« Haïr » ses adversaires – Jean Charest

Guillaume S. Leduc

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

J’étais présent au Congrès de l’Action démocratique en fin de semaine. Lorsque Gérard Deltell a qualifié Jean Charest de « parrain de la famille libérale », j’ai été un des premiers à me lever pour applaudir. Après tout, au même moment, c’était la loi du silence qui régnait au Conseil général du PLQ à Lévis : on avait muselé des militants susceptibles de seconder la motion portant sur la tenue d’une enquête publique sur la construction. Mais voilà que Jean Charest s’est senti insulté. Il somme Gérard Deltell de retirer ses propos, alors que la Vice-première ministre va même jusqu’à évoquer la démission du chef de l’ADQ. Je pense que Jean Charest a la mémoire courte.

N’est-ce pas lui qui a déjà traité la député péquiste, Elsie Lefebvre, de « chienne » en plein débat à l’Assemblée nationale ? N’est-ce pas lui, il y a quelques mois, qui a traité Stéphane Bédard de « tête de slinky » ?

Mais surtout, n’est-ce pas lui, qui lorsqu’il a pris les reines du PLQ en 1998, a demandé à ses députés d’apprendre à haïr leurs adversaires ? Bonne lecture.

Le Soleil, 6 juin 1998.

Chronique politique
La méthode Charest

David, Michel

Dans le huis clos du caucus, Jean Charestn a expliqué très clairement à ses députés ce qu’il attend d’eux: «Monique Gagnon-Tremblay est la femme d’État; vous autres, vous êtes la «vendetta». On peut apprécier au passage la richesse de la rime.

Autrement dit, à part Mme Gagnon-Tremblay, il n’est pas nécessaire d’avoir la moindre classe au Parlement. L’important, c’est de planter les péquistes.

Les parlementaires libéraux ont été un peu surpris de l’entendre déclarer très sérieusement qu’ils devaient apprendre à «les haïr». Dans certains cas, c’était déjà chose faite, mais d’autres ont trouvé la méthode un peu brutale.

Debout, à la manière d’un preacher américain, M. Charest s’applique à «crinquer» son caucus, avertissant bien ses députés qu’il veut leur voir la face au bulletin de nouvelles et dans les journaux du lendemain. Sinon, ça ne vaut même pas la peine de poser de questions à l’Assemblée nationale.

Ensuite, il décerne ses prix à ceux dont il a particulièrement apprécié la performance. Bravo à Tom Mulcair pour son histoire du Club Rez! Un bon mot pour Roger Lefebvre, qui l’a efficacement secondé!

D’ailleurs, il n’est pas absolument nécessaire de «scorer». Le chef sait aussi reconnaître les efforts, même si les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Comme on dit, l’important, c’est de donner son 110 %!

Ainsi, M. Charest n’a pas tenu rigueur au député de Marquette, François Ouimet, qui a été lamentable dans l’histoire du ritalin, qui s’annonçait pourtant comme un bon filon. Ça ne fait rien, lui a-t-il dit, quand on va au «bat», il arrive qu’on manque son coup.

Après tout, si M. Ouimet a multiplié par dix le nombre d’enfants sur le ritalin dans les écoles du Québec, c’était sans doute pour plaire à son chef. Quitte à perdre lui-même toute crédibilité. Pas grave, l’important, c’est de «les haïr».

Dans le cas de la commission parlementaire sur la déclaration de Calgary, M. Charest ne voulait surtout pas de nouvelles. Je suppose qu’il est donc satisfait du travail de son représentant à la commission, Jean-Marc Fournier.

En voilà un autre auquel le désir de plaire au chef est en train de rendre un très mauvais service. Durant les audiences de la commission, son comportement allait à l’encontre des règles les plus élémentaires de la bienséance.

Que des politiciens s’échangent des injures, c’est infiniment regrettable, mais il semble que ce soit inévitable. Par contre, il est inacceptable de chercher à discréditer des gens qui viennent témoigner devant une commission parlementaire à l’invitation du gouvernement légitimement élu, parce qu’on ne partage pas leur point de vue.

Le simple savoir-vivre et la tradition parlementaire veulent également que les membres de la commission aillent remercier les témoins après leur comparution. Quand M. Fournier n’avait pas aimé ce qu’il avait entendu, il restait bien assis dans son fauteuil.

À son arrivée à l’Assemblée nationale, le député de Châteauguay avait fait une très bonne impression. L’affaire Le Hir en avait rapidement fait une vedette du PLQ. Malheureusement, il est en train de se mériter une réputation de petit politicien mesquin et polisson. C’est dommage.

