Une mentalité à combattre

Ian Sénéchal

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

C’est cet extrait d’un commentaire sur notre système de santé publié dans l’Actualité qui m’a inspiré ce billet :

[…] A-t-on le courage d’accorder les mêmes augmentations salariales à tous les cadres, médecins ou infirmières?

À mon sens, il est temps de combattre cette mentalité égalitariste contre-productive. Que ce soit dans le secteur public ou dans le privé, tout le monde a déjà entendu quelque chose dans le genre. On essaie de comparer les compensations salariales de deux corps d’emplois totalement différents afin de prouver qu’il y a eu « injustice ». À mon sens, c’est malsain.

Au Québec, on est même allé plus loin en imposant « l’équité salariale ». On tente, par cette loi, d’appliquer la doctrine étatiste suivante : « Un salaire égal pour un travail équivalent ». On définira alors le travail équivalent selon 4 critères [i] : les qualifications requises, les responsabilités assumées, les efforts requis et les conditions dans lequel le travail est effectué.

Comme on vit au Québec, il n’est pas surprenant que des critères économiques fondamentaux n’aient pas été inclus. Dans cette boutade, Nathalie Elgrably nous expose clairement l’oubli du critère de la rareté de la ressource parmi cet ensemble simpliste. Et que dire de ce texte de Tasha Kheiriddin écrit en 2006.

Mais revenons au premier commentaire. Croyez-vous qu’il serait raisonnable d’octroyer la même augmentation de salaire à tous les corps d’emploi du gouvernement? Même les médecins?

L’éducation à peu de frais que nous offrons à nos médecins au Québec représente un investissement sociétal plus que considérable. De plus, nous tentons de contrôler l’offre de service en limitant le nombre d’entrées dans les facultés de médecine (et non, on ne refuse pas des étudiants qui ont 32 de cote R en médecine parce qu’ils sont incompétents, mais plutôt pour des raisons budgétaires, car j’ai entendu dire qu’une fois l’école terminée, il fallait les payer!) On comprend alors qu’il ne faut pas perdre nos médecins à la sortie de l’école. On brûlerait notre investissement tout en ayant empêché un autre étudiant à recevoir la formation nécessaire pour devenir médecin.

C’est pour cette raison que les médecins doivent obtenir une rémunération concurrentielle. Et comme rien ne les retient réellement au Québec (la barrière de la langue n’existe pas pour eux), il faut se démarquer. La compensation salariale devient un outil majeur. S’il faut augmenter leur salaire rapidement pour les garder, il faut le faire sans se soucier du fait que les autres corps d’emploi pourraient être jaloux. Et Dieu seul sait comment le Québec a déjà de la difficulté à se démarquer sur ce point (si au moins on leur permettait de recevoir des paiements du privé pour compenser).

D’une façon plus globale, les employés de tous les secteurs d’activités peuvent déjà comparer leur salaire à l’intérieur d’une société et il existe de plus en plus d’outils pour comparer son salaire à l’intérieur d’une même profession sur un territoire donné. À quoi bon vouloir se mettre à comparer son salaire avec un corps d’emploi différent évoluant dans une réalité qui lui est propre. Où est le véritable gain d’informations?

Selon moi, il y a des limites à comparer des pommes et des oranges, mais une société comme la nôtre aura toujours cette tendance malsaine. D’ailleurs, il n’y a pas un pays qui rémunérait ses médecins et ses éboueurs au même taux? Est-ce que ça fonctionnait?



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11 réflexions sur “Une mentalité à combattre

  1. Vous êtes difficile à suivre…

    L’équité entre les sexe est réglée depuis 4 ans, les infirmières (et infirmiers) ont été compensés de même que les éducatrices et d’autres métiers….vous voudriez défaire cette équité?

    Les échelles salariales se négocient à l’intérieur les conventions collectives, ces revendications se font de façon assez séparée selon l’appartenance au groupe de travail via les syndicats.

    Les augmentations sont des pourcentages qui suivent souvent l’inflation, c’est juste, 5% pour celui qui gagne 300 000$ par an c’est plus que 5% pour celui qui en gagne 40 000$.

