Finançons des ingrats

Ian Sénéchal

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

Ma dernière chronique à CHOI abordait le sujet des rentes de retraites. En général, quand on aborde ce thème, on se fait critiquer par les plus vieux. Ils ne veulent rien savoir qu’on leur dise qu’il faudrait diminuer leur rente garantie par le régime public s’ils prennent leur retraite trop tôt (avant 67 ans selon moi). Ces frictions sont le produit de ce qu’on appelle l’iniquité intergénérationnelle. Ce genre de réactions est normal, après tout, « ils ont payé toute leur vie » comme dirait mon père! N’en reste pas moins que le gouvernement doit agir rapidement avec ce régime public, car il devra soit augmenter très rapidement les cotisations, soit le reformer en profondeur ou encore l’abandonner dans quelques années s’il ne fait rien immédiatement.

Mais les iniquités de ce type, ça ne va pas seulement dans un sens. Les plus jeunes bénéficient aussi des politiques mur-à-mur de la société québécoise, notamment grâce aux frais de scolarité ridiculement bas au Québec. On ne pait que 2415 $ par an alors que c’est 6307 $ en Ontario. C’est au Québec que les frais sont les plus bas au Canada. On y pait en moyenne 5138 $.[i]

RÉDUIRE L’ACCESSIBILITÉ?

Les fédérations étudiantes militent pour un gel des frais de scolarité depuis des années. Selon eux, une augmentation des frais diminuerait l’accessibilité aux études. Disons que le paradoxe québécois vient contredire cette affirmation. Les frais de scolarité y sont très bas et pourtant, on ne bat aucun record de fréquentation universitaire. La principale raison de cela est que les frais de scolarité ne représentent pas une proportion si importante des coûts engendrés par les études (livres, logement, nourriture, bière, cellulaire… )[ii].

SUBVENTIONNER LES RICHES DU FUTUR

Aujourd’hui, je regarde le salaire que je fais et la subvention que j’ai reçue pour faire mes études en actuariat et je me dis que c’est complètement absurde.

Je n’ai pas eu accès aux prêts et bourses, car mon père faisait sommes toutes de bons revenus. Desjardins me prêtait de l’argent au taux ridicule de 2.5 %. Je suis sorti de l’université avec 35 000 $ de dettes en 2006. Vous comprendrez que je ne me suis pas serré la ceinture tant que ça. J’avais mon portable en tout temps avec moi, mon beau Buick Skylark turquoise 1991 et je ne manquais pas beaucoup de sorties! Je tiens donc à tous vous remercier aujourd’hui. Je me suis payé du bon temps sur votre bras et je n’étais pas le seul, vous vous en doutez bien.

Ce n’est pas si pire vous direz, je paie aujourd’hui mon dû. Effectivement, dans mon cas, c’est vrai, je suis resté au Québec. Ce n’est pas le cas pour une vingtaine des analystes en actuariat promus en 2006 par contre. Une belle émigration étant donné que nous étions environ 70 diplômés!

LA VRAIE SOLUTION ÉQUITABLE

Afin d’être constructif dans ma critique du modèle, je vous incite à militer en faveur de ces réformes :

  • Ramener les frais de scolarité à un pourcentage du prix coûtant des études [entre 50 % et 75 %]. Cela amène donc une modulation des frais de scolarité selon la discipline.
  • Diminuer le financement des universités en provenance des gouvernements centraux.
  • Éliminer la déduction fiscale reliée aux frais de scolarité.
  • Augmenter et faciliter les prêts disponibles aux classes de revenus plus faibles.
  • Faire un lien entre la disponibilité des bourses et les performances académiques tout en augmentant fortement leur niveau.
  • Appliquer ces réformes au niveau collégial également.

Bref, comme vous le voyez, on peut continuer à financer les études postsecondaires, mais pourquoi ne pas le faire seulement pour ceux qui en ont vraiment besoin? Pensez-y un peu, que gagne-t-on à financer des ingrats dans mon genre ou pis encore, des actuaires qui se la pètent en Californie?

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19 réflexions sur “Finançons des ingrats

  1. J’ai écouté votre intervention. M. Duhaime devrait adopter votre style, beaucoup plus constructif.

    Quelques réactions:

    – Si vos frais de scolarité auraient été trois fois plus élevés, vous seriez sorti de l’université avec une dette de près de 100,000 $ Auriez-vous été à l’aise avec cette situation ?

