Malaise monarchique

Guillaume S. Leduc

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

La semaine passée, je suis tombé sur la couverture en direct de RDI de la cérémonie d’installation du nouveau Gouverneur Général du Canada, David Johnston. La semaine d’avant, j’avais écouté le film « The young Victoria », réalisé par le Québécois Jean-Marc Vallée et produit par Martin Scorcese, à mes yeux une légende vivante. J’ai ressenti une incroyable impression de déjà-vu en regardant notre nouveau représentant de la Reine assis sur à son trône aux côtés de sa conjointe. Avant de poursuivre plus loin, je vous invite à visionner le court montage vidéo que j’ai fait pour partager mon malaise monarchique avec vous.

Je crois que vous voyez tous où je veux en venir. On célèbre au Canada en 2010 le représentant d’une lignée héréditaire qui date d’une autre époque et qui provient d’un autre continent. C’est probablement la chose la plus absurde de notre régime politique et à peu près personne ne le remet en question en ce moment. Il s’agît d’une institution totalement inutile qui nous coûte des millions par année.

Pis encore, en situation de gouvernement minoritaire ce représentant de la Reine, non-élu, possède l’immense pouvoir de déterminer l’avenir du gouvernement. Tous se rappellent l’épisode de 2008 où Michaëlle Jean s’est retrouvée avec une patate chaude entre les mains : une coalition des partis d’opposition veut défaire le gouvernement, mais le gouvernement veut suspendre les travaux de la chambre avant de leur donner l’occasion de le renverser. Cela lui a pris deux heures avant de décider ce qu’elle allait faire. Pendant ces deux heures, en cette journée du 4 décembre 2008, le sort du pays était entre les mains d’une personne non-élue qui représentait une puissance étrangère.

J’avais le mandat de prendre une décision. Je ne pouvais la prendre en quelques minutes seulement. Ma préoccupation principale était de prendre la meilleure décision, celle qui était dans l’intérêt du pays, alors j’ai dû analyser et prévoir tout ce que ma décision impliquait – Michaëlle Jean

Pendant deux heures, donc, le Canada était en quelque sorte un pays non-démocratique dont les destinées revenaient dans les mains de la représentante de la métropole coloniale.

Le Canada devra avoir le débat sur l’abolition de la monarchie un jour ou l’autre. Ironie du sort, pendant qu’avait lieu l’épisode de la coalition je me trouvais en Australie, où un tel débat sur l’abolition de la monarchie a lieu. La raison qui explique ce débat ? En 1975, le Gouverneur Général de l’Australie, confronté à un Parlement qui avait cessé de fonctionner, a dissout le gouvernement contre la volonté du Premier ministre Whitlam pour donner les commandes. S’en est suivi une profonde remise en question des pouvoirs du Gouverneur Général et un référendum en 1999, qui n’a cependant pas permis l’abolition de la monarchie parce que les abolitionnistes étaient divisés sur la manière de remplacer le chef de l’État. La question est encore d’actualité, leur actuel Gouverneur Général ayant affirmé qu’à ses yeux, les australiens se débarrasseront de la monarchie lorsque le reigne de l’actuelle Reine sera terminé.

Quoi qu’il en soit, si Michaëlle Jean avait donné le pouvoir à la coalition et que le pays avait été dirigé par Stéphane Dion, le Bloc et le NPD, il est fort à parier qu’un tel débat aurait pu avoir lieu. Le Canada n’est pas à l’abri de ce qui s’est passé en Australie. Qui plus est, tout comme eux nous avons une immigration forte qui ne s’identifient absolument pas aux britanniques, en plus d’un bon 20-22% de la population qui est de descendance française. Par ailleurs, il est intéressant de constater que l’appui à l’abolition de la monarchie est en hausse partout au pays et a récemment franchit le cap des 60% d’appuis. Et ces appuis, contrairement à la croyance populaire, se retrouvent autant dans les provinces de l’Ouest qu’au Québec.

Source : Citoyens et citoyennes pour une République canadienne (www.canadian-republic.ca)

En entrevue aux coulisses du pouvoir, le constitutionnaliste Benoît Pelletier expliquait en fin de semaine que pour abolir la monarchie, cela prendrait l’unanimité des législatures provinciales et des deux chambres fédérales. En gros, c’est plus difficile ici d’abolir la monarchie qu’au Royaume-Uni ! Par contre, selon Pelletier, si on avait un référendum national sur la chose, il y a de fortes chances que la légitimité de ce geste serait assez grand pour forcer les gouvernements provinciaux et fédéral à négocier les termes de ce changement constitutionnel.

Bref, je ne mettrais pas ma main au feu que les canadiens vont accepter de payer encore cette institution inutile lorsque le Prince Charles deviendra notre Roi. Qu’en pensez-vous ?

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4 réflexions sur “Malaise monarchique

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  2. Je suis entièrement d’accord avec vous qu’il serait temps que l’on élimine le poste de Gouverneur général et que l’on brise donc le lien monarchique du Canada avec la Grande-Bretagne. Cela pose quand même la question: a-t-on besoin d’un chef d’État car dans notre Constitution, le Gouverneur général fait office de chef d’État. Un chef d’État, ce n’est pas la même chose qu’un Premier ministre. Prenez par exemple la France qui a comme un chef d’état le Président de la République (Nicolas Sarkozy) et un Premier ministre (Francois Fillon) qui est lui choisi par le Président pour agir à tire de chef du gouvernement français.

    Si on abolit le Gouverneur général, faut-il créer un nouveau poste de chef d’État ? Comment serait-il élu ? Quels devraient être ses pouvoirs face au Premier ministre ? Bref, tout cela soulève de nombreuses questions.

    Je suis par contre très pessimiste que l’on vienne à abolir la monarchie au Canada. Il y a trop de cette espèce de sentiment de nostalgie chez beaucoup d’Anglo-Canadiens. Il suffit de voir à quel point les visites de la reine Elizabeth II font déplacer les foules au Canada anglais (alors qu’au Québec on bâille d’ennui juste à entendre son nom…)
    Sans compter que la question du remplacement du Gouverneur général par un chef d’État risque d’être complexe et débattue pendant longtemps. Je pense qu’on est pris pour payer encore longtemps toutes ces frais inutiles…et en plus chaque province à son lieutenant-gouverneur, un poste encore plus inutile que celui de Gouverneur général !

  3. @ Guillaume…Vous dites….Quoi qu’il en soit, si Michaëlle Jean avait donné le pouvoir à la coalition et que le pays avait été dirigé par Stéphane Dion, le Bloc et le NPD…

    Michaëlle Jean n’avait pas à penser pendant 2 heures pour savoir si elle devait approuver ou non que le Bloc (ennemi du pays) gère le Canada et forme notre gouvernement avec les autres tanants qui empêchaient le gouvernment conservateur d’agir en bloquant tout. Elle s’était vraiment prise trop au sérieux. Harper devait être furieux!

    Tant qu’à la monarchie, je m’en foue, mais du coté positif, le Gouverneur Général libère le chef de notre gouvernement de plusieurs obligations, il peut alors voir aux choses plus importantes.

    J’imagine que certains anglophones sont très fiers de la Reine, qui est quand même exemplaire, et ont encore cet attachement à leur ancestres et leur origine. Plus ces gens vieilliront, plus la Reine deviendra de moins en moins importante.

    Tel que vous mentionnez… l’appui à l’abolition de la monarchie est en hausse partout au pays et a récemment franchit le cap des 60% d’appuis. Je suis sure que d’ici quelques années la Reine ne sera plus sur nos billets… peût être Obama….Ha Ha!

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