À choisir, je préfère Voltaire

Daniel Paquet

(Contact via Twitter, Courriel),

Voici la petite histoire d’un gros épais, un bon « redneck » québécois,  un soir, dans un bar, qui regarde Musique Plus à la télé, et qui commente à haute voix. Un bon Elvis Gratton comme on en rencontre parfois. Et il dit :

« Non, mais, regardez-moi ces bozos…
Eux-autres, ils l’ont, l’affaire!
Y jouent de la guitare sur Musique Plus!
C’est pas travailler, ça. Eux-autres, ils l’ont, l’affaire.
Gagner de l’argent à ne rien faire, et avoir les filles, en plus.
Non, ces gars-là, c’est pas des caves.
Au pire, une petite ampoule sur le petit doigt.
Au pire, une petite ampoule sur le pouce.

Moi, j’installe des fours micro-ondes.
Dans des cuisines sur mesure
Je transporte des réfrigérateurs
Je livre des télé-couleurs

(Non,  mais avez-vous vu ce gars-la ?
Une moumoune, avec sa boucle d’oreille et son maquillage.
Pis c’est ses vrais cheveux, en plus!
Cette moumoune a son propre jet.
Cette moumoune est millionnaire.)

J’aurais du apprendre à jouer de la guitare
J’aurais du apprendre à jouer de la batterie.
Regardes cette fille : elle se les montre en plein dans la caméra.
On pourrait quasiment les toucher.
Et lui, il fait quoi?
Il frappe sur ses bongos comme un chimpanzé.

Mais regardez-moi ça :
C’est pas travailler, ça.  Lui, il l’a, l’affaire!
Tu joues de la guitare sur Musique Plus!
De l’argent à ne rien faire, et les filles gratis
De l’argent à ne rien faire, et des filles gratis »

Ça vous choque? Non? Ah bon. Pourtant, ça a choqué une dame. Dans les maritimes. Voyez-vous, le texte qui précède est la traduction libre de la pièce « Money for Nothing » du groupe britannique Dire Straits, une chanson écrite il y a 25 ans.

Vingt-cinq ans plus tard, la dame s’est soudainement dite offusquée du paragraphe où l’épais traite l’artiste d’efféminé :

(See the little faggot with the earring and the makeup
Yeah buddy that’s his own hair
That little faggot got his own jet airplane
That little faggot he’s a millionaire)

Elle a porté plainte au Conseil canadien des normes de la radiotélévision. Qui lui a donné raison. Il a jugé cette chanson inadéquate pour les ondes canadiennes. Sur cette seule et unique plainte de cette seule et unique madame. On a mis la chanson à l’index. Il est désormais interdit d’en faire jouer la version intégrale, parce que la madame croit que le mot «faggot» (efféminé) insulte les homosexuels. Qui eux, ne se sont jamais plaint.

Avec de tels règlements, c’est notre liberté d’expression qu’on tue petit à petit. Si on se fie à la logique de ce jugement, il faut définitivement retirer Elvis Gratton de la télé, des cinémas et des clubs vidéo. Exagéré comme conclusion? Non, vous le savez bien.

À la lumière de cette décision, allez vider votre discothèque, allez vider votre vidéothèque.

Oh mais avant, prenez une petite minute, et relisez Voltaire :

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

A choisir entre Voltaire et le CCNR, je préfère Voltaire. Et vous?

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Voici la petite histoire d’un gros épais, un bon « redneck » québécois,  un soir, dans un bar, qui regarde Musique Plus à la télé, et qui commente à haute voix. Un bon Elvis Gratton comme on en rencontre parfois. Et il dit :

 

« Non, mais, regardez-moi ces bozos…

Eux-autres, ils l’ont, l’affaire!

Y jouent de la guitare sur Musique Plus!

C’est pas travailler, ça. Eux-autres, ils l’ont, l’affaire.

Gagner de l’argent à ne rien faire, et avoir les filles, en plus.

Non, ces gars-là, c’est pas des caves.

Au pire, une petite ampoule sur le petit doigt.

Au pire, une petite ampoule sur le pouce.

 

Moi, j’installe des fours micro-ondes.

Dans des cuisines sur mesure

Je transporte des réfrigérateurs

Je livre des télé-couleurs

 

(Non,  mais avez-vous vu ce gars-la ?

L’air efféminé, avec sa boucle d’oreille et son maquillage.

Pis c’est ses vrais cheveux, en plus!

Ce petit efféminé a son propre jet.

Ce petit efféminé est millionnaire.)

 

J’aurais du apprendre à jouer de la guitare

J’aurais du apprendre à jouer de la batterie.

Regardes cette fille : elle se les montre en plein dans la caméra.

On pourrait quasiment les toucher.

Et lui, il fait quoi?

Il frappe sur ses bongos comme un chimpanzé.

 

Mais regardez-moi ça :

C’est pas travailler, ça.  Lui, il l’a, l’affaire!

Tu joues de la guitare sur Musique Plus!

De l’argent à ne rien faire, et ses filles gratis

De l’argent à ne rien faire, et des filles gratis »

 

Ça vous choque? Non? Ah bon.

