FÉQ : Quand des subventionnés poussent le citoyen vers l’illégalité

Par Ian Sénéchal,

Les gens de Québec sont chanceux cette semaine. Ils participent à une expérience de laboratoire visant à enseigner les bases de l’économie à une partie importante de la population de la ville. Voici un résumé des points d’apprentissage à l’ordre du jour.

OBJECTIF #1 : COMPRENDRE L’OFFRE ET LA DEMANDE

Quand l’offre est limitée, disons par un nombre maximum de billets au Festival d’été de Québec, et que la demande est sensible au prix, il existe un prix (supposons 150$) qui permettra à tous les gens qui sont prêts à payer ce prix d’obtenir un de ces billets et de tous les écouler. Évidemment, tous ceux qui ne sont pas prêts à payer ce prix n’en obtiendront pas. Tout se fait dans l’ordre, le calme et sans file d’attente et tous les billets sont vendus. Les seuls à payer pour l’évènement sont ceux intéressés par l’évènement lui-même.

OBJECTIF #2 : QU’ARRIVE-T-IL SI LE PRIX EST FIXÉ TROP BAS (DISONS 55$)?

On risque d’abord de devoir financer une bonne partie du festival à l’aide de subventions pour combler les déficits générés. Des gens se trouvent donc à financer quelque chose qui ne les intéresse pas. Des files d’attente seront créées pour l’achat des billets, car l’offre limitée est insuffisante pour remplir la demande, à ce prix. Des gens qui étaient prêts à payer 150$ n’obtiendront pas de billets. Il y aura de la frustration. Il y aura du gaspillage de temps (les gens ne pouvant débourser plus d’argent compensent en coupant sur leur travail ou leur loisir pour faire la file).

OBJECTIF #3 : COMPRENDRE L’APPARITION DES MARCHÉS ILLÉGAUX (MARCHÉS NOIRS)

Si on continue de supposer que l’on fixe le prix trop bas, il y aura un marché de revente qui va se créer afin que les gens qui souhaitaient payer plus puissent se procurer des billets. Dans une province comme le Québec, il pourrait même y avoir quelques imbéciles prêts à demander l’interdiction de la revente de billets. Il pourrait même y avoir un gouvernement encore plus imbécile qui va mettre en place une telle législation. Il y aura donc un marché de revente qui va tout de même se créer, mais il sera sous-terrain. Les gens qui feront la revente le feront dans l’illégalité. Ce sera, ce qu’on appelle, un marché noir.

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23 réflexions sur “FÉQ : Quand des subventionnés poussent le citoyen vers l’illégalité

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  2. Le FÉQ ne se veut pas qu’un simple concert privé dont le but est de faire le maximum de profit mais un festival visant à agrémenter la vie des habitants de Québec. Il se doit donc d’être relativement accessible à tous. À 150$ le billet, seul les riches et les fans du groupe le plus populaire de la programmation, Bon Jovi et Aerosmith cette année, seraient disposés à payer le prix, ce qui résulteraient en un achalandage ridicule lors des autres journées. Je ne crois pas que ce soit le but recherché par les organisateurs du festival.

  3. Donc, les 150 000 personnes qui vont avoir les billets aléatoirement à 55$ sont de meilleurs consommateurs que les 150 000 personnes qui auraient été prêtes à payer 150$.

    Ah bon…

    • Ils serait probablement plus homogènes et moins représentatifs de la clientèle recherchée par le festival, oui.

        • Sur les propos des organisateurs eux-mêmes. Par exemple, la programmation moins heavy métal de cette année en fait râler quelques-uns et la réponse à ce genre de commentaires est toujours la même. Un exemple:
          « L’équilibre et la variété sont toujours les objectifs visés, vous trouverez dans la programmation des artistes d’ici et d’ailleurs, dans tous les styles musicaux. »

          Il me semble donc évident que le FEQ cherche une clientèle variée et s’assurent d’ajuster le prix en conséquence. Cela dit, si vous avez des exemples de propos venant du FEQ me contredisant, il me fera plaisir de me rétracter.

        • J’avoue que le point de Philippe est intéressant. On peut supposer que si le prix du billet était de 150$ la plupart des amateurs des autres bands que Bon Jovi et Aérosmith (l’an passé Métalica) ne seraient pas aussi enclin à acheter leur billet à ce prix. La solution serait de vendre des billets pour chaque concerts… Ce qui revient à payer le juste prix pour l’artiste que vous voulez voir. Économiquement parlant, le package ne fait pas de sens.

