Le révisionnisme de Jean-François Lisée

Par Guillaume S. Leduc,

Je sort quelque peu de mes vacances de blogueur pour rectifier un peu ce que le guru péquiste Jean-François Lisée a écrit sur son blogue à l’occasion de la fête du Canada. Le 1er juillet dernier, M. Lisée a écrit un texte visant à faire croire aux gens que la raison pour laquelle nous ne fêtons pas beaucoup la fête du Canada au Québec de nos jours est que la Confédération nous aurait été imposée en 1867.

Premièrement, j’invite n’importe qui à me nommer des pays qui sont nés par référendum au 19e siècle. Vous allez chercher longtemps. Si on compare la naissance du Canada avec celle d’autres pays occidentaux, on se rend compte que l’union des colonies britanniques d’Amérique du Nord en 1867, bien qu’imparfaite, a été somme toute assez démocratique. Du moins pour les canadiens-français.

Si l’adhésion au Canada s’était déroulée ici de la même manière qu’en Nouvelle-Écosse, les séparatistes québécois auraient aujourd’hui beaucoup plus de munitions pour remettre en question notre adhésion au Canada. D’ailleurs, aucune population d’une province n’a été aussi farouchement en faveur de la séparation que celle de la Nouvelle-Écosse dans les premières années de la Confédération. À preuve, autant au niveau fédéral que provincial, 95% des députés élus là-bas l’ont été sous la bannière du parti anti-confédération qui prônait une séparation immédiate du Canada. Ironie du sort, c’est une alliance Ontario-Québec qui leur a imposé ce régime.

Pour en revenir au Québec, Lisée affirme que l’entrée en vigueur de la Confédération n’a pratiquement pas été célébrée ici :
Le premier juillet 1867, date de fondation du pays, aucune manifestation populaire ne fut tenue où que ce soit au Québec. Seulement quelques messes — car le haut clergé était très favorable à la confédération, se sachant maître des compétences léguées à la nouvelle province, notamment l’éducation, outil de son autoperpétuation
Pourtant, quand on lit des documents officiels, on se rend compte qu’il y a bel et bien eu de nombreuses célébrations.

La Confédération a été inaugurée hier dans toute l’étendue de la Souveraineté du Canada par des réjouissances magnifiques.

Notre bonne ville de Québec, redevenue encore une fois capitale, a voulu aussi chômer l’ère nouvelle. Les affaires sont restées suspendues; des pavillons, des drapeaux flottaient sur presque toutes [sic] les édifices publics.

A onze heures, les régiments de la garnison et les différents corps des volontaires se formèrent en carré sur l’Esplanade, tandis qu’une foule compacte se pressait aux alentours. Son Honneur le Maire fit la lecture de la proclamation, et aussitôt trois hourrahs enthousiastes poussés par les troupes et les spectateurs, saluèrent le nouvel ordre de choses. Cette réunion, ces acclamations, nous rappellent les immenses assemblées des Francs, les fêtes des champs de mai de la vieille monarchie française.

Et ça continue longtemps comme ça.

Finalement, Jean-François Lisée tente dans son texte de réduire le rôle majeur qu’a joué Georges-Étienne Cartier en jetant les bases politiques qui permettront un siècle plus tard de voir naître la nation québécoise telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Georges-Étienne Cartier, peut-être l'homme politique québécois le plus important du 19e siècle

En diminuant le rôle qu’ont joué les bleus au profit de celui qu’auraient pu jouer les rouges s’ils avaient été au pouvoir, Lisée ferme les yeux sur deux vérités qui dérangent énormément les séparatistes d’aujourd’hui :

1) Ce sont les conservateurs de Cartier qui ont convaincu John A. Macdonald qu’un régime fédéral était nécessaire au bon fonctionnement du Canada. Ce faisant, c’est grâce à eux que le Québec a pu éviter de se fondre dans un régime unitaire centralisé et qu’il a pu, cent ans plus tard, se moderniser.

2) Les rouges de Dorion, héritiers du Parti Patriote de Papineau, avaient des plans très sérieux d’annexion aux États-Unis. Parions que la nation québécoise moderne ne serait qu’une version élargie des Cajuns de la Nouvelle-Orléans si ceux dont se réclament aujourd’hui les séparatistes avaient eu le feu vert pour réformer le Canada.

Par ailleurs, tous les documents d’époque démontrent que les Bleus étaient beaucoup plus populaires que les Rouges dans le Québec de la fin du 19e siècle. Est-ce en raison du rôle de l’Église ? Probablement. Est-ce qu’on doit pour autant en conclure que la domination politique des Bleus était illégitime ? Absolument pas. La religion catholique faisait partie de l’identité canadienne-française à cette époque et c’était accepté par une très grande majorité de citoyens. Le nier, c’est tomber dans le révisionnisme et c’est ce que fait Lisée.