    Les médecins ne fuient pas vers les états-unis, la pratique là-bas est pénible, les assurances contrôlent la pratique, c’est rien d’intéressant comme vie professionnelle.

    M’enfin arrêtons de se faire peur avec la fuite des cerveaux, paraît que ce n’est qu’un mythe…

    • « Nathalie Elgrably nous expose clairement l’oubli du critère de la rareté de la ressource parmi cet ensemble simpliste.  » Et qu’elle a donc raison!!! Cela devrait être le premier critère pour déterminer un salaire et des honoraires. J’en sais qq chose, je l’ai vécu maintes fois et quand je dis aux jeunes des écoles secondaires que je visite qu’il m’est arrivé il y a plus de 10 ans de demander 1 200$/l’heure, on me regarde avec des yeux ronds : he oui! c’est pas mal plus qu’un médecin! car l’information que je vais chercher dans le sous-sol avec la méthode sismique que j’utilise avec les logiciels que j’ai peaufinés me demande 10 heures de travail tandis que pour obtenir la même information avec de forages, il faudrait 6 ou 7 jours et ça coûterait de 15 à 20 fois plus cher que mes honoraires à 1 200$/l’heure. Votre valeur n’est pas plus ni moins que ce que le client est prêt à payer pour vos services, que cela vous plaise ou non. Voilà la seule règle juste! Un autre peut faire votre travail à meilleur prix, recyclez-vous, faites autre chose! Mais dans le monde corrompu de conventions collectives et de syndicaleux du Québec, cette règle ne fonctionne pas. Tout le monde pareil! « Équité » salariale ! Je suis pour l’effort et la compétence, deux mots que les syndicats ont en horreur. Si j’avais 24 ans, avec le bagage scientifique et technologique que je possède, les expertises que j’ai développées, je sacrerais mon camp dans la région de Boston où les meilleures universités se trouvent , où on travaille fort et où les gens ont un salaire juste à leur valeur, où on ne se traîne pas les pieds, où je pourrais m’épanouir au contact de d’autres chercheurs et ingénieurs et non pas avec de Khadir, des Marois et des Charest socialistes.

  2. @Ian…Merci pour ton billet intéressant qui porte à la réflection.

    La barriere de la langue n’existe pas pour les gradués(ées) internationaux ou même Québecois parce ces gradués(ées) parlent tous l’anglais, vu que la grande partie des livres en médecine, les plus à jour, sont en anglais alors… ces gradués (ées) sont mobiles. Nous les perdons à cause de nos exigences envers eux re: la connaissance de la langue française.

    Je connais beaucoup d’étudiants(tes) asiatiques de McGill surtout en médecine. Lorsqu’ils étudient, ils n’ont pas le temps d’apprendre cette « merveilleuse » langue qui est la nôtre, mais qui est quand même, nous le savons, une langue difficile. Plusieurs de nos Québecois même après 11 ans d’étude à l’école, ne peuvent la parler correctement. Ces gradués(ées)sans une bonne connaissance du français, nous laissent pour aller ailleurs.

    We are big losers. I don’t understand why an Asian medical graduate cannot work in a clinic on the West Island or in Westmount as long as there are other doctors in the clinic who can speak French. Even in the regions (we could offer courses while they are practising) so that eventually they could become bilingual, actually… they would be trilingual or even quadrilingual in some cases, once they acquired French and could serve many immigrants patients in their own language. Winner/Winner situation.

    Je crainds que le Québec restera toujours pauvre à force de mettre d’exigences pour la langue. Depuis 1971, 73,000 immigrants allophones nous ont laissé et 37,000 francophones, nous n’avons pas les moyens de perdre ces contribuables. Nous avons le plus haut taux du Canada en perte d’immigrants. Il faut se demander des questions.

    Voir: http://en.wikipedia.org/wiki/Language_demographics_of_Quebec

    Is it time that we start asking the question…is French the most important strategy for the economic health of Quebec? Or…is wealth more important in order for us to be free and not depend on $8.6 Billions of welfare we receive from the rich provinces from Canada?

