La balloune

Stéphane Lessard

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

S’il y a un mot qui je crois décris bien cette journée électorale du 2 mai, c’est le suivant: balloune. Ne riez pas. C’est sérieux. Je ne parle pas ici de celle dans laquelle certains chefs démissionnaires auraient dû souffler s’ils avaient conduit. Je parle principalement de deux ballounes. D’abord celle de la diabolisation et des appels à l’apocalypse suivant l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire puis celle du défoulement par l’élection en masse d’une opposition dont le coeur et la tête ne sont certainement pas épris du Québec.

Ne nous leurrons pas: Layton n’a jamais été sur le radar des Québécois et c’est notre sens de l’émotivité, catalysé par un écoeurement face à la classe politique de tous les niveaux et la sympathie pour un Layton malade et combatif qui ont placé le NPD dans cette position, ce dernier étant le seul parti vierge à nos yeux. Mais j’invite les naïfs à se retenir: Layton est à Toronto et c’est de là que viendront l’ultime direction de ses positions malgré la vague orange qu’il doit aux Québécois.

Notons toutefois le fort message envoyé au Bloc et aux souverainistes qui faisaient penser à leur miroir fédéraliste du PLC par leur arrogance et leur certitude d’infaillibilité quasi papale. Les Québécois ont certes des travers handicapants politiquement, mais ils ont gardé ce trait de caractère lié aux corvées d’autrefois: Quand le moment est venu, on met la main à la pâte et on nettoie. Ici, on a littéralement atomisé tous azimuths…

Mais on le sait, les conservateurs sont maintenant au pouvoir. Au fond, ça fait 5 ans qu’ils le sont. Ils ne rouvriront pas les dossiers sur l’avortement ni ne renverront les femmes à la maison comme certains hystériques le crient à s’égosiller. De toute façon, ils ont trop de députés en région Torontoise et urbaine pour jouer les hillbillie’s comme certains le laissent croire. L’État est déficitaire et ils ont géré la crise comme un gouvernement centriste. Ils feront le même style de coupures que ce que les libéraux auraient fait en pareilles circonstances. Pas de quoi fouetter un chat.

Que de plaisir aussi de voir certains journalistes du Devoir casser leur chaînes et gonfler des ballounes sur le PC, notamment sur cette histoire de financement de missionnaires religieux. S’ils avaient dix sous de culture, ils sauraient que les premiers depuis des siècles qui aident (et parfois, oui, convertissent) les gens vivant une grande pauvreté sont des missionnaires chrétiens. En fait, le diable est aux vaches depuis justement que la gauche caviar a investit le créneau de l’aide internaltionale par les ONG; les missions de redressement n’aboutissent plus, les gens vivent sous des tentes pendant que l’argent est dépensé et l’ONU n’ose plus lancer d’enquêtes tellement elle a peur des résultats.

Si vous voulez dénoncer quelque chose, sortez d’Outremont et du Plateau, faite carême d’espresso et de Chianti. Allez salir vos Birkenstock et remplir vos pâles esprits critiques en Haïti pour découvrir e.g. où va l’argent donné aux ONG et comment il se fait que les pauvres survivants du tremblement de terre n’ont toujours pas de semblant de vie normale…

Certes, le gouvernement Harper et certains de ses corps satellitaires ont certains travers qui me tapent sur les nerfs. Mais, vous le découvrirez au fil de mes textes, il y a rarement quelque chose qui ne mérite à mes yeux de critique. Incluant moi. Surtout moi. Reste que je ne suis pas de ceux qui aiment rester assis au fond de la salle près du bol de punch et des sandwichs pas de croûtes pendant les conseils d’administration: mes intérêts j’y vois.

Finalement, une chose me semble l’ultime conclusion de cette élection et de ce texte: les Québécois ne comprennent pas la dynamique du pouvoir. Ils votent massivement pour s’opposer plutôt que massivement pour s’imposer. Ce manque de confiance menant au défaitisme, cette tournure d’esprit voulant que rien ne peut se changer de l’intérieur et que leur influence ne sera jamais reconnue et respectée me porte à croire que 40 années de victimisation ont laissé des traces. Au moins, la dynamique vient de changer. A gauche comme à droite, il faut entreprendre et entretenir le débat.

