L’argumentaire syndical sur les fonds de pension

Ian Sénéchal

(Contact via Twitter, Podcast, Facebook, Courriel),

En lien avec mon texte précédent, je vous mets en ligne quelques arguments généralement avancés par les syndicats lorsque vient le temps de défendre leur avantage le plus intéressant de leur convention collective, leur fonds de pension.

1- On fait notre part, nos cotisations augmentent rapidement depuis quelques années!

En effet, les taux de cotisations augmentent depuis quelques années, mais pas suffisamment. Ici, c’est une question de contexte. Les rendements boursiers ont grandement attaqué les actifs du régime, notamment en 2008. De plus, aujourd’hui, vous pouvez espérer un rendement de moins de 3% sur obligations américaines… sur 30 ans! Vous peinerez, chaque année à battre l’inflation.

Malheureusement pour les retraités et les futurs retraités, un fonds de pension carbure aux obligations gouvernementales pour diminuer le risque de placement et pour palier aux besoins de revenus pour payer les rentes des retraités. Les actuaires sont donc obligés de tenir compte de ces taux anémiques dans leurs évaluations actuarielles. Le passif des caisses augmente et on demande, nécessairement, plus de contributions de la part des employés afin de constituer un actif plus gros que prévu.

Heureusement pour eux, le risque est partagé en très grande partie avec l’employeur. Donc, on ne fera pas pleurer les travailleurs du privé avec cet argument. Ces derniers sont souvent pleinement exposés aux risques des marchés et doivent se procurer des rentes individuelles garanties qui elles aussi, tiennent compte des taux de rendement anémiques.

2-L’employeur n’a pas suffisamment cotisé, ou ne cotisait pas, ou s’est pris un congé de cotisations.

On doit immédiatement dire que c’est stupide que l’employeur n’ait pas cotisé pleinement au fonds de pension. Les congés de cotisations sont une absurdité dans le principe même des fonds de pension. On demande aux actuaires d’évaluer les coûts des régimes en utilisant des estimés qu’ils jugent prudents, mais probables. Il en est ainsi des taux de rendement. En théorie, quand ça va bien, tu mets plus d’argent de côté et quand ça va moins bien, tu piges dans le coussin. Tu ne te paies pas un party avec le coussin de sécurité.

Cela étant dit, cet argument est souvent mal utilisé. On s’attendrait que les employés de l’État au Québec aient cotisé à 50% de leur fonds de pension. Or, on se rend compte que le passif total est de 124 milliards et que la caisse générée par les cotisations des employés s’élève à 48 milliards. Faites le calcul, on arrive à 39% de financement provenant de la caisse des employés. Que l’employeur cotise ou non, ce pourcentage ne change pas. On est bien loin du seuil d’acceptabilité de 50%.

Il faut maintenant renflouer la caisse, ça va nous coûter cher à cause de l’absence prolongé de cotisations. Mais ça ne change pas le fait que les employés de l’État n’ont pas suffisamment contribué pour se payer les promesses qui leurs ont été faites.

3-Nos rentes ne sont pas suffisamment indexées, elles ne sont donc pas si dorées!

Changeriez-vous de place avec un employé du privé? Non, hein. Ne nous faites pas pleurer! Allez, l’indexation, payez-vous là. Vous en êtes capables les amis!

4-Nos rentes ne sont pas si grosses, elles sont coordonnées avec la RRQ

La coordination vient baisser le montant de la rente à partir de 65 ans afin d’offrir un montant global à l’employé qui intègre ce qu’il reçoit de la RRQ. Toutefois, ce que l’on oublie de dire quand on utilise cet argument, c’est que les cotisations sont ajustées en conséquence!

5-On a négocié à la baisse pour avoir le droit à ces avantages.

C’est vrai. Depuis plusieurs années, les syndicats acceptent des hausses de salaire moindres, car ils négocient de plus en plus, une enveloppe globale. Comme les politiciens ne gèrent que le court-terme, les politiciens ont une préférence à offrir des bonifications au régime de retraite par rapport à une hausse de salaire. L’argument est donc entièrement valable.

Par contre, le syndicat a pris un risque. On a toujours dit que les fonds de pension étaient garantis, mais je ne pense pas que l’on a bien défini le mot « garanti ». Les employés de l’état ont-ils vraiment la garantie que leur rente sera versée pleinement et entièrement quand on regarde le rythme incroyable auquel la dette publique s’accroît? Au cours des 20 prochaines années, on verra qu’est-ce que qui était réellement garanti et qu’est-ce qui ne l’était pas. Parlez-en aux employés de la Whitebirch ce matin!

La faute à qui?