Pourtant, ça a choqué une dame. Dans les maritimes.

Voyez-vous, le texte qui précède est la traduction libre de la pièce « Money for Nothing » du groupe britannique Dire Straits, une chanson écrite il y a 25 ans.

 

Vingt-cinq ans plus tard, la dame s’est soudainement dit offusquée du paragraphe où l’épais traite l’artiste d’efféminé :

(See the little faggot with the earring and the makeup

Yeah buddy that’s his own hair

That little faggot got his own jet airplane

That little faggot he’s a millionaire)

 

Elle a porté plainte au Conseil canadien des normes de la radiotélévision. Qui lui a donné raison. Il a jugé cette chanson inadéquate pour les ondes canadiennes. Sur cette seule et unique plainte de cette seule et unique madame. On a mis la chanson à l’index. Il est désormais interdit d’en faire jouer la version intégrale, parce que la madame croit que le mot «faggot» (efféminé) insulte les homosexuels. Qui eux, ne se sont jamais plaint.

 

Avec de tels règlements, c’est notre liberté d’expression qu’on tue petit à petit. Si on se fie à la logique de ce jugement, il faut définitivement retirer Elvis Gratton de la télé, des cinémas et des clubs vidéo. Exagéré comme conclusion? Pantoute, vous le savez bien.

 

À la lumière de cette décision, allez vider votre discothèque, allez vider votre vidéothèque.

 

Oh mais avant, prenez une petite minute, et relisez Voltaire :

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

 

A choisir entre Voltaire et le CCNR, je préfère Voltaire.

Et vous?

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22 réflexions sur “À choisir, je préfère Voltaire

  1. La société occidentale n’est pas seulement affligée du syndrôme de la haine de soi mais elle est de plus en plus liberticide. N’importe quel imbécile qui se sent offusqué par une parole de chanson ou par un commentaire public est assuré d’avoir l’oreille d’un organisme de défense des «droits» qui s’érige en grand censeur. Ils ont javellisé le discours public, ils veulent javelliser la licence artistique. C’est apeurant. Faudra s’y faire car après la grande épuration des ondes radio, il ne nous restera plus à écouter que des «oeuvres» signées, par exemple, par Marie-Chantale Toupin.
    «Moé c’est moé;
    Toé c’est toé;
    J’veux qu’on reste;
    comme qu’on est»

  2. The complaint was made by a woman with too much time on her hands. In a related note there is a move in the US to re-write the classic Tom Sawyer (Mark Twain) and remove every instance of the word ‘ni++er’ (even I am terrified to say it …LOL) … http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/01/06/97001-20110106FILWWW00684-usa-polemique-autour-de-tom-sawyer.php … but many african-american’s in the US are opposed to the new edition claiming that to remove the word ‘ni==er’ from Mark Twains original is to deny or attempt to ‘whitewash’ (no pun intended … history … and that Twain was simply reflecting culture as it was at the time and the word was not used in a derogative sense but in the sense relevant to the time in which the story takes place … I agree …

  3. Voici un ajout intéressant à mon papier:

    Des stations diffuseront Money for Nothing en continu

    La Presse Canadienne
    Halifax

    Des stations de radio rock de Halifax et d’Edmonton prévoient faire jouer la version originale de Money for Nothing sans interruption pendant une heure, vendredi, en réponse à une décision du Conseil canadien des normes de la radiotélévision jugeant la chanson inadéquate pour les ondes canadiennes.

    Le directeur de la programmation de la station Q104 à Halifax, J.C. Douglas, croit que la décision crée un précédent inquiétant et la qualifie de «tragique erreur de jugement». La station diffusera son «marathon» Money for Nothing entre 21 h et 22 h vendredi.

    La station K-97 d’Edmonton indique sur son site web qu’elle diffuserait aussi la version originale de la chanson pendant une heure.

    http://www.cyberpresse.ca/arts/musique/201101/14/01-4360224-des-stations-diffuseront-money-for-nothing-en-continu.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_arts_244_accueil_POS1

    Bravo, ils se tiennent debout!

  4. On pourrait s’attendre à ce genre de décisions en Corée du Nord, en Iran ou à Cuba mais on est au Canada cib…

    Ah, c’est vrai, comme ces pays, on a un système public très socialisant…ça vient avec un maudit paquet d’inconvénients également et c’est dans ces situations qu’on se rend compte de la forte présence de big brother.

  5. C’est souvent des gens qui n’ont rien à voir avec les situations proprement dites qui se plaignent après on se demande pourquoi on a un paquet de loi rétrogrades en matière de libre expression, c’est à cause de ces pisse-vinaigres.

  6. Pingback: lacapitaleblogue.com | Suggestions du jour 01/15/2011

  7. Excellent papier! Lorsque j’étais jeune, les évêques et les curés prétendaient à une supériorité morale pour nous censurer. Aujourd’hui, ce sont les bureaucrates. Je crains le jour ou un « Ayatollah de la laïcité » se plaindra de l’utilisation d’un vocabulaire religieux dans « Petit papa Noël »

  8. En ce qui concerne le Québec,je me souviens, il n’y a pas si longtemps de cela,que toute la bien-penssance de la gauche médiatique et politique Québécoise,ont demandés a ce que le CRTC ferme une station de radio de Québec (CHOI 98,1 FM).

