Un Léger manque d’éthique

Guillaume S. Leduc

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

Quelque part au début 2010, il s’est passé un événement important dans l’industrie québécoise des sondages d’opinion, qui est malheureusement passé inaperçu. La firme de sondage la plus importante de la province, Léger & Léger, a commencé à réaliser ses sondages sur les intentions de vote des Québécois par Internet. Lorsque j’ai remarqué ce changement l’an dernier, j’ai éprouvé quelques doutes sur la fiabilité de cette méthode d’échantillonnage et j’ai téléphoné aux bureaux de Léger & Léger pour avoir plus d’informations.

Ma principale préoccupation était de savoir s’il existait une certaine forme de garantie que l’identité des internautes qui répondent au sondage était véridique. Après tout, il serait facile pour un parti politique disposant de moyens importants de mandater une quantité importante de leurs partisans à s’inscrire sous diverses identités. On n’a pas été capable de me répondre et j’ai décidé d’arrêter mon investigation là, probablement par manque de temps.

Mais voilà qu’en fin de semaine dernière, j’ai rencontré Julie Fortin, directrice des communications de la firme de sondage Som. Comme j’ai beaucoup étudié les sondages politiques dans le cadre de ma maîtrise et que cela m’intéresse au plus haut point, j’ai entrepris une bonne conversation avec elle sur le sujet et je lui ai demandé ce qu’elle pensait de l’échantillonnage par Internet de Léger & Léger. Sourire en coin, elle me répond qu’elle a justement publié un article sur son blogue à ce sujet, intitulé « Un léger manque d’éthique« , dont j’ai emprunté le titre pour ce billet.

Elle m’a ensuite expliqué que son équipe avait démontré, au printemps dernier, qu’il était absolument possible pour quiconque ayant les aptitudes nécessaires pour se créer un compte Hotmail de se créer un compte Internet fictif chez legerweb.com, qui gère les sondages Internet de Léger & Léger. Cela est très bien expliqué sur son blogue :

Création d’une identité fictive et inscription volontaire au panel du concurrent

À l’aide d’un véritable compte gmail mais d’un personnage tout à fait fictif, nous avons abonné «Amanda» aux sondages en ligne de ladite firme. Évidemment, nous avons pris soin de lui donner les caractéristiques de la «population rare» recherchée par l’organisme gouvernemental. Ensuite, nous avons attendu. Pas plus compliqué que ça.

Invitation à participer au sondage de l’organisme gouvernemental

Rapidement, nos doutes ont été confirmés. «Amanda» a reçu une invitation (courriel) pour participer au sondage de l’organisme gouvernemental qui, je le rappelle, mentionnait explicitement vouloir des répondants recrutés de façon aléatoire. «Amanda» a donc répondu au sondage en prenant soin de conserver les preuves de la supercherie (compte de courriel, invitation à répondre au sondage, captures d’écran du sondage, etc.).

J’en suis encore stupéfait. Imaginez un parti qui mandate 50 de ses plus fidèles partisans à se créer une dizaine de faux comptes sur legerweb.com en reproduisant le plus fidèlement possible certaines caractéristiques de la population québécoise recherchées par les firmes de sondages (personnes âgées, immigrants, autochtones, 18-24 ans etc.). Non seulement cela créerait 500 faux répondants susceptibles d’être invités à répondre, mais ces derniers auraient plus de chances de l’être que les vrais répondants car ils répondent aux caractéristiques d’une partie de la population québécoise qui a moins accès à Internet ou qui s’intéresse moins à la politique.

Quiconque s’est penché un minimum sur l’étude des sondages politiques sait que de nombreuses recherches ont démontré qu’ils ont une influence considérable sur le vote. Tout d’abord, il y a évidemment de nombreuses considérations par rapport au phénomène du vote stratégique (un électeur qui ne vote pas pour son candidat favori car il ne croit pas assez à ses chances de battre le candidat qu’il déteste le plus). Ensuite, il y a également des considérations sur la formation de l’opinion publique elle-même. La chercheuse allemande Elisabeth Noelle-Neumann a effectivement démontré qu’un électeur a moins de chance de voter en faveur d’un parti s’il a l’impression que ce dernier est minoritaire. Ce phénomène, intitulé la spirale du silence, s’expliquerait non pas parce que l’électeur ne croit plus au programme du dit parti, mais par peur de l’isolement face à ce qu’il perçoit comme étant la majorité, il s’auto-censurerait. Le pourcentage de vote d’un tiers parti serait donc condamné à baisser perpétuellement, tandis que celui d’un parti en tête des sondages est appelé à augmenter sans cesse, phénomène que l’on appelle aussi l’effet bandwagon.

