Soyons prudents avec le salaire minimum

Par Ian Sénéchal,

Le salaire minimum augmentera encore bientôt de 0.25$. Ce fut annoncé en décembre dernier (élections???). J’invite plus que jamais nos politiciens à faire preuve de jugement et surtout de prudence.

Dans une étude de l’ISQ, à la page 219, on peut voir que pendant que l’on augmentait, de 2000 à 2010, le salaire minimum horaire de 2.43$, la rémunération hebdomadaire des employés rémunérés à ce taux n’augmentait que de 45.52$.

On passe d’un taux de 6.90$ à 9.33$ pour une rémunération hebdo de 172.26$ à 217.78$.

À la page suivante, on apprend que le nombre d’heures habituelles travaillées par ces employés est passé de 27 à 24.6 en 10 ans, soit une baisse de 9%. On apprend également que les employés les plus touchés par la coupe des heures offertes sont les employés de 55 ans et plus qui ont vu leur nombre d’heures chuter de 18%.

Je l’ai déjà dit, les employeurs gèrent un budget de rémunération et non un taux horaire. Si on augmente trop rapidement le taux horaire minimal obligatoire, ils couperont dans le nombre d’heures de travail budgétées et demanderont à leurs employés d’être plus productifs. La qualité de leur environnement de travail pourrait ainsi en être grandement affectée.

Une certaine gauche dira que les employeurs n’ont qu’à ne pas être aussi avares. On rétorquera que ces derniers devraient enlever leurs lunettes roses et qu’ils devraient arrêter de sous-estimer la puissance du marché et admettre l’impuissance des gouvernements à infléchir des comportements aux individus qui gèrent les PME génératrices d’emplois.

Le salaire hebdomadaire de ces employés a augmenté de 2.37% sur une base annualisée, ce qui me paraît raisonnable avec une inflation cible de 2%.

Le gouvernement a ajusté le taux horaire du salaire minimum de 3.06% sur une base annualisée sur la même période. Apparemment, le marché a jugé cette hausse trop élevée et s’est arrangé pour éviter de supporter cette hausse de coûts en diminuant l’offre d’heures de travail.

Les hausse de 5.2%, 6.0% et de 5.7% de 2008 à 2010 m’apparaissent excessives et constituent une décision qui semble avoir mis beaucoup de pression sur les employeurs ET les employés des petites entreprises situées au bas de l’échelle salariale.

Messieurs les politiciens, soyez prudents avant de jouer aux alchimistes, les petits travailleurs ont la broue dans le toupet par votre faute.

Publicités

17 réflexions sur “Soyons prudents avec le salaire minimum

  1. Pingback: Soyons prudents avec le salaire minimum « Les analystes | lacapitaleblogue.com

    • Nous n’avons pas à garantir un revenu aux familles. Il faut mettre en place les conditions favorables à l’emploi et accepter que le marché est plus fort que les politicailleux en quête de votes.

      Hausser rapidement le salaire minimum n’aide pas les familles, le marché s’ajuste et on détériore leur environnement de travail en forçant les employeurs à exiger une plus grande productivité (la charge de travail ne disparaît pas avec la coupe des heures offertes).

      Le salaire minimum n’existe que pour permettre aux politiciens de donner l’impression qu’ils agissent en faveur des classes de revenu plus faibles. Mais tous ça n’est que mirage. Si la population le comprend un jour, on va arrêter de détériorer le marché de l’emploi pour des mirages de gauche.

      Une rémunération n’est pas qu’un taux horaire, mais également un nombre d’heures travaillées. Penser que l’on aide les pauvres en ne jouant que sur une variable démontre un manque de compréhension d’une problématique. Il faut également se rendre à l’évidence qu’il y aura toujours des gens au bas de l’échelle et que l’on ne peut que souhaiter qu’ils grimpent les échelons en participant au marché de l’emploi. C’est une fatalité qu’un politicien doit avoir l’humilité d’accepter.

      • Il serait beaucoup plus facile et avantageux pour les petit salariés d’abaisser la taxe sur les produits de consommation. Considérant que proportionnellement les plus bas salariés ont plus de « disposable income », les économies pouvant être créée par la baisse de cette taxe combinée à un salaire minimum indexé à l’inflation augmenteraient leur pouvoir d’achat sans compromettre des heures travaillées ou des emplois. De plus, l’économie s’en porterait mieux.

      • Merci de votre réponse mais il me semble que le fait de garantir à chacun un revenu minimal suffisant pour se nourrir, se vêtir et se loger convenablement est hors de portée du seul marché. Donc, on ne fait rien et on laisse les pauvres avec leurs problèmes? J’imagine que vous avez à tout le moins un peu de compassion pour celles et ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.

      • Je déduis de votre réponse que l’État devrait combler la différence entre les gains sur le marché du travail et les besoins en revenu pour obtenir un niveau de vie décent. Je me trompe ? Auquel cas, le fait de ne pas exiger un salaire minimal équivaut à subventionner indirectement les entreprises puisque celles-ci n’ont pas à se préoccuper d’offrir un revenu décent. Diriez-vous aussi que les entreprises n’ont pas à se préoccuper non plus de ne pas polluer l’environnement ? Et qu’en est-il des lois et règlements qui nous garantissent des produits non toxiques ? Il faudrait les éliminer selon la même logique. Curieux qu’on soit plus exigeant pour le respect de l’environnement ou la sécurité des consommateurs que pour le revenu des moins bien rémunérés, alors que les deux premières exigences coûtent beaucoup plus cher aux entreprises que la troisième. Ça ne me semble pas logique. Pas à vous ?