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16 réflexions sur “La balloune

  1. « Parlons QC », disaient les pauvres bloquistes.

    Mais ils ne pouvaient pas se douter que l’abréviation « QC » allait signifier, dans leur cas, « Quel carnage ! »… C’était tout de même assez réjouissant, à Québec, de voir le très prétentieux Michel Létourneau, un candidat bloquiste qui avait qualifié Stephen Harper de « leader d’extrême-droite », se faire rincer ben comme il faut… par un néo-démocrate ! Pour un digne représentant de la bien-pensance écolo-socialiste, se faire dépasser sur sa gauche par un apôtre du paradis social doit être vraiment très frustrant !

    Ah oui, n’oubliez pas : avec l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, il faut faire semblant d’avoir très peur, et d’être très inquiet. Il faut parler de politique en faisant la même gueule livide, et morose, qu’un journaliste de Radio-Can, évoquant la majorité de Harper comme si c’était la fin du monde civilisé… Il faut se prendre très au sérieux, quoi, et poser à la conscience malheureuse. C’est sûr que Harper va nous envoyer en guerre, rétablir la peine de mort, interdire l’athéisme et brûler tous les livres. C’est sûr et certain. Avéré, même. Il faut donc se convaincre, avec les « artistes », qu’une grave menace pèse sur la « culture ». Préparez-vous à un déferlement de manifestations « spontanées » comme celle qu’on a vue hier soir à Mourial, après l’annonce d’une majorité conservatrice. Et si je dis : « Vous en faites pas, les amis, les chèques vont continuer de rentrer ! », on va me traiter d’affreux cynique…

    Et le vote NPD au Québec ? Pas de surprise : depuis 40 ans, les Québécois ont le socialisme dans les veines… L’ADQ, c’était pour rire, on ne le refera plus, promis, tatie Pauline !

  2. Et voilà que Gérard Deltell dans un opportunisme outrancier ( lâche pas mon Gérard…) en rajoute sur la cause bloquiste encore fumante et sanguinolente comme le pire des prédateurs opportunistes…..Ce même Parti, l’ADQ ressuscité d’entre les morts par le Parti Conservateur de M.Harper au printemps 2007 et on vient nous prêcher tel L. Ron Hubbard un supposé  »autonomisme »…….Ce même Parti comme des gamins allumant un feu d’herbe  »d’accommodements raisonnables » où la grange a failli y passer et même pas foutu de présenter un moindre mémoire à la commission Bouchard-Taylor………..M.Deltell, enlevez vos culottes courtes SVP, vous êtes dans la cour des grands, avez-vous fini de prendre les Québécois pour des cons ?…..

  3. Harper est très reconnaissant envers les Québécois, ils ont chassé le Bloc Séparatiste du Parlement et ont permis une majorité à son gouvernement. Enfin, tout le monde sera fédéraliste, la même game pour tout le monde.

  4. Ce qui me donne froid dans le dos, après avoir vu le comportement des électeurs, c’est d’imaginer que les québécois se comportent exactement de la même façon lors d’un referendum sur la souveraineté.C’est pas mal plus épeurant qu’un gouvernement de droite.

  5. Je sais que les médias ont unanimement salué le discours de M. Duceppe à la fin de cette soirée funeste pour lui. Peut-être a-t-on voulu lui épargner une humiliation supplémentaire…

    Pourtant, j’ai perçu ce discours très différemment. Ça n’avait rien à voir avec l’élégance et l’étoffe du discours de M. Ignatieff (surtout celui de sa démission). J’ai beau me dire qu’il était complètement assomé, je l’ai malgré tout trouvé complètement à off. Bien sûr il n’a pas insulté ses opposants, il a remercié ses électeurs (et cela bien après sa famille) mais…sans plus. Après avoir régné pendant 10 ans en roi et maître, après tant d’années à nous avoir crinqué à mort contre les conservateurs, le voilà qui lâche un discours on ne peut plus plate et terne. J’ai beau me dire qu’en de pareilles circonstances, c’est difficile de faire autrement, je n’arrive pas à en être totalement convaincu.