Si ce que prétend Julie Fortin est véridique et que Léger & Léger ne peut garantir la validité de l’identité de leurs répondants, le changement à leur méthode d’échantillonnage est carrément une menace à la démocratie, surtout lorsqu’on considère que les sondages Léger sont les plus fréquents.

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29 réflexions sur “Un Léger manque d’éthique

  1. Décidément, les sondages léger & léger ne font pas le poids. L’Ont-ils déjà fait ?? C’est une boite de Péquistes qui doivent rêver de voir Pauline monter sur son trône en silence !!!

  2. L’objectif d’un sondage est de connaître exactement l’état de la situation. Si leur méthode n’est pas bonne, on va s’en apercevoir lors des élections, non? Ils vont alors perdre toute crédibilité.
    Laissons la réalité régler çà.

  3. Y a un « petit oiseau » qui me recommandait toujours de me méfier des sondages de Léger Marketing … qu’il y avait des chances que Léger Marketing soit « surtout » à la solde des péquistes et encore une fois maintenant, je réalise que mon « petit oiseau » n’avait pas tout à fait tort!…

    Juste un peu de discernement me disait: si le père fut député/ministre péquiste, si la fille fait également parti de la clique péquiste, si le P.Q. n’utilise QUE Léger Marketing POUR « ses » sondages pour moi, tout devient ‘transparent’ aussi transparent que de l’eau de source mais bon!

  4. Il n’est pas possible de faire élire le PQ honêtement alors trouvons d’autres moyens. Exactement comme on a tenté de le faire aux derniers référendums avec des questions pièges.

    Faut tu être poche pour être oblige de tricher pour faire reconnaitre nos idées.

    La fin justifie les moyens y parait.

  5. Je crois que certaines précisions s’imposent ici. D’abord, vous remarquerez que le billet que j’ai écrit ne vise en aucun cas la firme Léger Marketing. J’ai volontairement omis de mentionner la firme dont il s’agit puisque mon objectif n’est pas de cibler un concurrent, mais plutôt de dénoncer une pratique qui est de plus en plus courante dans l’industrie (au sein de nombreuses firmes).

    Le problème avec ce type de sondage, ce n’est pas qu’il soit fait avec internet. C’est la méthode d’échantillonnage non probabiliste qu’il faut pointer du doigt. Voici quelques explications qui, je l’espère, vous éclaireront.

    Un échantillon est dit probabiliste lorsqu’il s’appuie sur le hasard pour sélectionner les individus qui le composent (tous ont une probabilité connue d’être sélectionnés). L’échantillon probabiliste, parce qu’il comporte des propriétés mathématiques connues, est le seul qui permet le calcul de l’erreur d’échantillonnage (marge d’erreur) et la généralisation des résultats à une population plus large. À partir du moment où la constitution de l’échantillon ne s’appuie pas sur le hasard, il est impossible de calculer une marge d’erreur ou d’affirmer que le sondage est représentatif.

    Où est le véritable problème?

    Avec la croissance des sondages web, les firmes de sondage constituent maintenant des panels d’internautes. Ces internautes sont régulièrement invités à participer à des sondages en ligne. Dans certains panels, les individus sont des volontaires, c’est-à-dire des gens qui se sont eux-mêmes inscrits pour remplir des sondages. Dans ce cas, on parle d’autosélection, et non d’un échantillon de type probabiliste. Selon les normes de notre industrie, les firmes qui utilisent ce genre de panel ne peuvent prétendre fournir des résultats représentatifs de la population ni même accompagner la diffusion de leurs résultats d’une marge d’erreur.

    Ainsi, vous avez parfaitement raison de vous inquiéter de la validité des résultats obtenus à l’aide de panels de volontaires, qui sont en fait des échantillons non probabilistes.