    Je ne crois pas que ceux qui ont comme politique de niveler par le bas(la Gauche)soient de grand défenseur de la liberté d’expression, ils ont plutôt comme objectif de faire taire les voix dissidente en les affublant de terme pour les discréditée comme extrême droite, populisme, démagogie,loose canon etc. etc. afin de les soumettre au mieux au joug de la pensée unique, au pire les réduire au silence en faisant d’eux des personæ non gratta de la scène médiatique au Québec.

    • J’ai écrit ce commentaire dans la chronique de Stephane Laporte sur cyberpresse et il n’a pas été publié d’ailleurs plusieurs de mes commentaires comme celui-ci ne sont jamais publier sur cyberpresse. Ha! la liberté d’expression qui est si cher a nos médiocre(media du Quebec)en autant que tu soit d’accord avec leur opinion.

      • Malheureusement Stéphane Laporte son blogue est à l’image de son blogueur, bien mièvre & infantilisant.
        Laporte le champion de la nouvelle kétainerie de la chanson préfabriquée des chanteuses réusinées Star-Académie des « p’tites niaiseuses » en paraphrasant Gilles Proulx en série qui pullulent & polluent les ondes radiophoniques de la province.

        La censure n’est pas unique à Cybepresse.
        Richard Therrien le blogueur-télé censure les commentaires par hétérophobie.

  9. Une plainte frivole et probablement des millions d’appuis au pays et on procède à la censure quand même. Ce n’est pas de la démocratie qui laisse le choix au consommateur de décider, c’est de la dictature, du totalitarisme de la part du conseil canadien des « standards » de radio-diffusion.

    Si une chanson vous offusque, n’achetez pas le disque, n’allez pas voir le band en show, faites une manifestation au pire aller mais ne donner pas de l’importance à une gang de bureaucrates qui sont payés dans les 5 chiffres avec un super fond de pension pour jouer les « apôtres » du bon goût et nous inculquer la vérité infuse sur ce qui peut être dit et ce qui ne peut être dit.

  10. Ce n’est pas pour dire que la décision du CRTC est justifiée, mais l’auteur de Candide et de l’Henriade ne se serait pas battu pour ce genre de chansons.

    • Par curiosité, tu te base sur quoi pour affirmer l’opinion qu’aurait Voltaire en 2011 alors qu’il est mort depuis 1778? Selon sa biographie (celle de Jean Orieux), ses opinions m’ont semblé plutôt influencées par le contexte politique, économique, religieux et social de son époque, alors que celui-ci est à mon avis bien différent de celui du Canada de 2011. Peut-être as-tu un passage d’une de ses oeuvres pour appuyer ton commentaire?

      • (Je me base, de mon côté, sur une biographie de Voltaire par Lepape.)

        Les idées de Voltaire étaient influencées par le contexte de son époque, mais elles avaient également une forte coloration aristocratique. Voltaire a tenté longtemps de se faire admettre dans les cercles de la noblesse, ses goûts et ses penchants étaient les mêmes que ceux de la classe supérieure, et il tenait le public en très basse estime: aux érudits gouvernés par la raison, il opposait un peuple dominé par ses émotions. L’objectif de Voltaire était de réconcilier le pouvoir politique, c’est-à-dire la monarchie, avec l’élite intellectuelle. Sur le plan littéraire, le style de Voltaire était résolument classique: il s’en est tenu aux règles définies par les auteurs du siècle précédent, et on ne trouve pas dans ses écrits les expérimentations d’un Hugo ou d’un Verlaine, par exemple.

        Je ne sais pas si elle appuie mon commentaire, mais cette citation de Voltaire révèle assez ses opinions: «Quand la populace se mêle de raisonner tout est perdu.»

        Il y a aussi celle-là: «Les grands plaisirs, dans tous les arts, ne sont que pour les connaisseurs.»

  11. @ PiLuc:

    Il n’aurait peut-être pas défendu « l’oeuvre » de Dire Straits, mais il aurait probablement combattu la censeur, non?

    • Bonne question. Aurait-il combattu le censeur? Je ne pense pas. Je crois plutôt qu’il aurait évité d’exprimer son opinion sur ce cas particulier. Il aurait préféré attendre et dénoncer la censure lorsqu’elle s’en prend à une oeuvre de meilleure qualité, ou encore il aurait fustigé la censure en tant que notion abstraite, dans l’absolu, pour éviter de paraître se ranger aux côtés d’un chanteur populaire.

      Et si on lui avait posé directement la question? Je suppose qu’il aurait donné son opinion rapidement, sans paraître y prêter attention, et qu’il se serait dépêché ensuite de passer à un autre sujet.

      Vous aurez deviné que la position que j’attribue à Voltaire, c’est un peu la mienne en même temps. Les cas de censure au nom du politiquement correct sont assez nombreux pour que nous puissions mieux choisir nos batailles, et ne pas nous exposer inutilement à l’accusation d’intolérance en défendant une chanson plutôt bête où le mot « faggot » revient trois fois.

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