    – J’ai apprécié l’idée de la taxe sur l’expertise universitaire. Dommage que l’animateur n’est pas ouvert à ce type d’idée, ça aurait été intéressant de vous entendre là-dessus.

    – Êtes-vous contre la lutte à l’évasion fiscale ?

    – Êtes-vous contre un remaniement des paliers d’imposition, un peu comme c’était il y a une vingtaine d’années (11 paliers au lieu de 3, je crois)

    Salutations,

    • 1) Si on avait triplé mes frais, j’aurais eu une dette de 47 000$ au lieu de 35 000$. Oui j’aurais été à l’aise. Je me serais peut-être passé de ma voiture par contre afin de la faire baisser.

      2) Je suis contre une taxe supplémentaire aux entreprises, il faut améliorer notre situation concurentielle, pas l’agraver.

      3) Je ne suis pas contre la lutte à l’évasion fiscale. Je vous réferrerai à mon texte « Les bouées » en guise d’argumentaire!

      4) Je ne suis pas un fan de la flat tax, mais je trouve notre système d’imposition trop lourd, trop complexe. Je diminuerais les impôts de tous, tout en diminuant, voir abolissant une tonne de crédits d’impôt, déductions fiscales et subventions. Je n’ajouterais pas de pallier, à moins que nos concurrents canadiens ne le fassent. Selon moi, la fiscalité est une affaire de concurence afin d’attirer des riches et des entreprises.

  2. Vraiment, Monsieur Sénéchal vous êtes un exemple de rigueur intellectuelle. Je suis fier de voir qu’au Québec certaines personnes ont encore le bon sens d’utiliser la bonne vieille méthode empirique pour étayer leur point de vue comme dans l’expression « si ça vaut pour moi, ça vaut pour tout le monde »! Merci et bravo pour votre travail!

  3. Ian est-ce que vous voyez l’instruction comme un droit? Je crois que c’est à cette endroit que ca va accrocher pour votre réforme.

      • Je vois aussi l’éducation non seulement comme un investissement mais comme la principale solution de toutes les sociétés afin de sortir de la torpeur et du marasme qui les affligent. Cela dit, je salue les initiatives dans ce domaine de certains politiques de l’Ouest canadien qui osent par exemple parler d’évaluation et de promotion des enseignants. Je déplore et dénonce l’absence de toute politique de réforme sérieuse en cette matière au Québec, et c’est aussi vrai pour l’ADQ que pour les autres partis. Quand l’ADQ va-t-elle quitter ses livres comptables pour se pencher sur les vrais problèmes à la racine de cette situation économique catastrophique?

      • Moi aussi je crois tres fermement que l’éducation est un investissement et non un droit , tout comme on choisit d’investir dans une maison alors que d’autres préferront passer leur vie a loyer plutôt que d’investir dans une chose que eux considere comme non-essentielle. par contre je crois que l’acces a une étude supérieur ne doit pas être teinté d’une discrimination sélective(autochtone, féminine,raciale) et surtout nous devons cesser de dénigrer les emplois manuel comme éboueur, élagueur, ploimbier, etc.. sont des travails tres honorable et NÉCESSAIRE qui sont tres bien payé souvent même mieux que des position de col blanc. le tout est une question de choix et d’assumé SES CHOIX.

        • Cela vous paraîtra peut-être paradoxal venant d’un professeur d’université à la retraite mais 1 étudiant universitaire sur 3 au Québec ne devrait pas être à l’université. D’abord sa culture de base est souvent très primaire, pour ne pas dire primitive – dans « université » il y a « univers » ce qui suppose un minimum de culture- et le Québec a un besoin urgent de techniciens et de personnes de métiers pour lesquels la formation présente au Québec est déficiente aussi bien en qualité qu’en quantité. Il y a aussi surabondance d’étudiants universitaires dans certaines facultés réputées comme « faciles » et ça conduit inévitablement à des vagues de chômeurs instruits. En plus d’une hausse importante des frais de scolarité et l’instauration de ces frais au cegep, il faut un grand ménage dans nos programmes universitaires et dans la formation professionnelle. J’irais même jusqu’à abolir les cegeps, pour une structure d’éducation supérieure analogue aux autres provinces.

        • Pensez-vous que?

