Retour dans le temps

Guillaume S. Leduc

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

C’est la deuxième fois en moins d’un mois que l’actualité me pousse à remettre un article de l’an passé qui est toujours aussi pertinent cette année. Comme quoi il faut croire que le Québec n’avance pas très vite…

Au moment où on apprend que le Directeur national des urgences abandonne le bateau, je crois qu’il vaut la peine de se remémorer un certain engagement de Jean Charest. Je vous copie-colle un article du 8 mars 2003. Avouez que ça serait bien de pouvoir mettre un gouvernement dehors à partir des mensonges qu’il a dit en campagne électorale ?

Pour voir la page couverture de cet article, cliquez ici.

La Presse
Nouvelles générales,
samedi, 8 mars 2003, p. A1
Jean Charest à La Presse

Remettre le système de santé sur pied

« Et la population me jugera! »

Lessard, Denis

North  Hatley  –  À  la  veille  du déclenchement   de   la   campagne électorale, le chef du Parti libéral, Jean Charest, met sa tête sur le billot. Un  prochain  gouvernement  libéral réglera les problèmes dans le réseau de la santé ou ne méritera pas d’être réélu.

North Hatley – « Je propose un pacte à la population du Québec. Je veux que mon  gouvernement  et  moi  soyons jugés  là-dessus.  Au  bout  de  notre mandat, la population aura à évaluer si on a livré ou non les engagements qu’on a pris en santé », résume M. Charest. « Je  dis  aux  Québécois:  faites-moi confiance, je vais remettre sur pied le système de santé. Jugez-moi sur ces résultats.

Et si je n’y arrive pas, vous saurez  quoi  faire! »  défie  le  chef libéral,  dans  une  longue  entrevue accordée à La Presse, à sa résidence secondaire de North Hatley, dans les Cantons-de-l’Est.

En campagne électorale, l’engagement ne sera pas sans rappeler la promesse solennelle  d’un  Pierre  Trudeau  au référendum de 1980, dans le dossier constitutionnel.  Son  équipe  et  lui mettaient « leurs sièges en jeu » pour promettre un changement constitutionnel.  Le  défi  est  de  la même ampleur.

Depuis une décennie, les ministres se sont   succédé   à   la   Santé,   tous impuissants à réduire la pression sur les urgences, les listes d’attentes et la pénurie des professionnels en région. Pour Jean Charest, remettre sur pied de système de santé, c’est avant tout « faire en sorte que les listes d’attente disparaissent, qu’on soigne les gens dans  des  délais  raisonnables ».

Le programme libéral prévoit d’ailleurs un « commissaire à la santé » qui aura le rôle d’un chien de garde. C’est lui qui  veillera  à  ce  que  les  délais imposés    aux    patients    restent médicalement acceptables.

« On ne dit pas  bêtement  qu’il  n’y  aura  plus d’attente pour quoi que ce soit. Mais on  s’engage  à  ramener  cela  à  des proportions  acceptables,  humaines », précise M. Charest. Le chef libéral s’enflamme d’ailleurs devant   l’annonce   « indécente »   du gouvernement  Landry,  qui  promet d’injecter subitement, à la toute veille des   élections,   des   centaines   de millions  non  récurrents,  des  fond venus d’Ottawa, pour mettre un terme aux listes d’attente. « Les gens vont pouvoir dire: on a un gouvernement qui existe 50 jours aux quatre ans », prédit-il. Fort détendu, il se dit assuré d’avoir fait tout en son pouvoir à la veille du déclenchement des élections. « Je peux demander aux Québécois de me faire confiance, j’ai fait le travail qui est attendu  de  quelqu’un  qui  veut  être premier ministre. »Les nombreux engagements pris par le PLQ en matière de santé « seront mis en place dans la première année du mandat », promet-il.

Les libéraux se sont engagés notamment à augmenter de 1500 le nombre des infirmières et d’accroître de 750 les inscriptions en faculté  de  médecine  au  cours  d’un prochain  mandat.  Les  gestes  seront faits  dans  les  12  mois  suivant l’élection d’un gouvernement libéral, précise M. Charest.