    À titre anecdotique (et pour conclure, désolée pour la longueur de la réponse), je vous réfère à l’élection présidentielle américaine de 1936, qui a marqué l’histoire des sondages d’opinion : un petit échantillon représentatif (1 500 personnes) a fait une meilleure prédiction qu’un énorme échantillon (plus de deux millions de personnes!!!) à participation volontaire…

      • En fait, toutes les firmes de sondage (SOM y inclus) ont pris le virage web. Internet et les sondages en ligne sont de formidables outils pour effectuer certains types de sondage.

        Comme je le disais, le problème n’est pas dans l’utilisation d’internet, mais dans la façon de recruter des répondants (au hasard ou par inscription volontaire). De notre côté, nous recrutons les répondants de notre panel de façon aléatoire, par téléphone. Ainsi, seuls les gens sélectionnés et invités peuvent se joindre à notre panel. Vous ne pourriez donc pas en devenir membre de votre propre chef si vous n’avez pas été invitée à le faire. Et aucun imposteur ne peut venir se créer 25 identités pour biaiser les résultats…

        C’est un peu comme la différence entre faire un sondage scientifique… ou interroger les passants au coin de la rue.

        • Merci Julie pour prendre le temps de faire ces précisions. Grandement apprécié.

          Je persiste à croire que Léger Marketing ferait bien de prendre exemple sur la méthode ‘SOM’ pour le recrutement sur son site web plutôt que de risquer à laisser ‘pierre,jean,jacques’ utiliser 25 identités pour justement baiser les résultats.. Ça inspirait un peu plus de confiance àma.

          Personnellement, ça fait longtemps que je ne porte plus vraiment attention aux résultats des sondages (politique) de Léger Marketing; les seuls sondages auxquels je portes un peu plus attention sont tous ceux faits quelques jours avant une élection – à ce moment là, j’ai l’impression d’avoir une meilleurs image des intentions.

        • Évidemment qu’on ne peut avec un échantillon basé sur le volontariat généraliser.

          La raison étant qu’aucune théorie statistique n’existe pour le faire.

    • Merci de ces précisions Julie. Mes inquiétudes pour la démocratie persistent toutefois ! Et j’ai vérifié et Léger Marketing effectue réellement ses sondages de cette manière.

      • En tant qu’actuaire, Ian est censé être un virtuose des maths et surtout des probabilités et statistiques. Madame Fortin dit « C’est la méthode d’échantillonnage non probabiliste qu’il faut pointer du doigt. » Qu’en pense notre spécialiste?

        J’entends aussi par le biais des médias, des opinions de ti-jos connaissants sur la façon dont on évalue l’alea séismique (approche probabiliste et non déterministe) qui mène fatalement à la démolition de l’Hôpital de Baie-St-Paul.

        Comme par exemple http://blogues.canoe.ca/mongrain/general/charlevoix-sous-le-choc/comment-page-1/

        Il faudra peut-être un jour un billet conjoint Ian-Reynald sur ce dernier sujet.

        • Le sondage parfait aurait la forme suivante. On met le nom de tous les québécois dans un gros chapeau et on tire ensuite 1000 noms qui subiront le sondage. S’ils répondent à des questions en disant je ne sais pas ou en refusant de répondre, on les classe comme indécis sans les répartir. De cette façon, vous avez un sondage effectuer sur un échantillon représentatif de la population et vous n’avez pas appliqué de technique de répartition des indécis qui ne sont pas toujours très claires voire fiables (se pourrait-il qu’un indécis ne vote pas, tout simplement?)

          Un sondage de ce type permettrait d’affirmer de manière objective que le sondage est précis à 3…% 19 fois sur 20.

          Le problème avec la méthode de Léger est que les gens s’y inscrivent de façon volontaire et aussi, qu’il faut avoir un ordinateur pour participer. Or, une partie importante la population n’est pas « branchée ». Difficile alors d’avoir un échantillon représentatif de la population générale. On a toute fois un échantillon assez représentatif de la population branchée par contre (s’il n’y aurait pas de « traficotage » de la part des partis politiques).

