Avez-vous 60 000$? Si wou plait!

Ian Sénéchal

(Contact via Twitter, Podcast, Facebook, Courriel),

Ce texte est en lien avec ma chronique politique d’aujourd’hui.

On apprenait récemment que le fonds de pension des employés de l’État fédéral était déficitaire. Jusqu’ici, aucune surprise. Plusieurs facteurs causent ce déficit, on n’a qu’à penser à la baisse des marchés boursiers de 2008 ou encore à l’effondrement des taux d’intérêt. Ces deux facteurs jouent un rôle primordial dans l’évaluation de ces déficits actuariels. Le premier, la chute des marchés, vient littéralement attaquer l’actif mis de côté par le fonds de pension. Le second, la baisse des taux de rendements espérés sur les obligations, vient mettre de la pression à la hausse sur l’évaluation du passif actuariel calculé par les actuaires. Le déficit? C’est la différence entre cet actif et ce passif. On comprend donc que l’état du système financier a mis énormément de pression sur les divers fonds de pension partout dans le monde. Quand on ajoute d’autres facteurs comme le vieillissement de la population et le recours plus important que prévu aux retraites anticipées, on est dans ce que l’on peut appelé la tempête parfaite.

Si on se concentre sur le fonds de pension des employés de l’État fédéral, on se rend compte que le déficit est de 143 milliards de dollars. Cependant, il semblerait que le gouvernement se donne des exigences de calculs plus souples que celles qu’il exige lui-même au secteur privé. En effet, selon l’intitut C.D Howe, le déficit actuariel serait plutôt de l’ordre de 227 milliards quand on utilisait les taux de rendements du marché pour faire l’évaluation des obligations. Une belle dette cachée du regard des millions de contribuables.

Considérant que la part du Québec pourrait représenter 20% de ce montant, on peut dire que notre part du gâteau est de 45 milliards. On sait également que le déficit actuariel du régime provincial est de 75 milliards. Ainsi, on obtient un déficit total pour ces deux administrations de 120 milliards si on ne tient compte que de la part du Québec. Oui, oui, 120 milliards de dollars. Vous le savez, on est à peu près 8 millions au Québec. Amusons-nous à déterminer quel est donc le montant de déficit actuariel des fonds de pension publics par tête de pipe. Eh oui, vous arrivez sûrement au chiffre de 15 000$. Une famille moyenne au Québec, c’est 2 adultes, 2 enfants. 60 000$ de fardeau directement lié aux déficits actuariels des régimes de retraite.

Voilà le montant du chèque que les familles québécoises devraient envoyer aux gouvernements pour régler le problème demain matin. Impensable, considérant que 60% des travailleurs n’ont pas de fonds de pension et que la plupart d’entre eux n’utilisent pas leur potentiel de cotisation à leur REER. Que fait-on?

On aura pas le choix, les prestations actuelles et/ou futures des employés de l’État devront être coupées. On pourrait déjà arrêter de leur promettre l’indexation de leur rente. On pourrait ainsi dire que l’indexation est dorénavant  une responsabilité individuelle. On pourrait également s’assurer que les employés soient pénalisés s’ils quittent leur emploi avant 65 ans, voir même 67 ans. Finalement, pourquoi offrir des régimes tout noirs ou tout blancs? Présentement, si vous avez un régime à cotisations déterminées, l’employé supporte tout le risque de marché. Au contraire, avec un prestations déterminées, comme le régime des employés de l’État, l’employeur, donc vous, supportez tout le risque dû aux marchés. Je pense qu’il y a moyen de couper la poire en deux. Finalement, serait-ce possible que les employés cotisent minimalement à 50% de leur fonds de pension? Je ne pense pas me tromper en disant que c’est un minimum absolu!

Et puis, avez-vous 60 000$ à donner?

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3 réflexions sur “Avez-vous 60 000$? Si wou plait!

  1. Pingback: L’argumentaire syndical sur les fonds de pension « Les analystes

  2. Bonjour Ian,

    Je ne participe pas souvent mais je vous lis toujours. Je suis foncièrement anti-syndicaliste et cette fois-ci, j’aimerais intervenir puisqu’il y a lieu à apporter quelques précisions à votre article. Au provincial, contrairement au fédéral, les employés de l’État paient exactement 50% du montant. L’employeur pait SUPPOSÉMENT l’autre 50%. Mais dans les faits, l’employeur ne prend pas ce 50% pour le mettre de côté; il se dit que le prochain gouvernement s’arrangera avec le problème. C’est complètement irresponsable!

    Je travaille en informatique et j’ai vu les deux côtés, en travaillant pour l’État et par la suite comme consultant. La différence de salaire est ÉNORME. Le privé donne facilement 25% de plus. Ça semble être le cas dans plusieurs domaines, pas dans tous, on s’entend. À jaser avec des collègues, les gens se disent qu’au moins, ils ont une sacrée bonne pension. Ils considèrent donc que cette fameuse pension est clairement une partie de leur rémunération. Et c’est également un moyen pour l’État de conserver ses meilleures ressources (ça n’a pas marché dans mon cas mais ce n’est pas pour des raisons salariales). La plupart des employés que je connais n’auraient aucun problème à recevoir ce 50% de cotisation de l’employeur pour le gérer EUX-MÊMES pour leurs vieux jours. Ainsi, ils pourraient assumer pleinement le risque (et peut-être prendre de bonnes décisions – et pour d’autres se pendre avec). Je ne sais pas comment la population accepterait cette solution.

    Dans tous les cas, faire payer des travailleurs qui ont considérés la pension comme un bonus pour bonifier leur salaire très ordinaire (selon le marché, évidemment), alors que les différents gouvernements ont agi de manière irresponsables et n’ont pas mis leur argent de côté (et le placer), est une solution qui fait TRÈS mal. C’est même plutôt mesquin.

    Voilà, continue ton bon travail!

    • Salut,

      Si l’employeur avait mis sa part, on aurait le même ratio.

      L’actif issu des cotisations des employés ne change pas si l’employeur ne cotise pas.

      Le passif actuariel ne change pas non-plus. Donc, même si l’employeur avait cotisé, le taux serait le même.

      Ce qui changerait, c’est l’ampleur du déficit de 75 milliards, il serait moindre, car il y aurait plus d’argent dans la caisse des cotisations de l’employeur. Pourquoi n’observe-t-on pas un taux de 50%. En grande partie à cause des changements d’hypothèses dans le calcul du passif actuariel. La baisse des taux d’intérêt oblige les actuaires à en tenir compte dans leurs projections. Le passif augmente alors, mais les actifs des deux caisses ne suivent pas. En théorie, cette hausse du passif est assumé par l’employeur.

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