Tout le monde reconnaît que le député de Chomedey, Thomas Mulcair, est d’une redoutable efficacité. M. Mulcair allie à une vive intelligence une totale absence de scrupules, ce qui donne un cocktail terriblement explosif.

Le problème est qu’il se trouve aussi terriblement bon. Déjà, Daniel Johnson n’arrivait plus à le contrôler. À l’encenser comme il le fait, M. Charest est en train de créer un «monstre», confiait un de ses collègues.

La méthode Charest a donné ses plus beaux résultats, hier matin, durant la période de questions à l’Assemblée nationale, alors que ses députés ont perdu toute retenue.

Comprenons-nous bien. Les libéraux ont parfaitement raison de talonner le gouvernement Bouchard sur des affaires comme le Club Rez, le faramineux contrat accordé sans soumission à National ou la lettre totalement inacceptable que le président de l’Association péquiste de Mégantic-Compton a adressée à un petit entrepreneur pour lui demander de contribuer à la caisse du PQ.

De là à accuser personnellement le premier ministre d’extorsion de fonds, il y a une limite, clairement marquée par les règlements de l’Assemblée nationale, que les libéraux ont cependant franchie sans la moindre hésitation.

De la part de Pierre Paradis, ça n’a rien d’étonnant, mais même Monique Gagnon-Tremblay avait toutes les difficultés du monde à ne pas abandonner son rôle de femme d’État pour se joindre à la vendetta.

Si des accusations de ce genre étaient portées sans le couvert de l’immunité parlementaire, elles donneraient immédiatement lieu à des poursuites judiciaires. Mais puisqu’on peut dire n’importe quoi, pourquoi se gêner, n’est-ce pas?

Il faut bien reconnaître que, depuis l’arrivée de M. Charest, les libéraux ont remarquablement bien réussi à coincer le gouvernement Bouchard. Pour le nouveau chef du PLQ, c’est de toute évidence la seule chose qui compte. Inquiétant.

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16 réflexions sur “« Haïr » ses adversaires – Jean Charest

  1. Quand j’entends les qualificatifs qu’utilisent nos hommes politiques pour blâmer et/ou noircir leurs adversaires, il me semble entendre mes enfants se chamailler lorsqu’ils étaient jeunes : « Espèce de niaiseux … non, c’est pas moi, c’est lui …  » etc. Quel exemple à donner à nos jeunes. J’ai tellement hâte que leurs discours deviennent plus sages et matures et qu’on s’attaque aux vrais problèmes de notre société.

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  3. On n’a qu’une bande d’imbéciles comme représentants et malheureusement c’est exactement ce qu’on mérite.

    Il n’y a absolument AUCUNE JUSTIFICATION pour de tel comportements! Absolument innexcusable; malheureusement, ils sont tous SANS EXCEPTIONS très représentatifs de la société dans laquelle on vit.

    Mal-éduqué, mal-engueulé, sans respect pour quiconque ou quoique ce soit, nombrilisme ad nauseam etc.

    Si vraiment ces imbéciles SONT NOTRE future – on va faire encore plus dur qu’aujourd’hui…

  4. Un parrain c’est un homme d’honneur qui ne ment pas à ses pairs et qui respecte toujours sa parole.

    Charest, un  »parrain » ?

    C’est pratiquement une insulte pour la mafia.

    • Vous avez tout à fait raison monsieur Pépin. Les charetistes (adorateurs fanatiques aveuglés par le charisme absent de Jean Charest) n’ont définitivement aucun sens de l’humour.

      Pourtant ils devaient rire à gorges déployées après les coups de la girouette nationale, la tête de Slinky et même de l’hostie de chienne tellement que le bon jugement et le gros bon sens et le sens de l’écoute font défaut dans ce parti.

      Si Jean Charest se pense si populaire, qu’il déclenche aujourd’hui même des élections!!!

      • Y a tout de même une différence monsieur Machine avec ‘girouette’ et toute la connotation que représente le terme « Le Parrain ». N’essayer surtout pas de faire croire que vous ne le RÉALISEZ PAS car celà ne ferait que démontrer votre ignorance.
        Je comprends que certains se laissent facilement « impressionner » par les récents événements mais faut tout de même cesser de tenter de « justifier » l’injustifiable.

        Nos représentants NE SONT PLUS dans une cours d’école du Primaire.

        Ce SALISSAGE organisé N’AIDE EN RIEN le scepticisme actuel qui existe de plus en plus dans la population. N’allez surtout pas croire que même après l’élection du PQ ou même de l’ADQ ou de Q.S. ces mêmes comportements cesseraient.