          En effet, plusieurs personnes pourraient avoir plusieurs comptes différents sur Légerweb, ce qui assez troublant. C’est sûr que tout dépend de la grosseur de leur base de données également. Si 3 millions de gens sont inscrits, aucun parti politique ne pourra réussir à traficoter le système et avoir un réel impact. S’il n’y en a que 10 000, il est fort probable qu’un parti puisse contrôler 200 comptes, ce qui représenterait 2% de tous les comptes. Si en plus ces faux comptes représentent des sous-groupe de la population très recherché, l’impact pourrait être important.

          On doit avouer que l’utilisation du web doit augmenter grandement leur productivité et dans un contexte ou personne n’a avantage à « traficoter » le système comme c’est le cas en politique, la fiabilité des résultats doit être meilleure. Les clients de Léger doivent d’ailleurs le voir sur le coût chargé pour les sondages. Celui-ci doit avoir baissé grâce au gain de productivité. Il ne faut pas oublier que les sondages politiques représentent une bien faible partie du chiffre d’affaires de ce genre de compagnie de sondage.

          Bref, les sondages et la politique, ça ne fera jamais bon ménage, mais on ne pourra jamais empêcher les médias d’être assoifés de ce genre de données. C’est aux gens à se responsabiliser et d’arrêter de prendre leur décision d’électeurs en fonction de ces sondages. Les politiciens devront également se responsabiliser et arrêter de gouverner en fonction de ces sondages politiques. Je pense que la vraie leçon de l’article de Guillaume se situe là.

  6. Pingback: lacapitaleblogue.com | Suggestions du 8 septembre 2010

  7. « Ainsi, vous avez parfaitement raison de vous inquiéter de la validité des résultats obtenus à l’aide de panels de volontaires, qui sont en fait des échantillons non probabilistes. Julie Fortin dit : 9 septembre 2010 à 09:04 »

    Très intéressant.
    Mais quelle est la différence de rémunération ou cachet entre le participant au panel de volontaires et les échantillons probabilistes ?…

    CH

    • Il y a plusieurs formes de rémunération dans les panels, que ce soit dans un panel de volontaires ou dans un panel à recrutement aléatoire. Certaines firmes paient pour chaque sondage (en argent, en cartes-cadeaux, en points échangeables contre des produits, etc.), d’autres offrent plutôt un tirage ou encore une combinaison des deux.

      La notion de rémunération (le terme compensation serait sans doute plus juste) est importante puisqu’elle peut créer ce qu’on appelle des « répondants professionnels », c’est-à-dire des gens qui s’inscrivent dans tous les panels possibles dans le but de gagner de l’argent ou des tirages; des gens dont la seule motivation pour participer est le prix qui y est rattaché. Les panels de volontaires sont particulièrement vulnérables à ce biais puisque n’importe qui peut s’inscrire. Je ne dis pas que nous ne sommes pas confrontés à cette situation dans un panel à recrutement aléatoire, mais le phénomène est nettement amoindri.

  8. Merci pour les explications Mme Fortin, c’était très instructif. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser à l’exemple que vous mettez de l’avant selon lequel 2 millions de personnes qui ont participé volontairement à l’échantillon d’un sondage ont donné de moins bon résultats que 1500 personnes choisies au hasard, même si l’échantillon était plus grand.

    Cela m’a fait pensé à la controverse concernant le recensement et plus particulièrement le formulaire long. Une idée qui a été souvent véhiculée a été de dire que les résultats seraient meilleurs si les personnes qui y répondaient le faisaient de manière volontaire et que l’on augmenterait l’échantillon pour diminuer l’impact des erreurs possibles. Avec ce que vous venez de dire, c’est le contraire qui va se produire. Parce qu’objectivement, ce qui est bon pour un sondage me semble bon pour un recensement.

    • En effet Sébastien. Vous avez très bien compris. Malheureusement – et le mythe (ou la désinformation) est tenace – plusieurs croient qu’en matière de sondage, seul le nombre de répondants compte. Or, c’est d’abord et avant tout le caractère aléatoire de l’échantillon qui importe.