    Et, que dire de ses supporteurs! Quel manque de classe. Pas capable de le laisser parler. Et l’autre, là qui s’écrie: « But we can’t do without you! », suite à l’annonce de M. Duceppe qui quitte la direction du parti. Pour un parti qui se veut le porte-parole de la sauvegarde du fait français, c’est…Priceless!!

    Je suis également troublée par les agissements de certains supporteurs. Dans la nuit, non seulement y a-t-il eu manifestation dans les rues de Montréal mais le local du NPD Alexandre Boulerice dans Rosemont a été vandalisé. Rien ne prouve que ce soit des supporteurs du bloc mais…disons que c’est un comportement digne de fiers à bras à la solde des syndicats…Tirez-en vos propres conclusions.

    Enfin…tout ça pour dire que je suis bien contente de ce grand ménage du printemps!!

  6. Content que les conservateurs soient majoritaires. Surtout quand je regarde de quoi a maintenant l’air la carte électorale du Québec.

    Pas pour tourner le fer dans la plaie des gens de Québec, mais Quebec City et le Plateau sont désormais de la même couleur!

  7. Comme je l’ai expliqué dans un commentaire en réponse au dernier billet de Ian Senecal (https://lesanalystes.wordpress.com/2011/04/30/yen-a-marre/#comment-7898), les dossiers reliés à l’extrême droite (peine de mort, anti-avortement, projets patriarcaux, homophobes, racistes, religieux et paranos) ne seront surement pas ouverts par Harper lui-même. La base conservatrice en réclamera néanmoins l’ouverture. Il ne faut donc pas exclure que des projets de lois privés reliés à la droite fasciste soient apportés par des députés évangélistes. Je crois que la droite libertarienne devrait s’en inquiéter tout autant que la gauche libertaire. Mais ça reste de la prospective… On verra comment le gouvernement va se placer!

    • Ce que les Québécois n’ont pas vu et que les Ontariens ont visiblement flairé, c’est que Harper va se tenir tranquille avec une si grande représentation urbaine et dans une province somme toute centriste. Le pouvoir va être exercé au centre, ils n’ont pas le choix. Entre une fraction de la base et le pouvoir, ils vont choisir le pouvoir. Je crois qu’on peux oublier la droite religieuse…

  8. Le Colisée a peut-être fait mal aux conservateurs de la région de Québec.
    Mais pas autant que le fait que depuis 2008, les conservateurs sont dépeint quotidiennement dans nos grands médias tel que TVA, RDI, Radio-Canada, LCN, les différents quotidiens etc. comme étant de dangereux sociopathe, des control freak etc. etc.

    Durant toute la campagne électorale, quelle média nous a présenté les C.V. des différents candidats dans chaque circonscriptions et analyser les différentes plates-formes électorale, avant qu’on aille voter?

    Si ce travail élémentaire d’information avait été fait par les journalistes de la FPJQ (Eux, ils devraient retirer le mot professionnel de leur anagramme).
    Je suis convaincu que le résultat du vote aurait été bien différent et plus près de la réalité politique au Québec.

    Plusieurs députés qui ont été élus ne l’auraient tout simplement pas été. Mais non. comme d’habitude les médias du Québec se sont attardés beaucoup trop, sinon en permanence sur les différents chefs, pourquoi se donner tant de mal a bien informer le public lorsqu’on peut aller dans la facilité hein!

    Et pourquoi, il n’y a pas des débats entre ceux, qui se présentent dans différent comté?

    Parce que leurs chefs ne veulent pas.
    Alors je réponds ceci a tous les chefs de parti politique confondu qu’ils soit du fédérale,du provinciale et du municipale, si vous n’avez pas confiance en ceux, que vous nous présenté comme faisant parti de votre équipe, alors pourquoi nous, nous aurions confiance en ces candidats et les élire?

    Nous avons tellement élu de poteau au Québec, qu’on pourrait bâtir une clôture!
    Nous avons les politiciens, que l’on mérite; parce qu’on n’a pas, les médias que nous méritons.

  9. Savez-vous à quelle est le moment précis ou Stephen Harper a compris qu’il ne ferait aucun gain au Québec durant cette campagne?
    Ce fut le jour ou il annonça que le fédérale viendrait en aide dans les provinces maritimes pour les lignes de transport de Churchill Falls.

