Avez-vous 5 minutes, docteur?

Daniel Paquet

(Contact via Twitter, Courriel),

En cette semaine de budget, alors qu’on tente de nous faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, un proche a eu des problèmes de santé

Vendredi soir dernier, bien que dans la jeune trentaine, on a constaté que sa pression artérielle était anormalement haute. Il lui a fallu se rendre passer de longues heures à l’urgence pour avoir ce diagnostique. Près de 12 heures, pour être précis.

Aujourd’hui, on ne prescrit plus, à l’urgence, on recommande. On lui a donc recommandé de rencontrer le plus rapidement possible son médecin de famille afin de se faire prescrire une médication adéquate. Au matin, il a appelé pour un rendez-vous: «fin juillet», lui a-t-on dit. Il n’avait donc, littéralement, qu’à prendre son mal en patience.

La semaine passe. Mercredi matin, il s’est blessé au poignet alors qu’il était au travail. Les règles sont strictes, dans l’entreprise privée: vas voir un médecin, demandes-lui de compléter ce formulaire à l’attention de la CSST et de nous remettre une en même temps note afin qu’on t’assigne aux travaux légers.

Il a donc quitté son travail pour se rendre à sa clinique familiale, qui reçoit aussi des patients sans rendez-vous. 10 heures du matin, bondée! On lui dit de ne pas attendre inutilement, de revenir vers la fin de l’après-midi. Ce qu’il fait. 16 heures 30 : la clinique est encore plus bondée. Elle déborde, même.

On lui recommande de se rendre dans une urgence, qu’il aurait plus de chance d’y faire examiner son poignet rouge d’enflure. Il entre à l’hôpital le plus près à 18 heures. Il passe par l’inévitable triage, et il attend. Et il attend. Lentement, un à un,  d’autres patients dont les besoins sont manifestement plus urgents que le sien défilent vers les salles privées.

21 heures… 23 heures 50…2 heures 25… Finalement, à 4 heures 45, on l’appelle… Pour lui dire qu’il  ne pourra pas voir de médecin, trop débordés qu’ils étaient en cette nuit somme toute normale à l’urgence : trop de patients pour trop peu de personnel. C’est pas leur faute.

On lui recommande (on recommande beaucoup, dans notre système) d’aller se présenter à sa clinique familiale, celle d’où il arrivait la veille.

Il s’y présente à 8 heures, attendant avec déjà d’autres patients l’ouverture prévue pour 9 heures. Il s’inscrit, et il attend.  Vers 11 heures 30, il rencontre l’infirmière en charge du triage. La raison de sa visite? Son poignet toujours aussi foulé, et cette tension artérielle pour laquelle il doit rapidement consulter un médecin.

Oups! Au sans rendez-vous, quand on est débordé, les docteurs ne peuvent allouer que cinq minutes par client. Pas une minute de plus. Impossible donc de consulter pour deux malaises physiques, aussi incommodants ou sérieux soient-ils.

Il doit donc choisir: soit il voit le médecin pour sa tension, et il aura alors vraisemblablement une ordonnance et les recommandations (encore) d’usage,  soit il ne le voit que pour son poignet, pour se fait prescrire un onguent et une orthèse, pour lui demander de compléter le formulaire pour la CSST, et pour qu’il puisse retourner travailler le lendemain. En espérant que sa tension surélevée ne lui fasse pas exploser les artères d’ici juillet. Le poignet ou les artères? L’auto ou la bicyclette? L’œuf ou l’argent?

Il choisit le poignet, se disant qu’il valait mieux travailler, que si ses artères le lâchent, il aura au moins quelques sous pour payer ses pilules.

Cinq  minutes. En bout de ligne, c’est tout ce qui vous est alloué pour prendre soin de votre santé, après qu’on vous ait saigné de votre dernier sou noir. Mais on est gentils, on vous laisse le choix. Aujourd’hui, au menu, le spécial cinq minutes du chef, c’était les articulations ou les artères.

Ce système se dégrade de jours en jours. Et c’est pas un budget insipide dont tous les fils dépassent qui va y changer quelque chose. Pas tant qu’on sera géré ainsi par une bande d’inconscients!

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11 réflexions sur “Avez-vous 5 minutes, docteur?

  1. C’est rendu plus que ridicule et sérieux. Il ne faut pas oser être malade si on demeure au Québec.

    J’espère que le surplus que le gouvernement nous demande pour la santé ira à la santé!