      Dans le cas du recensement, c’est la baisse du taux de réponse qui affectera la fiabilité des résultats, puisqu’on peut penser que certains segments de la population seront moins enclins à participer que d’autres. On obtiendra ainsi, vraisemblablement, des données moins représentatives de la population canadienne. Cela dit, on pourra en juger lorsque l’exercice aura été fait. Après tout, peut-être que le taux de réponse sera très bon, même avec une participation volontaire. C’est à suivre…

  9. M. Leduc,

    Léger Marketing n’est pas la seule maison à avoir recours à des panels internet. En fait, presque tout le monde le fait… (sauf les partis politiques pour leurs sondages internes qui, eux, doivent obtenir la vérité!)

    Mais — en plus de tout ce que vous soulignez et qui est très pertinent — il y a un problème particulier au Québec qui vaut la peine d’être mentionné. Le rayonnement d’internet est légèrement moins grand au Québec qu’ailleurs sur le continent et c’est tout particulièrement vrai chez les plus de 55 ans.

    Le problème est le suivant : les gens de 55 ans et plus susceptibles d’être membres d’un panel de sondages internet ne sont pas nécessairement représentatifs de tous les gens de 55 ans et plus. Or, que fait le sondeur? Il considère son échantillon de gens de 55 ans et plus comme représentatif de tous les gens de 55 ans et plus et il pondère en conséquence.

    Or, les utilisateurs d’internet plus âgés on plus de chances d’être plus aisés et plus instruits que la moyenne. On y retrouve un nombre disproportionné de « jeunes retraités » du secteur public, par exemple.

    Au Québec, cela se traduit normalement une sur-représentation de l’électorat du PQ et une sous-représentation de ceux des autres partis.

    Mais ce n’est pas vrai qu’au niveau du vote provincial. Souvenez vous d’un sondage Angus Reid (et réalisé par internet) publié par La Presse peu avant les dernières élections municipales à Montréal et qui donnait Louise Harel gagnante.

    Or, ce qui semble évident, c’est que l’électorat de Gérald Tremblay était largement sous-représenté chez les répondants au sondage, particulièrement chez les personnes plus âgées, alors que celui de Mme Harel était sur-représenté. D’où le résultat fautif du sondage.

    Mais on est aussi bien de s’habituer, parce que les sondages par internet ne coûtent pratiquement rien aux firmes de sondage et qu’ils sont là pour rester…

    • Très bon commentaire M. Auger. Vous passerez le mot à Jean Lapierre, qui est incapable d’analyser la politique sans parler d’un sondage! Je rigole, bien entendu.

    • Monsieur Auger, vous avez en même temps raison et tort dans la première partie de votre intervention. Les sondages effectués par internet ne sont PAS représentatifs de la population en général, c’est tout à fait vrai! Ils sont représentatifs de la population INTERNAUTE.

      Aussi, un sondeur qui se respecte n’essaiera pas de faire croire au public que son « échantillon de gens de 55 ans et plus [est] représentatif de tous les gens de 55 ans et plus et qu’il pondère en conséquence. » C’est là où vous avez tort. Un sondeur qui se respecte parlera des « internautes québécois » plutôt que des « Québécois » en général.

      À cet égard d’ailleurs, les médias jouent un grand rôle dans la désinformation. C’est malheureux, mais plusieurs journalistes n’ont pas la formation de base leur permettant d’interpréter correctement les résultats d’un sondage ou d’en comprendre la méthodologie. À moins qu’ils n’écrivent n’importe quoi juste pour mousser les ventes… Mais ça, c’est une toute autre histoire.

  10. À la lecture de tous ces commentaires et ceux, très intéressants de Mme Fortin, j’ai quelques remarques à formuler.

    En guise de préambule, disons que la firme Léger Marketing existe depuis près de 25 ans et que selon Wikipédia, elle serait « le plus important institut de sondages au Canada avec 650 employés ». On ne parle donc pas ici d’une binerie.

    Or, comment une entreprise à la fois si jeune et si dynamique, risquerait-elle de mettre sa crédibilité en jeu pour une telle niaiserie de « sondages par internet »?

    À l’évidence, il nous manque des renseignements sur l’administration de ces sondages et il en manque probablement à Mme Fortin itou. Et si son brûlot n’était qu’une riposte du même acabit à ce qu’elle qualifie de « concurrence déloyale »? «Welcome to the real world, ça arrive tout le temps» disait son patron… Julie, vous avez été au bâton à la place de votre boss en bon petit soldat que vous êtes, et si d’aventure vous perdiez votre emploi vos chances de travailler un jour pour « plus important institut de sondages au Canada » sont presque nulles.