    • Pour 150 $ avec l’offre actuelle des groupes du festival, c’est pas cher!!! Et si 150 $ c’est trop cher pour le québécois moyen, alors on est bien riche en pauvre.

  4. Il aurait été préférable de vous renseigner monsieur Sénéchal. Ce n’est que 60 000 laisser-passer qui étaient disponibles aujourd’hui au coût de 55$. Les gens on librement choisi de couper sur leur temps comme vous dites et faire la file pour économiser 11$. Personne ne les y oblige. Dès samedi les laisser-passer seront en vente au prix régulier et en plus grand nombre.

    • Avec la qualité des groupes offerts et la très bonne réputation du festival, 11$ d’augmentation est nettement insuffisant. Les gens font la file, car ils savent que ça va être encore plus dur au téléphone, que la file va être longue aussi et que le risque de ne pas en avoir est grand.

      Ne vous inquiétez pas pour moi, je m’informe très bien et j’essaie aussi de comprendre les phénomènes de société.

      Un festival de cette qualité n’a plus besoin de subventions depuis fort longtemps.

      • Par le Web, c’est plus facile, bien que le site est parfois embourbé.

        Reste que je trouve dommage qu’il ne reste pas de billets pour les touristes. En particulier pour ceux qui sont venus il y a quelques années et qui reviennent cette année en pensant qu’ils peuvent encore acheter leur laisser-passer à la dernière minute.

        Je rejoins Ian dans la plupart de ses propos. Je considère qu’on crée une rareté inutile et il faudrait remonter le prix graduellement jusqu’à enlever toute forme de subvention. Le montant des subventions n’est pas si élevé (on parle d’environ 3M$) donc cet objectif est très atteignable. Ça serait autour de 20$. En mettant le laisser-passer autour de 85$ ou 90$, plus aucune subvention, moins de jugements à propos du contenu (francophone ou non), tout le monde est heureux.

        Et quelle fierté de dire qu’on a un festival non-subventionné!

  5. Que dire de plus, sinon que la taxe a la consommation est la plus injuste des taxes, car les plus riche paie exactement le même pourcentage de taxe que les plus pauvres, Nous devrions privilégier l’impôt sur les revenu plutôt que la taxe a la consommation que nous devrions abolir.

    • C’est à cause que si on module tout en fonction du salaire en plus de l’impôt, bien tout le monde vont avoir le même salaire à la fin. À quoi bon se forcer pour travailler alors ?

  6. Bon texte Ian! Sauf que, en lisant les commentaires, je me rends compte que le Québécois moyen a très peu de connaissances en économie. T’auras beau vulgariser aussi bien que tu le fais, les principes économiques de base ne passent pas! Quand on subventionne une activité, « des gens se trouvent à financer quelque chose qui ne les intéresse pas », ce qui crée une distorsion entre l’offre et la demande (donc, des files d’attente et un marché noir, comme en URSS)! Le Québec ressemble de plus en plus à l’URSS!

  7. les subvention aux différents festivanals de la province de Québec c est de l’enculage de fonds public.

  8. L’économie est généralement définie comme l’ensemble des activités humaines qui consistent en la production, la DISTRIBUTION, l’échange et la consommation de biens et services. Selon cette même définition, la pratique de subventionner un bien ou un service, en l’occurrence le Festival d’été de Québec, peut être considérée comme étant « économique » à même titre que deux compagnies qui se font férocement concurrence pour produire un bien X au prix le plus bas. Fondamentalement, il n’existe pas vraiment de « base » au fonctionnement de l’économie et les définitions existantes de cette notion sont multiples. En ce sens, lorsque vous dites que les gens de Québec participent à une expérience de laboratoire visant à enseigner les bases de l’économie, je ne peux que vous adresser un bémol.

