Regard collectif dans un miroir subventionné

Pedro Rodriguez

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),
Il est toujours enivrant de penser que l’on vit le début ou la fin de quelque chose, de se croire au milieu d’une période bouillonnante de projets et de changements qui métamorphosera à jamais la société dans laquelle l’on vit.

C’est en même temps un peu prétentieux de penser cela, de croire fortement que l’on est sur le point de tourner une page importante, comme si les générations précédentes ne faisaient que vivre des moments insignifiants, insipides, sans aucune répercussion historique.

Cela dit, au Québec, depuis quelques années, il y a quelque chose dans l’air qui peut suggérer ce genre de raisonnement : des gens avisés et crédibles – de la gauche, du centre et de la droite – se réveillent et sonnent l’alarme pour remettre en question un modèle étatiste québécois fatigué et rongé par un immobilisme chronique.

Dire que c’est le début d’une révolution, ce serait une affreuse exagération. Il s’agit plutôt d’une secousse collective, très modeste pour l’instant, propulsée par une partie de la population qui prône une responsabilisation collective, un dégraissement de l’État providence et une vision de l’avenir adaptée à une réalité économique québécoise qui n’est pas des plus reluisantes.

Cependant, infantilisée pendants des décennies par la mamelle étatique, il y a encore une bonne partie de la population qui, en étant d’accord avec une véritable remise en question du « modèle » québécois, attend après…cette même machine étatique rouillée pour « organiser » cette réflexion collective.

Bref, on est d’accord pour un changement de cap, pour un renouvèlement de la formule, pour faire certains sacrifices qui sont incontournables mais on assume le rôle du contribuable qui attend que le gouvernement organise une « groupe de réflexion » ou lance une énième étude sur les enjeux du système de santé. En d’autres mots, on est d’accord pour se regarder dans le miroir et se poser les vraies questions mais, WO!, il faudrait que le gouvernement paye pour le miroir!

Bien sûr, la machine bureaucratique raffole de ces « citoyens engagés » qui courent après les comités de réflexion, les savoureuses consultations publiques ou les groupes d’étude. Elle salive copieusement en regardant ces initiatives s’éterniser et se répandre. Pire encore, les boss de cette machine, nos élus, se targuent d’avoir écouté la population!

Aurons-nous un jour le courage d’assumer nos responsabilités et d’utiliser de façon autonome nos capacités individuelles pour provoquer un véritable virage au Québec? Pourrions-nous nous débarrasser individuellement et collectivement de cette béquille étatiste et partisane pour pouvoir agir en fonction d’un meilleur avenir pour nos enfants?

L’alarme de feu sonne, il y a déjà de la fumée dans la salle, mais on ne bouge pas, on attend que la maitresse finisse sa pause syndicale et qu’elle vienne nous chercher pour sortir de l’édifice.

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6 réflexions sur “Regard collectif dans un miroir subventionné

  1. Les Québécois ont aussi cette superstition que l’État (notez la majuscule… vous devez faire une génuflexion quand vos yeux croisent ce mot!) est un arbitre ‘objectif’… ce qu’ils sont naïf!

  2. Excellentes réflections Pedro. Je pense que l’État ne réalise pas qu’avec l’internet les citoyens sont super bien informés sur tout ce qui se passe, à l’instant même, avec des blogues qui « peuvent » dire la vérité dure et pure, vu que les blogues n’ont pas à plaire aux annonceurs, ce qui est le cas dans les journeaux, la radio et la TV avec les campagnes de pub de nos gouvernements, associations, etc.

    Nous pouvons réagir immédiatement. Les élus trainent la patte comme on dit, sont malheureusement en arrière, n’écoutent pas et le peuple devient de plus en plus agressif envers eux chaque jour.

    Il nous faut continuer de s’impliquer, de s’engager et dénoncer chaque bétise. Si il y a une révolution elle ne sera pas tranquille. On a quand même deux ans pour changer le régime qui jusqu’à présent ne comprend rien.

    • le jour ou les caisses de retraite seront vide, soit en 2030 selon les experts et que les dépenses en santé atteindront plus de la moitié du budget du Québec alors il y en aura une révolte les jeunes vont faire exactement ce que les jeunes de la Tunisie et de l’Égypte ont fait.

  3. Très bon texte. Le modèle étatiste ne fonctionne plus au Québec et il faut le changer. J’en ai marre des consultations, cela nous prend quelqu’un au pouvoir qui va mettre ses culottes et qui va faire le ménage sans demander la permission aux leaders syndicaux. Quel parti politique aura le courage de faire cela, je cherche encore mais peut-être que c’est l’ADQ la réponse.

  4. J’aurais pas mieux écrit l’esprit dans lequel je me trouve malgré mes 65 ans. Je la copie sur monbloque pour en augmenter la diffusion…

  5. Si les peuples d’Afrique du nord ont le courages de faire comprendre à leurs dirigeants qu’ils en ont ras le bol qu’est ce qui nous empêche d’en faire autant alors qu’il n’y a aucun risque? Serions-nous aveugles ou lâches à ce point?

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