mouvance. La gauche le sait et le sent: leurs attaques, leur verbalisation trahissent leurs craintes. Cette mouvance, qu’on a sentie depuis les élections de 2007 au Québec, est en marche. Les gens sentent bien que le modèle Québécois leur a vendu (à crédit…) une image de leur patrie qui n’aura été valable et profitable que pour une génération.

Le 3 mars à Trois-Rivière, le Réseau Liberté Québec organise son quatrième rassemblement. Seul véritable véhicule des valeurs de droite économique et de contrepoids du discours ambiant validant le modèle Québécois, il est de la responsabilité de ceux qui croient que la farce propagandiste du PQ, de l’étatisme prédateur et de l’égoïsme intergénérationnel ont assez duré de venir montrer que, désormais, des Québécois ont décidé de taire le silence et que la vieille radio mono de la gauche a fini de nous casser les oreilles avec sa propagande en boucle.

Autre bonne nouvelle: le découragement a un solvant. En 2013, c’est le RLQ. Alors, venez nettoyer votre miroir…

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2 réflexions sur “Le miroir

  1. Je partage dans l’ensemble vos propos, sauf qu’ils contiennent, je pense, une erreur. Je ne pense pas que « l’arrivée du PQ au gouvernement relève de l’accident de parcours.
    Tout d’abord un parti ne gagne pas une élection, il la perd. Alors c’est le PLQ qui a perdu. Le PQ appuie son projet sur environ 35% des électeurs. À défaut d’avoir mieux, le PQ devient l’alternative naturelle, la CAQ n’ayant pas eu le temps de mériter la confiance de la population.

  2. J’adore ce courant de pensée. Le RLQ DOIT s’imposer d’avantage au Quebec. Il est grand temps de se débarrasser des vieux partis. Les fumistes de la CAQ inclus!

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