En somme, je dois admettre que la Fête du Canada est aujourd’hui bien impopulaire. On pourrait débattre des différents facteurs expliquant cela, mais on ne peut certainement pas l’imputer à l’absence de référendum. En fait, tout porte à croire que s’il y avait eu un référendum, le projet confédératif, perçu comme une libération par plusieurs, aurait été gagnant haut la main.

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14 réflexions sur “Le révisionnisme de Jean-François Lisée

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  2. Voua avez raison, la Confédération canadienne de 1867 n’a pas été imposée au Québec. Celui-ci est une des 4 provinces fondatrices du Canada et les politiciens canadiens-français de l’époque ont majoritairement donné leurs appuis au projet de confédération. Encore une fois, un séparatiste qui essaye de réécrire l’histoire pour la rendre favorable à son option.

  3. « Premièrement, j’invite n’importe qui à me nommer des pays qui sont nés par référendum au 19e siècle. »

    Le Chili ?

    Le 13 novembre 1817, la Junte Suprême qui exerçait le pouvoir à Santiago, en l’absence de Bernard O’Higgins, qui se trouvait dans le Sud du pays à la direction d’opérations militaires, délivra un décret ordonnant que, dans les quatre quartiers de la ville, soient ouvert des registres pendant 15 jours, sur lesquels les citoyens pourraient signer leur accord avec la déclaration d’indépendance ou leur désaccord sur d’autres. Dans les autres villes et villages, la même procédure devait être appliquée.

    Mais peut-être parlez-vous de l’Union de colonies, car c’est ça la Confédération ?

    L’Australie alors ?

    The First Referendum
    A special election called a referendum was held so that people in the colonies could vote on the constitution. Queensland and Western Australia did not take part, and in New South Wales it did not get approved. The premiers met in 1899 to find ways of meeting the concerns of those three colonies.

    The Idea of a National Capital
    Among the changes that were made was the decision that a new capital city be established between Sydney and Melbourne, both of which wanted to be the nation’s capital.

    The Referendum Succeeds
    The amended constitution went to referendum once again in all colonies except Western Australia, and the Bill was passed. The Western Australians did not believe federation was the best thing for the colony.

    Bon c’est la limite du XIXe siècle ;-)

  4. Cela fait un bon moment que je me demande pourquoi Jean-François Lisée a si facilement tribune au Québec? J’ai lu la majorité de ses livres, il a un bon talent d’écrivain, mais je ne le considère pas comme une personne de référence qui mérite tout l’attention qu’il a depuis plusieurs année. Je trouve qu’il se considère supérieur à la population et a tendance à reprendre les choses pour plaire aux souverainistes.

    •  »Cela fait un bon moment que je me demande pourquoi Jean-François Lisée a si facilement tribune au Québec?  »

      … parce qu’il parle très bien… peut-être la personne la plus éloquente au pays… Maître Renard…

  5. Lisée est un sophiste très habile. Exemple: pendant au moins 50 ans le taux de chômage au Québec fut supérieur à la moyenne canadienne. Depuis environ 6 mois, il est inférieur. Et bien Lisée martèle cette statistique continuellement dans son blogue pour prouver la supériorité du soi-disant modèle québécois. Il évite systématiquement la dette québécoise, le niveau d’investissement etc car celles-ci démontrent la faiblesse du « modèle« 

  6. Vous avez déniché, Guillaume S. Leduc, en Jean-François Lisée un interlocuteur valable.

    En somme, je dois admettre que la Fête du Canada est aujourd’hui bien impopulaire. On pourrait débattre des différents facteurs expliquant cela, mais on ne peut certainement pas l’imputer à l’absence de référendum. En fait, tout porte à croire que s’il y avait eu un référendum, le projet confédératif (de 1867), perçu comme une libération par plusieurs, aurait été gagnant haut la main. Guillaume S. Leduc

    En effet, malgré deux référendums, la fête du Canada le premier juillet n’est pas à la hauteur de la St-Jean le 24 juin, qui elle-même est loin d’être à la hauteur du Festival d’été de Québec, terminé le 18 dernier. Pardonnez mon chauvinisme.

    Passons sans faire d’histoire de l’impérialisme militaire britannique à l’ordre marchand contemporain devenu au fond l’ordre financier qui assure sans responsabilité électorale maintenant comme auparavant en occident et ailleurs la qualité de vie, allez savoir ce que ça veut dire, en passage de génération à génération aux dépends et profits de qui ?

    Conrad Black pour un pourrait nous en dire quelque chose mais je m’imagine qu’on lui a coupé le sifflet avant de le laisser sortir.

    Mettez-vous à leur place !

    Vous avez un rapport générationnel avec Fernand Leduc le peintre des microchromies ou Aimée Leduc, une militante des années 70-00 en psychopédagogie béhaviorale ?

  7. En passant, petite faute d’orthographe en partant, je sors et non je sort ;)!!

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