          Retirer les notions des périodes et appliquer tout son temps à une matière pendant un mois consécutif et par la suite faire passer un examen.

          Plutôt que saupoudrer plusieurs matières en même temps et plusieurs examens.

          Je trouve que la notion de période augmente le coefficient de difficulté, mais est-ce que cela augmente réellement la qualité des apprentissages et de la mémorisation des concepts.

        • à Williams Pq,
          Je ne crois pas qu’on doive concentrer les apprentissages dans le temps par matière. C’est comme la nourriture, 3 semaines de viande, suivies de 3 semaines de patates, puis 3 semaines de légumes, c’est bourratif, on s’en écoeure et … on arrivera à en vomir. Il faut équilibrer la semaine d’apprentissage en y dispersant les matières. Je suis cependant contre le fait qu’on considère l’école comme un « milieu de vie » comme disent les moumounes du MELS. L’école est un milieu d’apprentissage du français, de l’anglais, des maths, des sciences, de l’histoire, de la géographie et de la CULTURE avec un grand « C » point final! Le sport doit se faire en dehors de l’école tout comme la religion , la morale ou l’économie et…. l’art d’enfiler le condom! Pas de place pour ça à l’école, c’est utile mais ça doit se faire ailleurs, à l’église, au gymnase ou avec les parents . Et c’est quoi ces bus scolaires qui quittent à 15H , dans mon temps on ne quittait pas L’école avant 16h30! .. Je sens que je suis mûr pour un autre billet sur l’éducation…

        • @ Reynald Du Berger:

          Abolissons le cours ecr (qui prend vraiment trop de place), et remplaçons ça par 1 heure de sport/jour.

          « Un esprit SAIN dans un corps SAIN »

          Je suis d’accord que les « moumounes du mels »(et la gauche aussi trouve que ça dérape au niveau pédagogique), dérapent trop souvent, par contre, l’école doit FAVORISER l’apprentissage par TOUS les moyens.

          Justement, les « moumounes » (au mels, dans les commissions scolaires et dans les syndicats), aiment pas que les gars (et les filles aussi!), soient ACTIFS et veulent qu’ils soient tranquilles et qu’ils écoutent… comme des « moumoumes ». Bonjour le ritalin, la bave sur le bureau, et la haine de l’école…

          Et étant donné que tout va TROP vite aujourd’hui, que les 2 parents (quand ce n’est pas une demi-famille), travaillent comme des débiles, que la société est trop SÉDENTAIRE, etc, il faut s’ajuster.

          Pour ça:

          « Je ne crois pas qu’on doive concentrer les apprentissages dans le temps par matière »

          Je suis d’accord avec vous.

          Pour le cours d’anglais au primaire et obligatoire: pas d’accord.
          Tant que l’école sera étatique, obligatoire et payé par TOUS, c’est NON !
          Icitte c’est français ! Il ne faut pas remettre en question ça, sinon on va encore réveiller de vieux démons et ne va pas régler les problèmes vraiment pressants.

          Va falloir un jour que ceux qui détestent notre culture UNIQUE, notre histoire UNIQUE, etc, acceptent ça! De toute façon, c’est si facile d’apprendre une langue de nos jours.

          747, 3 mois dans un endroit où il n’y a pas de français = bilingue !
          :-)

          p.s.
          L’ADQ va perdre mon vote s’il insiste la-dessus!

  4. Pour les rentes du RRQ des personnes âgés soulignons l’hypocrisie et la mauvaise foi de nos menteurs en chef au PLQ qui ont dénoncé la « campagne de peur » de l’ADQ en décembre 2008 alors que c’est l’ADQ qui avait raison sur les pertes de la caisse de dépôt et que leur estimé plus que conservateur s’était avéré vrai plus un 33% de plus en boni, 40 milliards au lieu de 30 milliards.

    Pour les frais de scolarité et les médecins que l’on forme à McGill et cie et qui vont en masse pratiquer ailleurs, voilà une belle poignée pour justifier nos besoins en péréquation. Gag peut-être, mais gag avec fond de vérité.

  5. Bonnes réflections, les temps changent si vite, que nous n’avons à peine le temps d’y réfléchir. Il faut s’ajuster constamment pour prévenir les démesures, ce que nos gouvernements ne font pas….réfléchir.