    Cependant, je comprends votre allusion à l’économie de marché qui désigne un SYSTÈME ÉCONOMIQUE, il faut bien le souligner, où les décisions de produire, d’échanger et d’allouer des biens et services rares sont déterminées majoritairement à l’aide d’informations résultant de la libre confrontation de l’offre et de la demande établie par le jeu du marché. Ce système a certes plusieurs avantages indéniables et j’en conviens. Cependant, n’importe quel être humain qui s’intéresse à la science économique et qui a en lui une certaine compassion pour les moins nantis et une certaine considération pour les enjeux environnementaux concèdera que ce système engendre des problèmes importants au niveau social et environnemental. Sans écrire un roman sur le sujet, vous comprenez probablement très bien à quoi je fais allusion M. Sénéchal, du moins, je l’espère. Sinon, vous devriez aller un peu plus loin dans votre analyse du libre marché.

    Or, votre petit cours d’économie n’est en fait que votre vision de ce que devrait être l’économie qui se base sur la notion d’économie de marché, ni plus, ni moins, et non pas un cours d’économie au sens plus large.
    D’ailleurs, le libre marché n’est lié à aucune norme d’éthique et il se justifie par son efficacité seulement. Je ne suis donc pas certain qu’il faille mettre ce système sur un piédestal puisqu’en fait il est dépourvu de toute valeur, sinon celle d’être efficace. Néanmoins, je ne suis pas en train de dire qu’il faille l’abolir. Pas du tout! Mais, il faut comprendre que de sortir de ce fameux « libre marché » peut aussi avoir des avantages! Le concept de « libre marché » est un concept encore plus fallacieux que celui des retombées économiques (effectivement c’est un concept trompeur) parce qu’au moins les retombées économiques peuvent exister même si elles sont très difficiles à évaluer et calculer et sont souvent mal calculées. En ce qui concerne le « libre marché », il est plus souvent qu’autrement une vue de l’esprit car non appliqué même par ceux qui le défendent.

    Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que la majorité des pays présentant un indice de développement humain très élevé sont des pays qui subventionnent des biens et des services souvent pour redistribuer la richesse. En 2007, le Canada était à la quatrième position par rapport à tous les pays du monde comme quoi les pays qui subventionnent peuvent mettre en place des conditions de vie tout à fait acceptables! Le lien n’est pas direct, mais il existe néanmoins une relation. Nota bene : les Etats-Unis étaient à la 13e position.

    Par ailleurs, j’aimerais parler de votre titre « Quand des subventionnés poussent le citoyen vers l’illégalité ». Je comprends mal votre argumentaire. J’aimerais que vous m’expliquiez plus en détail votre propos.

    Finalement, j’aimerais avoir votre point de vue sur l’amphithéâtre de Québec. Est-ce du libre marché? Est-ce justifié de le subventionner?

    Cordialement,

  9. @ Hugo : Pour ma part, en lisant votre commentaire, je comprends que votre connaissance de l’histoire est somme toute très limitée. Je n’ai d’autre choix que d’arriver à cette conclusion si vous osez faire un parrallèle entre le Québec et l’URSS.

    • @Mathieu

      J’imagine que vous n’allez pas vous arrêter là et que vous allez fournir des explications! J’attends votre réfutation (et essayez d’éviter le verbiage).

      D’ici là, je tiens à préciser que le contrôle de l’offre et des prix dans l’exemple du Festival d’été (et de bien d’autres activités subventionnées au Québec) rappelle l’expérience soviétique : augmentation artificielle de la demande, files d’attente et émergence d’un marché noir.

      Voici une vidéo qui vous aidera peut-être à comprendre le phénomène économique en question : http://t.co/9Muq3vdz

      Si ce n’est pas suffisant, je pourrai vous faire des suggestions de lecture.

      • @Hugo: Il faut faire attention avec les comparaisons avec l’URSS, les gens n’aiment vraiment pas ça. J’ai fait cette erreur dernièrement en comparant les CPE avec les haras d’enfants de l’URSS. Enfin bref, il ne faut pas s’étonner que l’autre Mathieu se soit insurgé pour si peu! Laissez-moi reprendre votre phrase: « …ce qui crée une distorsion entre l’offre et la demande (donc, des files d’attente et un marché noir, celà, en certains points, pourrait faire penser à certains cas observés en URSS, particulièrement dans les grandes villes – mais dans un contexte tout à fait différent, il en va de soit)! Sur quelques points, et à une autre époque, le Québec semble s’approcher d’une certaine vision véhiculée par certains membres des bolchéviques! »

  10. Que les macarons du festival d’été de Québec ne coute que $ 55.00 lors de leur achat, nous permet de les revendre facilement au moins $150.00 via le web de beau profit en perspective lol

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