    The separatists leaders use French to create fear and tell us that we will all disappear, I am afraid that they are right because a lot of Quebec’s well educated are disappearing for better pastures! How much money has Quebec lost with 400,000 tax payers who have disappeared out of Quebec, since 1971.

    That is a damn good question that we should ponder?

  3. Salutations M.Sénéchal

    Bien sûr, nous avons en général de bons médecins au Québec et ceux-ci font partie si l’on veut de la crème professorale. Cependant, avec tous les problèmes rencontrés on le sait dans notre réseau de santé, nos médecins semblent parfois difficilement  »négociables » si l’on se compare  »meton » à l’Ontario……même que ceux-ci ne s’entendent pas comme les omnipraticiens prétendant qu’il manquerait au moins 1200 médecins de famille au Québec et voudraient être rémunérés au même titre presque, que les médecins spécialistes dont le parti prétend qu’il y aurait assez de médecins au Québec pour soigner 13,000,000 de personnes et que le réel problème n’en serait pas un de quantité mais bien de qualité organisationnelle……mais ça, on s’en doutait un peu……Que dire également de cette apparence d’entêtement du  »Collège » dans le cas des infirmières praticiennes…..?

    Joyeuses Fêtes !

  4. Pingback: lacapitaleblogue.com | La Capitale blogue 12/28/2010

  5. Ouin, ouni;
    Des médecins, on prend le top des salariés pour tenter de créer une image défaillante d’une politique qui peut donner un p’tit coup de pouce à une couche de la société qui se fait le plus souvent avoir, soit les pauvres et les femmes. Si on va au-delà de l’idée préconçue que l’équité salariale compare des pommes avec des oranges, on peut s’apercevoir que l’exercice repose sur une base commune (qualification, responsabilité, efforts et conditions de travail); cette base n’est peut-être pas parfaite, mais elle a le mérite d’exister et de tenter d’évaluer tous les corps de métier entre eux dans une même entreprise. Pour ce qui est de la pénurie de main-d’œuvre, l’exercice peut prend en considération ce facteur en définissant le montant d’argent que l’employeur a dû offrir en plus pour compter dans ses rangs ce précieux employé. Mais il faut savoir qu’une pénurie de main d’œuvre peut-être momentanée, mais que l’argent qu’un employeur a pu donner en plus pour le salarié, lui reste toujours… (le bog de l’an 2000 et les techniciens en informatique)

    Mais revenons-en à l’équité; une fois l’exercice terminé, les résultats deviennent plus qu’intéressants quand on sait les ANALYSER… Une fois évalué sur la même base, on peut dresser une hiérarchie des catégories d’emplois dans l’entreprise analysée. À partir de cette hiérarchie des emplois, on peut commencer à bâtir des échelles pour bien répartir la richesse salariale que l’entreprise a à partager entre ses employés (de façon plus équitable). Selon vous, qu’est-ci qui est le plus difficile entre l’effort physique et l’effort mental? Utiliser ses muscles pour soulever des poids ou utiliser son cerveau pour penser, gérer, organiser, comprendre, expliquer, persuader un crétin au téléphone toute la journée tout en exécutant le reste de son travail quotidien… Pouquoi on paye plus poour les muscles…

    C’est certain que l’équité salariale ce n’est pas très sexy comme politique, d’autant plus qu’elle oblige l’entreprise à réaliser un concept qu’elle a de la difficulté à comprendre; mais une fois qu’on démontre le caractère évolutif et utile de la politique, elle donne un excellent outil au gestionnaire pour repenser sa façon de faire en matière de rémunération, boni, etc. et dicte une méthode basée sur les connaissances et les compétences qui est, selon moi, un gage de rentabilité et de productivité au lieu de se baser sur l’expérience qui est plutôt basée sur la reconnaissance et la loyauté…

  6. Moi si j’aurais l’opportunité d’effectuer des changements, je commencerais par le haut de la pyramide. J’ augmenterais le salaire du « PM » a au moins 1 000 000$ par an ça serait un cadeau empoisonné pour ti-Jean, parce que son astuce de recevoir son 50 000$ du parti libéral c’est très intelligent , cela empêche de stimuler la naissance d’un nouveau parti. Augmenté son salaire pourrait aussi amener de grands changements à l’intérieur du parti libéral. De nouveau candidat avec beaucoup plus de potentiel pourrait aller y frayer en contentant le poste de Pm.