Tout le monde. Les politiciens qui ont consenti aux avantages, aux syndicats qui ont été avares et à la population qui a élu les clowns qui lui auront servis de politiciens en espérant avoir elle aussi droit à quelques nananes. Qui va payer? La population et les bénéficiaires des régimes. Les politiciens et les syndicats s’en tireront indemnes. Voilà une des grandes injustices de notre société.

On fait quoi?

On coupe. Vaut mieux tôt que tard. Couper la rente à une personne de 70 ans, c’est inhumain. Retarder la retraite d’un baby-boomer, c’est courageux. Malheureusement, j’ai l’impression que le modèle québécois sera grandement inhumain dans le futur. Le courage, au Québec, j’y crois de moins en moins. Une chose est sûre par contre, des coupures, il y en aura. Plus on attend et plus elles seront douloureuses. Malheureusement, on va encore procrastiner. Elles seront donc très douloureuses.

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6 réflexions sur “L’argumentaire syndical sur les fonds de pension

  1. Excellents conseils Ian. Les jeunes doivent réfléchir, ne pas se procurer tant de luxe et de bebelles, et doivent épargner, épargner, si ils ne veulent pas des mauvaises surprises pour leur retraite.

    Les rendements anorexiques des dernières années ont fait très mal aux caisses de retraites. Je crois aussi qu’il va y avoir une mauvaise récession sous peu.

    • Moi je vais faire comme mes grands parents…jva cacher mon cash dans des boites enterré dans le jardin. Je ne fais pas confiance au monde financier. Sa crash…t’es faite!!

  2. Vous reprochez aux employeurs d’avoir pris des congés de cotisations. Cependant, sauf erreur, de tels congés peuvent avoir été pris parce que:
    1) La loi prévoit (ou prévoyait) des maximums de surplus actuariels des caisses de retraites. Je crois comprendre que c’était pour éviter que les entreprises fassent des épargnes croissant à l’abri de l’impôt alors que de telles épargnes ne serviraient vraisemblablement jamais à financer des pensions.
    2) Des jugements (la jurisprudence) ont accordé aux employés des parties de surplus de caisses de retraites, même s’il s’agissait de régimes de retraites à prestations déterminées et non pas à cotisations déterminées. Pas très tentant pour les employeurs, dans de telles circonstances, de continuer à contribuer et d’augmenter ainsi les surplus de caisses pour pallier à d’éventuelles années de moins bons rendements sur les sommes investies, alors que les surplus pouvaient être accaparés par les employés avant que de telles années de moins bons rendements ne surviennent.

    • Je suis d’accord que les lois sont très curieuses de ce côté. J’avais par contre en tête le régime de pension des employés du gouvernement du Québec en écrivant ceci. Le gouvernement n’a presque jamais cotisé au fonds de pension. En fait, il a plutôt inscrit le passif dans ses livres et… c’est tout. Il y a le FARR qui a été créé il y a quelques temps. Le but était d’emprunter de l’argent et la mettre dans un fonds pour commencer à financer le déficit actuariel. L’argent n’a pas été investie pendant plusieurs années et elle ne l’est pas encore totalement. Le déficit est de 75 milliards et il y a environ 35 milliards dans le FARR.

  3. Ce que Ian oublie, je crois, c’est que la situation a fait l’affaire des syndicats qui, comme les politiciens, pensaient à court terme. Ça faisait leur affaire que le gouvernement ajoute les cotisations qu’il aurait dû verser sur sa dette parce que ça lui permettait de dépenser davantage dans la machine de l’État. Donc engager plus de travailleurs de l’État, donc plus de syndiqués, donc plus d’argent et de pouvoir pour le syndicat.

    Ça ne servait pas le travailleur, mais ça servait le syndicat. À voir comment les syndicats traitent leurs anciens cotisants, c’est tout ce qui est important à leurs yeux.

  4. Salut Yan,

    Juste pour tout le monde s’entende sur les même définitions :

    a-« Or, on se rend compte que le passif total est de 124 milliards  »
    Est ce que le 124 milliards c’est le montant qui aurait du être ramassé à environ 1/3 employé, 2/3 gouvenrnement SANS les intérêts ? ou avec les intérêts ?

    b- « la caisse générée par les cotisations des employés s’élève à 48 milliards »
    Est-ce avec ou sans les intérêts ? surement avec.

    c- « On sait également que le déficit actuariel du régime provincial est de 75 milliards »
    Est-ce avec ou sans les intérêts ? surement avec

    J’ai l’impression qu’il y a des pommes et des banannes dans les mêmes phrases…

    Est-ce possible de connaître le montant que le gouvernement aurait du mettre dans le régime de pension des employés du gouvernement du Québec et qu’il n’a pas mis (sans les intérêts) ?

    merci de m’éclairer.

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