  6. Au Québec, nous avons les frais de scolarité universitaire les plus bas au Canada et pourtant nous avons également le plus bas taux d’admission et d’inscription à l’Université…… »Distinct » paradoxe ?…Certains prétendent qu’une hausse des frais de scolarité universitaire sur le plan fiscal pourrait avantager les familles moins bien nantis et ainsi favoriser une politique de  »prêts et bourses » beaucoup plus équitable et sensible à  »l’indice potentiellomètre » cela peu importe la condition sociale de la famille du  »sujet » concerné…..Cela reste à voir….et à calculer…..

  7. « Abolissons le cours ecr (qui prend vraiment trop de place), et remplaçons ça par 1 heure de sport/jour.

    « Un esprit SAIN dans un corps SAIN »

    oui et papa qui assoit son gros steak dans le Colisée ou le Centre Bell pour les « games » de hockey doit s’occuper du corps sain de fiston en le trainant à l’arena le samedi matin avec son gros sac d’équipement de hockey très cher et moderne… payé par papa. En 1950-60, je me confectionnais une rondelle de hockey avec une pomme de route (crotin de cheval) et jouais au hockey dans la rue avec les copains entre 16h30 et 17h. Puis souper et devoirs! Voilà pour le corps sain! Pas de programmes sports études et autres conneries de corps sain! L’École est là uniquement pour les matières que j’ai énumérées et pour lesquelles la vaste majorité des parents n’ont pas les compétences. Mais voilà que la majorité des parents sont trop vaches pour assumer le sport, l’économie, la religion et la morale et confient ça à l’école. C’est go-gauche et socialiste ça!

    Je répète: L’école est un milieu d’apprentissage du français, de l’anglais, des maths, des sciences, de l’histoire, de la géographie et de la CULTURE avec un grand « C » point final! Le sport doit se faire en dehors de l’école tout comme la religion , la morale ou l’économie et…. l’art d’enfiler le condom! Pas de place pour ça à l’école, c’est utile mais ça doit se faire ailleurs, à l’église, au gymnase ou avec les parents . Et c’est quoi ces bus scolaires qui quittent à 15H , dans mon temps on ne quittait pas L’école avant 16h30!

    • Au secondaire ils ont tellement fractionné l’instruction en toute sorte de matière différente que c’est pour cela que je proposais de supprimé les périodes.

      L’idéal serait de garder la base comme vous dites.

      La réussite des élèves n’est plus une priorité dans les écoles, sinon ils auraient changé le cape pour l’ancienne méthode ou le succès était au rendez- vous.

      Au secondaire j’ai eu des cours de programmation informatique avec un logiciel désuet à l’époque « Qbasic » qui fonctionne avec MS-DOS. Ces connaissances ne sont pas pratiques pour 2011. Même chose avec mon cours d’électromécanique. Connaissance désuet technologie désuet.

    • Tant qu’à y être, on devrait abolir les récréations, c’est une vrai perte de temps.
      Ah oh, j’oubliais, c’est déjà le cas dans plusieurs écoles…

      Et l’heure d’éducation physique aussi = vraie perte de temps.

      En passant, dans les années 50-60, « papa était dans l’champ, pi maman aux chaudrons »… la plupart du temps. Et la société au grand complet était moins sédentaire qu’aujourd’hui. Et nous n’étions pas maniaques de la sécurité comme aujourd’hui et prêts à poursuivre l’école si fiston se faisait un gros bobo. Et pas contrôlés par des « matriache-castrantes ». Etc.

      En tout cas, j’vais vous dire ce que je pense de tout ça:

      NI VOUS, NI MOINS, ni les pédagogues devraient décider pour tous: cela devrait être les parents (t’se ceux-là qui payent ou qui devraient payer), et les étudiants qui choisissent leurs types d’écoles et leurs formations.

      Par contre, je suis d’accord avec vous que l’école enseigne trop de choses inutiles et que les élèves -surtout au secondaire- pourraient apprendre beaucoup plus qu’en ce moment. On perd trop souvent notre temps…

      p.s.
      « Un esprit SAIN dans un corps SAIN »
      « Un esprit SAIN dans un corps SAIN »
      « Un esprit SAIN dans un corps SAIN »

      J’vais continuer d’en parler, bon !
      ;-)

      Et cela devrait être une priorité pour tout le monde… comme ça l’était AVANT notre époque de « papa qui assoit son gros steak dans le Colisée ou le Centre Bell pour les « games » de hockey »
      ;-)

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