Le PLQ promet aussi de lever « sur-le- champ »  les  quotas  d’opérations  et d’augmenter le financement des soins à domicile, la première ligne. Il n’est toutefois pas question pour l’instant de nommer le responsable de cet  important  changement  de  cap, réplique-t-il quand on lui demande le sort   réservé   au   neurochirurgien François  Couillard,  candidat  libéral dans  Mont-Royal,  perçu  dans  les coulisses comme éventuel ministre de la Santé. Il faut attendre le verdict de la population pour savoir de qui sera composée   l’équipe,   prévient   M. Charest.

Le chef libéral souligne arriver lui- même avec une connaissance intime du  réseau  de  la  santé  et  de  ses problèmes:    « J’ai    visité    des établissements toutes les semaines. » Jean   Charest   émaille   l’entrevue d’anecdotes illustrant la connaissance directe   qu’il   a   désormais   des problèmes du gigantesque réseau. Le problème central du système de santé au Québec est la pénurie de main-d’oeuvre. « On est un des endroits au monde  où  l’on  trouve  le  moins  de médecins au prorata de la population. En  France,  il  y  a  50  %  plus  de médecins »,  observe-t-il.  Il  sursaute quand on lui dit que plus de médecins signifie plus de malades et davantage de dépenses. « Ce n’est pas vrai, il y a des besoins et il faut les combler. On a des salles qu’on peut ouvrir, mais il n’y a pas de personnel. Il y a des gens dont la vie a été mise en péril parce qu’ils ont attendu trop longtemps des interventions. »

« À Matagami ( 2500 habitants ), dans la  circonscription  d’Ungava,  il  n’y aucun pharmacien. Les gens passent leur commande par téléphone à Amos, puis  leur  prescription  est  livrée  au garage local. Les médicaments sont distribués par le garagiste! » L’autre  problème  de  la  santé  au Québec, c’est le sous-financement. Le PLQ promet que les 17 milliards du budget actuel seront haussé de 41 % en cinq ans. Jean Charest balaie du revers de la main les attaques de Bernard Landry, qui  dit  qu’on  ne  peut  à  la  fois promettre de dépenser davantage en santé et réduire les impôts.

« Des experts, l’Institut économique de Montréal,  même  Yvon  Cyrenne  (comptable longtemps associé au PQ, qui vient de passer à l’ADQ ), tout le monde  dit  que  nos  chiffres  se tiennent », a soutenu M. Charest. Il ne retient pas toutefois l’idée de la « caisse-santé »   préconisée   par   la commission Clair. Ce mécanisme, qui ferait   que   les   gens   cotisent directement à un budget santé plutôt que de payer la note par l’entremise de leurs impôts, est trop complexe. Il y a davantage d’économies à faire en conservant le régime actuel, estime M. Charest.

Le gouvernement Landry « n’a pas fait le  choix  de  la  santé »;  on  dépense quatre  fois  plus  que  l’Ontario  en subventions  aux  entreprises  et  en crédits d’impôts, avec une population deux fois moindre. Il se dit favorable à la mise en place d’un  nouveau  CHUM  à  Montréal, parce que la métropole est déjà, sur la scène internationale, reconnue comme un  point  de  convergence  important pour la recherche médicale.

Les deux méga-hôpitaux    universitaires    de Montréal   sont   « des   projets   que j’aimerais réaliser », laisse-t-il tomber. Mais le gouvernement Landry tarde toujours à fournir des réponses à des questions   importantes:   quel   sera l’avenir des établissements existants? Et  où  prendra-t-on  les  budgets  de fonctionnement?