    Et lorsque j’entends Jean Charest, nous dire que le premier ministre du Canada devra nous écouté, je ne peut m’empêche de sourire. Vous monsieur Charest vous n’écoutez personnes alors que toute la société civile québécoise réclame une commission d’enquête sur l’industrie de la construction et du financement des partis politique.
    Yé drôle notre premier sinistre!

  10. Lorsque j’entends, Messieurs, Régis Labeaume et Jean Charest, nous dire via les médias que le Premier Ministre du Canada devra les écoutés, je ne peux m’empêche de sourire.

    D’abord, parce que le Maire de Québec, n’a jamais raté une seul occasion, de dire sa façon de pensée des députés conservateurs de sa région.
    En cela M. Labeaume est d’une honnêteté sans reproche, s’il n’aime pas le courant politique tu représente, il te le fait savoir cavalièrement en t’affublant d’épithète tel que, grand talent ou encore d’idiot; tout en prenant soin de mépriser au passage tous ceux, qui adhère à ce courant politique, qu’ils invectivent sans retenue, ni ménagement via les médias.

    Je crains, que dorénavant, tout les dossiers de la ville de Québec pour qu’il arrive à se rendre sur le bureau de M. Stephen Harper, auront un très long parcours à faire.

    D’abord ils devront être portés, par la députation de l’opposition NPD de la région de Québec, avec qui, j’ose espérer, que vous ayez plus d’affinité; et transiter au travers les dédalles de la bureaucratie politique.
    Je ne serais pas étonné du tout, monsieur le Maire, que certains de vos projet risque quelque peu d’attendre.

    Vous pourrez toujours essayer de téléphoner au bureau du Premier Ministre pour vos projets, mais vous risquez de vous ramasser en communication avec l’assistant de M. Dimitri Soudas. Ça n’ira pas plus loin… le Maire de Toronto risque d’avoir pris votre place.

    Vous pourrez toujours vous consolez, en appelant Gary Bettman ou PKP, ou en allant encore faire le pitre à Tout le monde en parle.

    Quand à monsieur Charest, alors que toute la société civile québécoise réunie, lui réclame une commission d’enquête sur l’industrie de la construction et sur le financement des partis politique. Il n’écoute personnes sauf… peut-être, sa charmante épouse.

    Et c’est vous deux, qui irez maintenant faire la leçon, au Premier Ministre du Canada.

    Laissez-nous rirent!

    • @ Phil Martin

      « Laissez-nous rirent! »

      Un truc pour éviter d’écrire un infinitif au pluriel: remplacer le verbe par un autre. Vous n’écrirez pas « Laissez-nous parlent! » mais bien « Laissez-nous parler! », n’est-ce pas? Il faut donc écrire « Laissez-nous rire! »

      Voila! C’est gratuit, en plus.

  11. Mon slogan pour la prochaine élection fédérale sera : Au Québec avec le NPD, on est mal amanché ou encore, l’Orange me dérange.

  12. Isabelle Robillard dit : 4 mai 2011 à 09:59
    Et, que dire de ses supporteurs! Quel manque de classe. Pas capable de le laisser parler. Et l’autre, là qui s’écrie: « But we can’t do without you! », suite à l’annonce de M. Duceppe qui quitte la direction du parti. Pour un parti qui se veut le porte-parole de la sauvegarde du fait français, c’est…Priceless!!

    Vraiment étonnant.
    Un parti souverainiste bailingue. D’identité canadienne, quoi.
    Tout comme Pauline Marois et son « Quebecers Party ».
    Merci Isabelle, on avait raté celle-là.
    CH

  13. à Stéphane Lessard

    « Ce que les Québécois n’ont pas vu et que les Ontariens ont visiblement flairé, c’est que Harper va se tenir tranquille avec une si grande représentation urbaine et dans une province somme toute centriste. »

    Tout à fait juste. J’ai entendu Dominic Maurais, sur les ondes de CHOI, tenir le même genre de discours. S’il veut conserver ses appuis à Toronto, Harper devra nécessairement « recentrer » son parti. C’est même, dans une large mesure, déjà fait. Par ailleurs, les immigrants (très nombreux à Toronto) sont peut-être plus attirés qu’on pourrait le croire par une plate-forme électorale axée sur les valeurs familiales, le conservatisme fiscal et l’enrichissement personnel…

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