Schéma d’un bordel annoncé

Ian Sénéchal

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

Vous le savez, le programme de gratuité pour les traitements de fécondation in vitro a été mis en place cet été. Je m’intéresse au sujet depuis ma participation à l’émission Huis Clos où on a subi un cours accéléré sur le programme avant d’entreprendre un débat de quelques heures entre citoyens. J’étais contre ce programme au moment de l’enregistrement et aujourd’hui, je me dis que mes doutes quant au succès de ce dernier étaient plus que fondés.

DU POUR AU CONTRE

Vous remarquerez, je n’ai pas toujours été contre. Je ne me suis jamais opposé aux programmes de ce type (100 $ par semaine, bébé-bonus, FIV) du temps que j’étais à l’ADQ ni même lorsque je me suis présenté à l’élection de 2008. Je me disais qu’il était bon pour la démographie de stimuler les naissances et je ne cacherai pas qu’une certaine part de clientélisme portait ombrage à mon jugement. Or, avec du recul, les programmes de stimulation des naissances coûtent cher, sont beaucoup trop étatiques, génèrent énormément de bureaucratie et surtout, ne livrent pas les résultats. Les naissances au Québec ont augmenté certes, mais rien pour crier au baby-boom, aussi mini soit-il (de 72 478 à 88 600 entre 2002 et 2009). De plus, le taux de fécondité se trouve encore bien loin du taux de renouvellement naturel de la population fixé à 2.1 (on parle de 1.731 en 2009, en légère baisse par rapport à 2008).

LISTE D’ATTENTE

Bref, pour revenir à la fécondation in vitro, on annonçait en toute hâte un programme qui limiterait le nombre d’essais pour soigner cette « pathologie de couple » à trois, mais qu’il y aurait un maximum national de 3500 cycles de naissance pour la première année. On détruirait complètement le signal de prix d’un traitement valant aux alentours de 10 000 $ en l’offrant gratuitement sous présentation de la carte soleil aux couples infertiles. Allez, dites-le, qu’est-ce qui vous vient en tête en lisant ce paragraphe? Dites-le, on en retrouve partout au Québec. Vous savez la chose que les Québécois créent d’une manière si simple, principalement dans le système de santé? Eh oui, des listes d’attente.

Ne pouvant plus contrôler la demande depuis qu’il a supprimé le signal de prix, le gouvernement s’en est remis à la gestion de l’offre pour contrôler ses coûts, d’où le maximum fixé à 3500. Qui dit liste d’attente dit gestion de liste et donc, méga-bordel en vue. Traitements de faveur, déception, labyrinthe administratif… le schéma d’un bordel annoncé se matérialise tranquillement.

OVO VS GOUVERNEMENT

Présentement, c’est la clinique privée OVO et le gouvernement qui se renvoient la balle. Au centre du dilemme, les plafonds de rémunération des médecins de la clinique. C’est la manière séduisante de dire quotas ou gestion de l’offre dans le milieu de la santé. Je me demande pourquoi l’UPA n’a jamais été suggérée pour administrer le système de gestion de l’offre, ce n’est pas eux les experts là-dedans?

CHUM vs MCGILL

Mais ne vous en faites pas, on ne laissera pas longtemps les méchantes compagnies privées comme OVO foutrent le bordel dans ce beau programme. On va bientôt aménager des services publics au CHUM. Ah non, je me suis gouré, les travaux ont été entrepris, mais ont été abandonnés suite à l’annonce au profit du Centre de santé McGill. Pourtant, le CHUM, c’était bien, au moins les couples infertiles auraient été servis en français! Pourquoi diantre aller du côté des Anglais encore! Pierre Curzi est où quand on en a vraiment besoin. Ce n’est pas parce que l’on avait prévu démolir le bâtiment du CHUM dès cet hiver qu’on ne pouvait pas investir pour créer une clinique temporaire! Quand même!

Bon, c’est assez. Une chance que je n’ai lu que les 4 dernières coupures de presse sur Google reliées à ce sujet, j’ai l’impression que j’aurais rapidement trouvé d’autres absurdités. Non mais c’est t’y pas beau les programmes full-patch publics?

À lire dans une chronique que j’écrirai en 2014 : l’entrepreneur en construction Francisco Bérubé accusé d’avoir offert un pot-de-vin au ministre libéral Tomastasio en échange de cartes d’accès aux listes d’attente des traitements in vitro.