    C’est une vrai farce que les dirigeants des sociétés d’états son mieux rémunéré que le « pm » sa prouve bien qu’on est dans une sociale démocratie, nos dirigeants élu démocratiquement gagnent des peanuts et les dirigeants des sociétés d’états sont très bien rémunérés. De cette façon il diminue les risques de grands changements. C’est très brillants comme stratagème. Il ne faut pas sent faire pour nos élus quand ils prendront leur retraite ils auront des informations privilégiés qui leur permettra de faire des investissements judicieux et compenser le manque à gagné.

    L’équité dans l’entreprise privée peut amener l’entreprise dans le gouffre. Si on fixe l’équité à un salaire élevé qui est donc les ligues professionnelles on ne veut pas de pee-wee dans les pros donc on essaye l’employer et si le rendement n’est pas au rendez-vous et bien c’est chow-chow. Pas d’équité donc pas de ligue le pee-wee aurait pus être embauché.

  7. Jeff dit :
    28 décembre 2010 à 11:12
    C’est certain que l’équité salariale ce n’est pas très sexy comme politique, d’autant plus qu’elle oblige l’entreprise à réaliser un concept qu’elle a de la difficulté à comprendre;

    Le problème, difficile à comprendre, c’est que l’équité salariale inventée par les syndicats communistes, n’en est pas une. C’est une fraude.

    C’est plutôt l’application d’une politique d’« équivalence », salariale sexiste. Qui consiste à appliquer à des emplois réservés au sexe féminin, les salaires payés à des emplois détenus par des masculins.

    C’est une guerre fiscale des sexes, trafiquée en faveur des féminines. Étant donné qu’à l’éducation primaire, aux garderies CPE de la CSN, aux caisses des super marchés et des escomptes Jean Coutu, on ne trouve pas d’hommes.

    L’équivalence salariale ne tient pas compte de la discrimination sexiste à l’emploi, envers les hommes.

    CH

    • À Christian;

      Tu exprimes bien ce que je disais : un concept difficile à comprendre

      Il ne faut pas mêler les pommes avec les orangers et les syndicats n’ont rien à voir l’a dedans…; je reviens à la base, l’équité salariale telle que présenté par la Loi, doit faire l’évaluation des catégories d’emploi dans une même entreprise. Jusqu’ici, on ne parle pas de sexe ou de comparaison, mais dévaluation. Une fois les catégories évaluées sur la même base, on peut comparer les emplois et les rémunérer selon leur valeur… du moins, c’est ce que la commission de l’équité salariale propose.

      Là où je ne suis pas en accord avec toi, c’est sur ce bout là :… C’est une guerre fiscale des sexes… Pourquoi pour un emploi de même valeur on ne donnerait pas un salaire de même valeur? Que ce soit un homme ou une femme? La guerre fiscale des sexes commence quand on compare ou qu’on base son argument sur des corps d’emplois tels : CPE, caissière ou enseignante au primaire et qu’on affirme qu’ils ne sont réservés qu’aux femmes. J’avoue qu’on retrouve beaucoup de femmes dans ces métiers, mais ce n’est pas parce qu’ils sont réservés, mais plutôt qu’ils ont encore un stéréotype très fort du côté féminin! Dans un cas comme celui-ci, si l’on démontre qu’il y a iniquité dans une catégorie féminine et qu’on retrouve des hommes dans cette catégorie (car on retrouve parfois des hommes enseignants au primaire, ou éducateurs dans un CPE et, parfois, caissiers dans un Jean Cout…) les hommes auraient droit aux ajustements salariaux au même titre que les femmes!

      Je reviens à la base, ce n’est pas très sexy comme politique, mais une fois qu’on comprend et qu’on démontre le caractère utile, elle donne un excellent outil de gestion.

      Bonne soirée!
      Jeff

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