La Presse
Nouvelles générales, samedi, 8 mars 2003, p. A1
Jean Charest à La Presse
Remettre le système de santé sur pied
« Et la population me jugera! »
Lessard, Denis
North    Hatley    –    À    la    veille    du
déclenchement     de     la     campagne
électorale,  le  chef  du  Parti  libéral,
Jean Charest, met sa tête sur le billot.
Un   prochain   gouvernement   libéral
réglera  les  problèmes  dans  le  réseau
de  la  santé  ou  ne  méritera  pas  d’être
réélu.
North Hatley – « Je propose un pacte à
la  population  du  Québec.  Je  veux  que
mon   gouvernement   et   moi   soyons
jugés   là-dessus.   Au   bout   de   notre
mandat,  la  population  aura  à  évaluer
si  on  a  livré  ou  non  les  engagements
qu’on  a  pris  en  santé »,  résume  M.
Charest.
« Je   dis   aux   Québécois:   faites-moi
confiance,  je  vais  remettre  sur  pied  le
système  de  santé.  Jugez-moi  sur  ces
résultats.  Et  si  je  n’y  arrive  pas,  vous
saurez   quoi   faire! »   défie   le   chef
libéral,   dans   une   longue   entrevue
accordée  à  La  Presse,  à  sa  résidence
secondaire  de  North  Hatley,  dans  les
Cantons-de-l’Est.
En campagne électorale, l’engagement
ne  sera  pas  sans  rappeler  la  promesse
solennelle   d’un   Pierre   Trudeau   au
référendum  de  1980,  dans  le  dossier
constitutionnel.   Son   équipe   et   lui
mettaient  « leurs  sièges  en  jeu »  pour
promettre  un  changement
constitutionnel.   Le   défi   est   de   la
même ampleur.
Depuis  une  décennie,  les  ministres  se
sont     succédé     à     la     Santé,     tous
impuissants  à  réduire  la  pression  sur
les  urgences,  les  listes  d’attentes  et  la
pénurie des professionnels en région.
Pour  Jean  Charest,  remettre  sur  pied
de  système  de  santé,  c’est  avant  tout
« faire  en  sorte  que  les  listes  d’attente
disparaissent,  qu’on  soigne  les  gens
dans   des   délais   raisonnables ».   Le
programme  libéral  prévoit  d’ailleurs
un  « commissaire  à  la  santé »  qui  aura
le  rôle  d’un  chien  de  garde.  C’est  lui
qui   veillera   à   ce   que   les   délais
imposés       aux       patients       restent
médicalement  acceptables.  « On  ne  dit
pas   bêtement   qu’il   n’y   aura   plus
d’attente  pour  quoi  que  ce  soit.  Mais
on   s’engage   à   ramener   cela   à   des
proportion    acceptables,    humaines »,
précise M. Charest.
Le  chef  libéral  s’enflamme  d’ailleurs
devant     l’annonce     « indécente »     du
gouvernement    Landry,    qui    promet
d’injecter  subitement,  à  la  toute  veille
des     élections,     des     centaines     de
millions   non   récurrents,   des   fond
venus  d’Ottawa,  pour  mettre  un  terme
aux  listes  d’attente.  « Les  gens  vont
pouvoir  dire:  on  a  un  gouvernement
qui  existe  50  jours  aux  quatre  ans »,
prédit-il.
Fort  détendu,  il  se  dit  assuré  d’avoir
fait  tout  en  son  pouvoir  à  la  veille  du
déclenchement des élections. « Je peux
demander  aux  Québécois  de  me  faire
confiance,  j’ai  fait  le  travail  qui  est
attendu   de   quelqu’un   qui   veut   être
premier ministre. »
Les nombreux engagements pris par le
PLQ  en  matière  de  santé  « seront  mis
en  place  dans  la  première  année  du
mandat »,  promet-il.  Les  libéraux  se
sont  engagés  notamment  à  augmenter
de  1500  le  nombre  des  infirmières  et
d’accroître  de  750  les  inscriptions  en
faculté   de   médecine   au   cours   d’un
prochain   mandat.   Les   gestes   seront
faits    dans    les    12    mois    suivant
l’élection  d’un  gouvernement  libéral,
précise M. Charest.
Le PLQ promet aussi de lever « sur-le-
champ »   les   quotas   d’opérations   et
d’augmenter  le  financement  des  soins
à domicile, la première ligne.
Il  n’est  toutefois  pas  question  pour
l’instant  de  nommer  le  responsable  de
cet   important   changement   de   cap,
réplique-t-il  quand  on  lui  demande  le
sort     réservé     au     neurochirurgien
François   Couillard,   candidat   libéral
dans    Mont-Royal,    perçu    dans    les
coulisses  comme  éventuel  ministre  de
la  Santé.  Il  faut  attendre  le  verdict  de
la  population  pour  savoir  de  qui  sera
composée     l’équipe,     prévient     M.
Charest.
Le  chef  libéral  souligne  arriver  lui-
même  avec  une  connaissance  intime