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13 réflexions sur “Schéma d’un bordel annoncé

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  2. Le CHUM n’est pas un hôpital, mais un centre de formation pour infirmières, techniciens de la santé, médecins et chercheurs! Espérer avoir un traitement là est un miracle si ça réussi. De toute façon, la moitié des babyboomers seront décédés quand il ouvrira ses portes et encore!

  3. Pourquoi rien ne me suprend? J’aimerais çela être surprise un jour et de voir une planification logique pour une fois.

    Le anglais pensent avant d’agir, les francophones agissent et pensent après et là tout le monde réagit en constatant les erreurs de ces chefs qui ont tout bousiller et maintenant font semblant que tout va bien, qu’il ne faut pas s’énervant….c’est énervant!!!

    Erreur…OUT!

  4. Autre effet pervers: Puisque le gouvernement paie maintenant aussi pour les inséminations artificielles, ce marché a également explosé. Et alors que cette procédure ne coûtait que $200 avant que la RAMQ ne s’en charge, elle coûte maintenant $300 au contribuable (les gynécologues sont morts de rire).

  5. Je suis personnellement affecté par cette décision du gouvernement.

    J’ai écrit un court article sur ce que je vis depuis ce temps :
    Gratuité des traitements de fertilité au québec

    J’ai entendu des histoires terrible de certains couples qui était dans le système privé avant la gratuité et qui ont perdu des mois de traitement quand le système a viré public, à cause des nouveaux règlements.

    Certains ont même jeté à la poubelle les ovules qu’ils avaient réussi à obtenir car ils partaient désavantagé avec les nouvelles règles s’ils les utilisaient.

  6. Bravo!

    Je ferais un parallèle entre ce que vous dites à propos de la politique familiale/de natalité (politique de retour au travail?), -vs- les résultats concrets…

    Et toute la fiscalité/réglementation + subventions entourant les entreprises -vs- les résultats concrets…

    Il serait si simple de baisser drastiquement TOUS LES IMPOTS/TAXES + reglementations entourant les entreprises + les subventions.. pour rendre le Québec concurrentiel… et attirer et garder ici les entreprises.

    La même idée s’applique à tout ce qui entoure la famille, la natalité, etc.

    Les bonnes intentions ne suffisent pas !

    En tout cas, les politiciens/fonctionnaire veulent tellement se sentir utiles, qu’ils n’arrêtent pas de pondre toujours plus de programmes, de réglementation, etc, alors que les solutions se trouvent presque toujours dans une moins grande intervention de l’état… et un environnement simple/sain qui favorise l’épanouissement de tout le monde.

    Les libertariens disent que TOUTES les interventions de l’état causent TOUJOURS plus de problèmes qu’elles n’en règlent.

    Cela se vérifie dans tous les domaines…

    Voir:
    « Law of unintended consequences »
    http://en.wikipedia.org/wiki/Unintended_consequences

  7. Personnellement, ce que je me pose comme question c’est: est-ce que l’infertilité est un problème si important qu’il fallait créer un programme de toute urgence qui, de toute façon, ne règlera sûrement pas grand chose?

    En passant, le 100$ par semaine de l’ADQ est à mon avis une bonne idée. Évidemment, ce n’est pas ça qui va faire exploser le nombre de naissances dans la province. Par contre, ça donne une possibilité de choix pour ceux qui pensent à avoir des enfants.

    Un p’tit sentiment de liberté…

    • À propos du 100$, j’en suis venu qu’à penser qu’il vaut mieux laisser l’argent dans les poches des familles. Si on envoie un chèque de 100$ par semaine aux parents, combien faudra-t-il leur en avoir prélevé avant? Et on l’offre à tous? Même aux plus riches?

      Vaut mieux couper dans les programmes, baisser les impôts tout en payant notre dette. On est rendu là.

      • Vous avez probablement raison. On oublie souvent (moi le premier) qu’au Québec il faut prendre $200 dans une poche pour être capable d’en mettre $100 dans une autre…

  8. La prochaine chose que le gouvernement va surement donner aux Québecois, vu que l’on a beaucoup d’argent à dépenser…sera du Viagra ou Cialis, a votre choix!

  9. Pingback: lacapitaleblogue.com | Suggestions du 22 décembre 2010

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