        Tout ce SALISSAGE n’a absolument RIEN A VOIR avec la Démocratie et la Liberté de choix mais tout à voir avec le manque d’arguments de la secte gauchiste du Qc.

        • « Y a tout de même une différence monsieur Machine avec ‘girouette’ et toute la connotation que représente le terme « Le Parrain ». »

          Et hostie de chienne est-ce que c’est inclus dans le lot du « beaucoup moins grave et acceptable que le parrain »?

        • @ Lorraine:

          J’endosse vos messages à 100%

          ***

          Je suis tanné des politiciens du Québec.

          Je suis tanné de la politique partisane du Québec.

          Je suis tanné que nos politiciens se pensent dans un combat de boxe et que -pendant ce temps-là- les problèmes qui affligent le Québec se multiplient.

          Je suis tanné de voir que l’ADQ ne semble pas chercher le pouvoir pour régler les problèmes, mais semblent vouloir « le pouvoir pour le pouvoir » (ou pour IMPOSER un agenda).

          Je suis tanné que l’ADQ ne semble pas vouloir « neutraliser » le PQ sur la question identitaire. Il avait une chance incroyable d’aller chercher 30-40% du vote. Il ne veut pas libérer l’école des idéologiques, des technocrates et des syndicats, il veut -avant tout- imposer le bilinguisme intégral. Bravo ! :-(((

          Je suis tanné de TOUS nos politiciens du Québec (sauf de Bernier et quelques autres!).

  5. Et J.J. Charest qui poursuit Deltell… C’est là qu’on va voir si le chef de l’ADQ a des couilles, j’espère qu’il ne retirera pas ses propos.

    • Je n’aime pas Charest ni leS Libéraux mais, je n’excuserai pas Deltell non plus. Ce n’est pas une question « de couilles » mais bien une question respect MEME pour l’ennemi.

      Les vrais guerriers ONT PLUS de respect pour leurs adversaires que nos imbéciles de représentants (politiciens) incluant Deltell. Les animaux ONT PLUS de respect également pour leurs adversaires comparativement à nos imbéciles de représentants (politiciens).

      Ceux-ci, tout Parti confondus, NOUS représentent vraiment comme étant UN P’TIT PEUPLE et ÇA, ça insulte mon intelligence et ‘QUI’ je suis ET JAMAIS je ne supporterai ce genre de ‘petitesse’…

  6. En lisant cette article j’en viens à la conclusion que le talent prédominante recherché par Jean Charest d’un député ou ministre c’est d’être comédien. Le reste passe après. Jean charest est metteur en scène et comédien à la fois.

    Le problème avec les comédies est que c’est très difficile d’établir quand la mise en scène est fini et quand l’on passe à la vrai vie donc je comprend messieur deltel qui crois qu’il joue un role dans la comédie alors que Jean Charest vien de lui apprendre qu’il était dans la vrai vie.

    fait intéressant dans le larousse 1992 deux choix de définitions à « comédien ».

    1. Personne qui aime se donner en spectacle; cabotin
    2. Personne qui joue la comédie; hypocrite

    définition de comédie 4 choix

    1. Pièce de théatre qui excite les rires par la peinture des moeurs, des cractère ect…
    2.Genre littéraire cinémathographique ect..
    3.Situation histoire comique
    4.a Simulation hypocrite de sentiments « jouer la comédie »
    b Agissement insuportable « cessez cette comédie »
    c complication « quelle comédie pour arriver ici »

    Choissisez la définition que vous préférer…

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  8. Jen trouve vraiment redicule des propos de tel sorte de la part d’une personne qui se dit pres a nous representer jamais de ferai confiance a une personne qui a un sens aussi mauvais je suis désue de son manque de respect, Merci

    • moi aussi je suis DÉÇU de voir comment Charest s’indigne lorsqu’on lui sert sa propre médecine,lui peut traiter de girouette M.Dumont mais nous prouve que la girouette c’est lui en ridiculisant les idées de l’ADQ mais se vire debord pour sauté sur les mêmes idées un coup élu, il traite une député de chienne en plein assemblé et tout passe sous silence sous prétexte que la famille jouit d’une soi-disant immunité alors que sesont les député qui jouissent d’immunité dans la chambre des débats. tout comme la Marois qui nous prend pour des MINUS en disant petit peuple de nous. il y a tellement de chose PRIMORDIALLEet ils sont là a se crié des noms. M Deltell a bien raison au sujet de ce parrain qui ne tolère personne qui lui porte ombrage.

  9. Nous aussi on commence à sérieusement haïr ce gouvernement, et puisqu’une pétition ne suffira probablement pas, ça va se jouer dans la rue, cette fois Charest risque de la trouver moins drôle !

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