    Soyons sérieux… En quoi les résultats des sondages Léger Marketing sont-ils si différents de ceux des autres firmes de sondages? Hein? Voulez-vous bien me le dire? Sont-ils si souvent que cela dans le champ? Tiens prenez les sondages politiques, puisque c’est votre fixation. Allez sur le site de Politiquebec et remontez aussi loin que vous voulez où que vous puissiez en comparant ceux-ci avec ceux des concurrents. Vous aurez une révélation. Non, ils ne sont pas différents. Et à ceux qui soupçonnent que Léger Marketing fait partie d’une vaste conspiration péquiste pour orienter les électeurs, vous constaterez même que les résultats de ces sondages, étudiés sur une longue période, avantagent souvent les opposants desdits péquistes.

    Péquistes, libéraux, SOM, CROP, Léger, je m’en fous un peu pas mal. D’ailleurs, connaissant la compromission des élus libéraux envers ceux de leur gang, je me demande comment il se fait que SOM se soit fait souffler ce contrat. P’têt ben que le dirigeant de SOM, au lieu de philosopher creusement sur ce qu’est le « real world » aurait avantage à participer plus souvent à des soupers-bénéfice organisés par les donneurs d’ouvrage!

    Ce que je sais par contre, c’est que ce n’est pas les sondages politiques, ni même ceux provenants d’organismes gouvernementaux, qui font de Léger le « plus important institut de sondages au Canada ». Ainsi, je turbine dans une boîte énorme dont, bon an, mal an, les différents services passent la commande dix 5 à 10 enquêtes, pour la majorité attribuée à Léger. Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais comme c’est moi qui règle les factures… Et je ne sais pas quelles sont les demandes des bureaux de Toronto et de Vancouver.

    Il m’est arrivé aussi de parler avec un chef de ces différents services. Évidemment, ça me démangeait de savoir pourquoi Léger emportait la plus grosse pointe de la tarte. « C’est qu’ils sont bons en titi! » m’a répondu l’un d’eux. Sachant que mes boss ne sont pas des imbéciles et que des décisions stratégiques impliquant des ressources financières et humaines importantes se prendront entre autres sur les résultats de ces sondages, j’imagine que si la collecte de données est si pourrie que les commentaires ci-haut le suggèrent, M.Léger les corrige puisqu’il doit être un devin.

    Puis, concernant cette anecdote remontant à 1936, pour la petite histoire et pour notre enseignement à tous, notons que ce sondage si précis sur les résultats portant sur l’élection présidentielle américaine n’a pas porté sur 1,500 répondants, mais bien sur 50,000.

    – « George Gallup’s American Institute of Public Opinion achieved national recognition by correctly predicting the result of the election, and for correctly predicting the results of the Literary Digest poll to within about 1%, using a smaller sample size of 50,000. »

    cf.: Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/The_Literary_Digest#Presidential_poll

    De plus, pour établir un parallèle avec l’emploi d’internet dans les techniques de sondage, notons que l’emploi d’une liste comportant les noms de propriétaires d’automobiles et d’abonnés au téléphone avait perverti les résultats du sondage administré sur les 2,4 millions de répondants volontaires, parce que « Both groups had incomes well above the national average of the day, which resulted in lists of voters far more likely to support Republicans than a truly typical voter of the time. »

    Si les sondeurs de l’époque avaient pondéré leurs résultats en s’appuyant sur les données d’un « recensement crédible » à savoir quel est le revenu moyen d’un groupe donné possédant soit une voiture et/ou disposant du téléphone et en recoupant ces résultats avec les votes recueillis d’un beau quartier où les résidents possèdent une voiture et/ou le téléphone lors de l’élection précédente, on en serait arrivé à des résultats beaucoup plus précis.

    D’où l’importance de pouvoir compter sur un recensement sérieux. (s’cusez la…)

  11. J’ai écris à Léger à 2007 après la victoire de l’ADQ avec ses 41 députés. Pendant toute la campagne il a marginalisé ce parti, et nous en induit en erreur. M. Léger était offensé de mes propos.