  2. Incroyable que le Québec a un système de santé tiers-monde qui coûtent plus que dans la plupart des pays Européens. Je ne comprend pas qu’il n’y a pas plus de gens qui sont scandalisé par ça.

    Pourtant, les solutions sont facile:
    1. briser la guilde qui est l’ordre des médecins, et reconnaissons les diplômes de l’étranger. Il y bien des medecins en Europe qui seront tanté par le Québec/Canada si suelement ils pourraient travailler.
    2. payer les fournisseurs des services (hopitaux, cliniques, médicins) par service rendu au lieu d’attribuer des budget comme dans les pays communistes dans le temps.

    Un ticket modérateur, des hausse de salaire pour les travailleurs peuvent aider, mais ce n’est pas fondamentale.

    D’ailleurs, dites à votre proche d’aller en clinique privé. Dépenser 100$ pour ne pas attendre, c’est probablement moins cher que de manquer une journée de travail.

  3. J’ai eu des problèmes qui ne pouvaient être suivis au public (on en est la… on ne peut plus être suivi!). Je vais maintenant au privé. Attente chez mon médecin: 0 minute. On me fixe un rendez-vous et je vois le médecin a cette heure. Je dois payer mon médecin en plus d’avoir une substantielle portion de mon salaire saisie par le gouvernement pour être dilapidé sans autre forme de procès et sans avoir à me rendre de comptes.

  4. Je suis passé au privé, ça me coûte 1500$/an. Combien de Québécois vont se dorer la fraise sous les quétaines cocotiers des quétaines plages envahies de quétaines et tabarnakos touristes de Rep. Dom et Cuba? ces tabarnakos ont donc tous les moyens de se payer le 1500$ que moi je paie pour avoir un médecin de famille privé avec des prises de sang dont les résultats me sont communiqués par email le jour même où elles ont été faites. Faites vos choix et le système sera désengorgé. Placez dans l’ordre ces priorités:
    a) un Colisée pis des Nordiques!
    b) Cuba et Rep Dom
    c) votre santé

    et ensuite demandez vous celles pour lesquelles vous dépensez le plus de vos sous en ce moment, puis celles qui sont les plus importantes… est-ce que ça correspond?

    et ne me dites pas que vous n’avez pas les moyens!

    • Renee, je constate qu’il y a des milliers de Québécois riches qui décident de dépenser leur fortune dans des voyages qui n’apportent rien culturellement et gueulent dès qu’on leur demande d’investir qq dollars dans leur santé.

  5. Bon commentaire M.Paquet. Bien sûr, on dit que la population est vieillissante au Québec….Holà, le bel argument  »innagornisationnel »……Selon le Président des médecins spécialistes au Québec le Dr Gaétan Barrette il y aurait assez de médecins de famille au Québec pour soigner quelque 13,000,000 d’individus……..Alors que du côté des médecins de famille on prétend qu’il en manquerait quelque 1300…… Pour le commun des mortels qui malencontreusement se rapporte à l’urgence pour des problèmes de santé….Qui dit vrai ? Qui a raison au juste…?

  6. @Reynald…Ne faut pas leur en vouloir si ils aiment les palmiers et la plage au lieu de la neige et de grisil, c’est leur choix. D’ailleurs plusieurs se font traiter aux USA, cela épargne notre système. En effet, une amie qui passe 6 mois en Floride, a du reçevoir une procedure pour une sciatique, qui lui a couté $23,000. Elle passait test après test à Laval et on trouvait rien, elle souffrait beaucoup, après cette procédure au lazer et elle n’a plus de doubleurs.

    • et vivement le ticket modérateur, c’est le prix de la caisse de 24 que se paie chaque semaine le BS moyen -s.v.p. pas de mise en demeure, ni de vierges offensées!- Il est partiellement remboursé par la suite par le « système » mais ça tend à décourager les abus! Il est grand temps également que TOUS les québécois (« défavorisés » inclus) paient à la pièce un peu pour CHACUN des actes médicaux qui leur sont prodigués au moment où ils sont prodigués et non pas la facture grossière et unique qu’on leur tend à chaque rapport d’impôt.

      • On est au Québec, chaque dollars rapporté par le ticket modérateur causera une dépense de 10 en bureaucratie.

        Le système soviétique déraille et au lieu d’avouer que tout le système soviétique est déficient on essaie de nous faire croire que tout ça c’est de la faute au gens qui n’avait qu’a pas être malade.

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