Du journalisme de meute

Par Guillaume S. Leduc,

Cette semaine, la chambre des communes ne siégeait pas à Ottawa. Les journalistes, eux, travaillaient tout de même. Ils se devaient de produire quelque chose, mais n’avaient rien à se mettre sous la dent. La seule histoire à couvrir en début de semaine a été la rencontre entre le Premier ministre et les jeunes du National Youth Caucus. Le framing qu’ils ont décidé de donner à l’événement était une supposée censure de nos questions. Il ne suffit d’un article controversé pour inciter les autres journalistes à adopter le même framing. En communication politique, on appelle ça du journalisme de meute. Hier, je vous faisais part de mon étonnement et de ma frustration envers l’article de Lina Dib de la Presse Canadienne. Ce soir, je vous donne un peu plus de détails sur la couverture générale de l’événement. Attachez-vous bien!

Commençons par CTV. Hier, ils ont fait un reportage dans lequel ils avaient à peu près le même message que l’article de la PC. On affirme que les questions des jeunes avaient été modifiées par le bureau du Premier ministre et que les organisateurs de Global Vision ont tenté de museler les jeunes qui apparemment auraient voulu critiquer le PM. Le reportage nous montre une fille tenant des cartables à la main entrain de dire à d’autres jeunes de ne pas répondre aux journalistes et laisse entendre que c’est une organisatrice. En fait, il s’agît d’une participante au même titre que tous les autres. Son nom est Tiffany Woods et elle est de Montréal. Elle disait simplement à d’autres jeunes, qui étaient littéralement harcelés par des journalistes et qui n’avaient vraiment pas le temps de leur répondre, qu’ils n’étaient pas obligés de leur parler!

Ensuite, Le Devoir et Hélène Buzzetti. Essentiellement, il s’agît du même article que la PC auquel elle a ajouté son grain de sel, à savoir que deux québécois ayant demandé l’anonymat avaient reproché que leur question sur l’avortement avait été censurée. Des petites nouvelles pour elle, il n’y a qu’un seul québécois ayant soumis une question et c’est moi. Impossible, donc, qu’un québécois ait fait cette affirmation.

Finalement, je viens d’apprendre que les deux filles du Canada anglais ont également été mal citées. En fait, leur question auraient été inversées par l’organisation. Une erreur de fonctionnaire, qui était supposé imprimer les bonnes questions avec les bons noms. Lorsque les journalistes leur ont demandé si c’était bel et bien leur question, ils ont donc dit que ce n’était pas le cas.

Ce qui est le plus dommage avec toute cette histoire, c’est qu’on a littéralement occulté tout ce qui s’est passé ici depuis samedi. Aucun journaliste n’a mentionné, par exemple, les séminaires que nous avons eus sur la sécurité alimentaire dans les pays africains, sur le développement durable ou encore sur l’économie. Aucun journaliste, non plus, n’a cru bon mentionner que nous avons eu l’occasion de rencontrer individuellement les ambassadeurs des pays du G20, des leaders économiques tels que le président du Canadian Farmers Association. Aucun journaliste n’a cru bon nous demander avec quels projets on repartait d’Ottawa. Pourtant, comme j’aurai l’occasion de vous l’annoncer bientôt, je compte lancer une initiative bénévole avec d’autres Québécois pour aider à lutter contre le sida en Afrique. Au lieu de ça, on fait passer Global Vision pour des radicaux qui musèlent les jeunes. On nous a même confondu dans certains article avec « Vision mondiale, un groupe catholique », afin de nous stéréotyper encore davantage.

Rectification

Dans mon article d’hier, j’affirmais que Lina Dib n’avais pas cru bon de me citer alors que je lui avais pourtant accordé une entrevue. J’ai reçu un message de sa part ce matin m’affirmant qu’elle ne m’avait jamais parlé. Après vérification (et c’est la raison pour laquelle j’ai temporairement suspendu les commentaires), il s’agirait d’une autre journaliste du même média à qui j’aurais accordé mon entrevue. Je tiens à présenter mes excuses à Mme Dib pour cette bévue. J’ai d’ailleurs corrigé mon article. Cela étant dit, je maintiens qu’elle n’a présenté qu’un seul côté de la médaille. Comme la personne à qui j’ai accordé une entrevue travaille avec elle, un peu de rigueur aurait dû entrainer ne serait-ce qu’une petite citation de mes propos. Si les journalistes à travers à peu près tous les médias parlementaires du Canada se sont arrangés pour avoir une même histoire, deux journalistes du même média auraient dû se parler pour cumuler leurs informations.

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6 réflexions sur “Du journalisme de meute

  1. « On nous a même confondu dans certains article avec “Vision mondiale, un groupe catholique”, afin de nous stéréotyper encore davantage. »
    Pour ne pas prêtez flanc aux critiques, M. Leduc, il aurait fallu vérifier sur le site de Vision Mondial avant de déclarer que ce groupe est catholique.

    Ce que moi j’ai fait… Vision mondiale est un groupe avant tout réunissant toutes les religions chrétiennes surtout protestantes. Son conseil d’administration est composée de plusieurs personnes dont 2 Pasteurs Protestants.

    • Je n’ai fait que copier-coller la phrase de l’article… je n’ai aucune idée des religions auxquelles ce groupe est affilié et cela m’indiffère totalement.

    • Ouais, ça console un peu mais je me demande où se trouve cet article, sur la version papier, pour rétablir la vérité?

      En bas de page de la chronique des chats écrasés ou à la une?

  2. J’avais dit précédemment que je n’étais pas surprise pour 5 cennes au sujet du traitement des journalistes à propos de cet événement auquel vous venez de participer.

    Je voudrais me reprendre car ça donne un peu l’impression qu’il n’y a rien là puisque ça arrive souvent.

    Or, je tiens à dire que je trouve ça d’une grande écoeurantrie. Les médias font vraiment ce qu’ils veulent et la job de nous informer est de moins en moins une priorité pour eux.

    Je n’en reviens pas des grossières erreurs contenues dans l’article de Mme Buzzetti. Journalisme de meute, c’est une belle expression. Je vais m’en souvenir.

    Pour moi, le Devoir est devenu une honte nationale. C’est bien beau la belle qualité graphique et le français de haut niveau littéraire, mais je m’attend à ce qu’on me rapporte des faits, pas des mensonges.

    Je comprend que chaque journal a une ligne éditoriale, et on sait tous que le Devoir est l’organe de presse de la souveraineté et du PQ, mais il y a un minimum de rigueur qu’on peut commencer à questionner ici, à propos du Devoir.

    Merci d’avoir pris la peine de rétablir les faits. Ça prouve, une fois de plus, la nécéssité de l’existence de certains blogues, dont celui-ci.

    En passant, j’ai entendu M. Marc Laurendeau reprendre la comparaison avec Vision Mondiale à propos de votre groupe. Faut-il être supris de sa « très grande rigueur », lui qui louangeait le Devoir lors du 100 ième anniversaire de celui-ci.

    Bienvenue au XXI siecle, M. Laurendeau. Les temps changent, la qualité de journaux aussi.

  3. Difficile de savoir si ce sont les journalistes qui ont erré ou s’il existe une divergence au sein même de l’organisme. Évidemment, il serait inacceptable que les journalistes se servent de cet incident pour taper sur la gueule de Stephen Harper car, on le sait, ce n’est pas l’histoire d’amour entre les deux camps.

    Chose certaine, le premier ministre aime bien contrôler l’information. Et le fait que son cabinet exige de voir les questions avant la rencontre avec les participants est un autre exemple de ce contrôle.

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