du   réseau   de   la   santé   et   de   ses
2Date de création :  26 février 2010
problèmes:        « J’ai        visité        des
établissements toutes les semaines. »
Jean     Charest     émaille     l’entrevue
d’anecdotes  illustrant  la  connaissance
directe      qu’il      a      désormais      des
problèmes  du  gigantesque  réseau.  Le
problème  central  du  système  de  santé
au  Québec  est  la  pénurie  de  main-
d’oeuvre.  « On  est  un  des  endroits  au
monde   où   l’on   trouve   le   moins   de
médecins  au  prorata  de  la  population.
En   France,   il   y   a   50   %   plus   de
médecins »,   observe-t-il.   Il   sursaute
quand on lui dit que plus de médecins
signifie  plus  de  malades  et  davantage
de  dépenses.  « Ce  n’est  pas  vrai,  il  y  a
des  besoins  et  il  faut  les  combler.  On
a  des  salles  qu’on  peut  ouvrir,  mais  il
n’y a pas de personnel. Il y a des gens
dont  la  vie  a  été  mise  en  péril  parce
qu’ils  ont  attendu  trop  longtemps  des
interventions. »
« À  Matagami  (  2500  habitants  ),  dans
la   circonscription   d’Ungava,   il   n’y
aucun  pharmacien.  Les  gens  passent
leur commande par téléphone à Amos,
puis   leur   prescription   est   livrée   au
garage  local.  Les  médicaments  sont
distribués par le garagiste! »
L’autre    problème    de    la    santé    au
Québec,  c’est  le  sous-financement.  Le
PLQ  promet  que  les  17  milliards  du
budget  actuel  seront  haussé  de  41  %
en cinq ans.
Jean  Charest  balaie  du  revers  de  la
main  les  attaques  de  Bernard  Landry,
qui   dit   qu’on   ne   peut   à   la   fois
promettre  de  dépenser  davantage  en
santé et réduire les impôts.
« Des experts, l’Institut économique de
Montréal,    même    Yvon    Cyrenne    (
comptable  longtemps  associé  au  PQ,
qui  vient  de  passer  à  l’ADQ  ),  tout  le
monde    dit    que    nos    chiffres    se
tiennent », a soutenu M. Charest.
Il  ne  retient  pas  toutefois  l’idée  de  la
« caisse-santé »     préconisée     par     la
commission  Clair.  Ce  mécanisme,  qui
ferait      que      les      gens      cotisent
directement  à  un  budget  santé  plutôt
que  de  payer  la  note  par  l’entremise
de  leurs  impôts,  est  trop  complexe.  Il
y  a  davantage  d’économies  à  faire  en
conservant  le  régime  actuel,  estime
M. Charest.
Le  gouvernement  Landry  « n’a  pas  fait
le   choix   de   la   santé »;   on   dépense
quatre   fois   plus   que   l’Ontario   en
subventions   aux   entreprises   et   en
crédits  d’impôts,  avec  une  population
deux fois moindre.
Il  se  dit  favorable  à  la  mise  en  place
d’un   nouveau   CHUM   à   Montréal,
parce que la métropole est déjà, sur la
scène  internationale,  reconnue  comme
un   point   de   convergence   important
pour  la  recherche  médicale.  Les  deux
méga-hôpitaux       universitaires       de
Montréal     sont     « des     projets     que
j’aimerais  réaliser »,  laisse-t-il  tomber.
Mais  le  gouvernement  Landry  tarde
toujours  à  fournir  des  réponses  à  des
questions     importantes:     quel     sera
l’avenir  des  établissements  existants?
Et   où   prendra-t-on   les   budgets   de
fonctionnement?
Illustration(s) :
Trottier, Armand
Jean Charest adore faire la cuisine. Une fois la veste tombée, il s’empresse de passer le tablier.
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6 réflexions sur “Retour dans le temps

  1. Les Québécois ont été très stupides de lui avoir donné une majorité aux dernières élections.

    ‘Et si je n’y arrive pas, vous saurez quoi faire!’

    Ah oui?!

    Et voter pour le PQ va nous mener ou???

  2. Six mois pour éliminer l’attente à l’Institut de cardiologie…

    Aux prises avec une liste d’attente qui a explosé en deux ans, alors que le tiers des patients dépassent les délais qui sont recommandés, l’Institut de cardiologie de Montréal assure avoir tout mis en place pour un retour à la normale d’ici six mois.

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201003/11/01-4259658-six-mois-pour-eliminer-lattente-a-linstitut-de-cardiologie.php

  3. Et n’oublions pas que c’est toujours le citoyen qui paie. Il paie avec ses impôts et il paie avec sa santé.

    Mais cela Jean Charest s’en fout.

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