    Ça fait longtemps que le jupon dépasse dans son cas. A quand une loi pour ne publier aucun sondage durant une campagne électorale. Je vous parie que les gens qui vont prendre le poûl du vote seulement par sondages, n’auront d’autre choix que de se renseigner un temps soit peu.

    • oui Jacques , vous totalement raison, ce n’est pas de l’information mais plutôt de la désinformation pure frisant la propagande

  12. Je tenais à remercier Mme Fortin d’avoir si joliment piégé cet infâme Léger. Quelle ratoureuse cette Julie! Ses patrons doivent être fiers d’avoir recruté une personne aussi astucieuse et dévouée même si elle vient d’entacher le dossier de la firme qui l’emploie. Et que dire du valeureux Guillaume S. Leduc qui, derrière son clavier, s’est porté à la défense de la démocratie en dénonçant les manipulations vaseuses et les manœuvres occultes de ces mêmes sondages Léger Marketing. Sensible comme je suis, je suis certain que cette révélation va m’empêcher de dormir pendant quelques nuits.

    Et puis, on doit se méfier des sondages internet. Comme on a du se méfier à une autre époque, des sondages conduits au téléphone. Et en une époque encore plus éloignée, on avait raison de se méfier de l’invention du papier! Que dire de l’apparition de l’écriture qui elle, est un véritable vecteur de perversion des âmes et des esprits et un pousse-au-crime contre la démocratie et par delà, contre l’humanité. Méfiance, méfiance…

    Aussi, c’est en frappant la table d’un index rageur que je somme le Léger en question à venir s’expliquer de ses malversations sur ce blogue, séance tenante.

    • Je tenais à vous remercier M. Côté d’avoir si joliment tenté de banaliser la situation. Toutefois, comme le veux l’adage : tirer sur le messager n’efface pas la mauvaise nouvelle…

      • Bien d’accord avec vous Pierre. Cependant, des informations comme celle-ci, vous pourriez en trouver pour noircir des milliers de pages de blogue. J’imagine qu’il existe une entente sommaire entre la maison de sondages et le participant qui s’inscrit volontairement. Vous savez, le genre de texte où on vous invite à confirmer: « J’atteste avoir pris connaissance et accepter les conditions décrites ci-haut, etc. » qui engage moralement le participant à faire preuve d’honnêteté.

        Or, ce que je retiens de cet article et ses commentaires, c’est qu’on s’ingénie à culbuter la moralité du participant. Un peu comme si on conspirait et qu’on se concertait pour « paqueter » une boite de scrutin lors d’élection. Belle mentalité! Jouez le rôle de l’éboueur allant fouiller les poubelles de SOM (ou de n’importe quelle autre boîte de sondages) et vous y trouverez à coup sûr des informations tout aussi troublantes que celle-ci. Vous voulez parier?

        Je préfère m’en tenir à la suggestion de M. Texier qui veut que « Si leur méthode (à Léger Marketing) n’est pas bonne, on va s’en apercevoir lors des élections, non? Ils vont alors perdre toute crédibilité. Laissons la réalité régler çà. »

  13. Je lis toutes vos opinions et ne epux qu’en prendre acte. Compte tenu que le but d’un sondage est de tracer le portrait d’une ou plusieurs tendances avec le maximum de précision, je réclame un tableau qui montre pour les 20 dernières années, les résultats des sondages faits avant les élections de tous les niveaux avec le nombre de jours avant l’élection, la maison qui a effectué le sondage et surtout, l’écart entre le résultat de l’élection et le résultat du sondage. Tant que je n’ai pas cela, .. « ne peux me prononcer » sera ma réponse sur ce billet…

  14. Félicitations pour vos bons billets.

    Effectivement, à l’aire de l’Internet, il est tout-à-fait naturel d’utiliser ce moyen de communication pour rejoindre la population et pour échantillonner. Toutefois, dans notre étude (sur l’utilisation bureautique en OBNL et en micro-entreprise) effectuée via un formulaire par courriel, nous contre-vérifions la validité de l’unité par plusieurs moyens. Aussi, nous avons un code nous permettant d’établir un lien entre l’échantillon et le contact…

    JF

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