        • Michel M.,
          S’il n’y avait pas de salaire minimum, ni d’aide sociale, on devrait s’attendre à ce que des gens acceptent de travailler à très bas salaire pour survivre. Non?
          En versant des prestations d’aide sociale aux personnes ne réussissant pas à gagner un revenu socialement jugé décent, et en récupérant ces prestations au fur et à mesure que les prestataires gagnent des revevenus, on réduit l’écart de revenus nets entre le fait de travailler et de ne pas travailler. Cela ne devrait-il pas avoir pour effet, en général, d’amener les prestataires à exiger des salaires bruts plus élevés pour compenser les coupures de prestations qu’engendreraient des revenus de travail?
          Si, à cause de ces prestations d’aide sociale récupérées par les revenus de travail des bénéficiaires, les employeurs doivent doivent, pour recruter suffisamment d’employés, verser des salaires plus élevés que ce qu’ils auraient à verser dans un système sans de telles prestations d’aide sociale, peut-on réellement interprétés qu’ils sont subventionnés par l’État?…

          Cela étant dit, le salaire minimum n’est-il pas un bien mauvais moyen de lutter contre la pauvreté? Je vous invite à lire mon billet à ce sujet à l’adresse:
          http://lecrible.wordpress.com/2012/02/02/un-salaire-minimum-legal-pour-lutter-contre-la-pauvrete/

        • « les entreprises […] n’ont pas à se préoccuper d’offrir un revenu décent », c’est ce que je retiens de votre message et je suis parfaitement d’accord :)

          Les entreprises ont le devoir de bien s’acclimater au milieu social, de faire des profits dans le respect. De là à leur donner une mission sociale, laissons ça à la communauté svp!

    • Sortir le gouvernement de l’économie. Les premières instances de salaire minimum ont été créées POUR qu’il y ait du chômage, chez les Noirs principalement (ÉU, Afrique du Sud). Maintenant, c’est récupéré par la gauche afin de combattre le méchant capitalisme.

  2. J’ai rarement vu un politicien faire preuve de jugement. Ça n’entre pas dans leur description de tâche.
    Pour ce qui est des emplois au salaire minimum, ils sont majoritairement occupés pas des étudiants ou des retraités. Le revenu familial est probablement moins crucial pour eux. De plus, rien empêche un individu d’occuper deux emplois à temps partiel si, pour lui, faire carrière au salaire minimum est préférable à s’instruire et obtenir un meilleurs emploi.

  3. il ne faut pas oublier que 100 % de la facture doit être refilé quelque part par l’entreprise sous forme d’augmentation de la productivité, des prix de revente, etc. ce qui crée un inflation proportionnelle, mais qu’environ la moitié de cette augmentation reviens dans les poches des travailleurs, le reste étant repris en taxes et impôts par les autorités gouvernementales (qui eux aussi voient leurs coûts augmenter), ce qui appauvri la population à petit feu :(

  4. Il doit bien y avoir des gens dans l’appareil gouvernemental qui sont au courant de la futilité d’augmenter le salaire minimum. Le problème c’est surtout que les électeurs pensent qu’en procédant ainsi, on aide les plus pauvres sans avoir à débourser un cent de nos poches. Évidemment, ce n’est qu’une illusion… mais la job d’un politicien est de se faire élire.

    De toute façon, dans la mesure où on a un régime d’assistance sociale, il me semble que c’est pas mal ça qui détermine le revenu minimum. Même sans salaire minimum, les employeurs qui n’offriraient pas plus que les prestations d’aide sociale ne seraient tout simplement pas en mesure de combler leurs postes.

  5. Je trouve qu’une augmentation du salaire minimum est une bonne mesure qui vient pourtant de la gauche.

    Je suis très en faveur que les employeurs réfléchissent à ce qu’ils demandent de leurs employé et la façon qu’ils les font travailler pour augmenter leur productivité. La productivité augmente moins vite ici qu’aux états-unis.
    Ce n’est pas seulement de faire travailler les gens plus fort, mais de les faire travailler mieux. Une tâche qui ne vaut même pas le salaire minimum est-elle vraiment pertinente?

    Si le résultat est d’augmenter la productivité et réduire le nombre d’heures affecté pour un employé, c’est parfait, il restera alors plus de temps à cet employé pour se trouver un second boulot.

    Socialement, une personne qui travaille 40h par semaine devrait gagner assez pour combler ses besoins minimum essentiels sans aide supplémentaire. Une personne qui travaille sous ce seuil reste dépendante.

  6. À Michel Monette

    « J’imagine que vous avez à tout le moins un peu de compassion pour celles et ceux qui ne sont pas en mesure de travailler. »

    Évidemment. Aucune société décente ne devrait abandonner à leur sort les personnes malades, diminuées ou handicapées. Mais j’ai moins de compassion, ou de patience devrais-je dire, pour ceux qui sont parfaitement en mesure de travailler mais qui préfèrent jouer les victimes. Et il n’est pas faux de dire qu’il y en a quand même un bon nombre au Québec… Des « artistes » ratés, par exemple, ou des étudiants prolongés, recyclés dans « l’indignagnation »…

Les commentaires sont fermés.