Droit de réplique

Par Daniel Gougeon,

L’auteur est enseignant en droit et en Éthique et culture religieuse  au Collège Beaubois,

Ce billet est offert et publié intégralement en réplique à un texte publié par Ian Sénéchal récemment,

On se calme …et on s’informe!

Le 29 avril dernier, j’ai reçu un courriel de M. Mathieu Demers, inquiet, qui se demandait si le cours d’Éthique et de culture religieuse était vraiment neutre ou s’il ne servait pas de terreau à de l’endoctrinement idéologique. Il prenait en exemple une situation d’apprentissage et d’évaluation (SAÉ dans le jargon pédagogique de la réforme) tirée de mon cahier de 5e secondaire publié aux Éditions « L’école nouvelle », la SAÉ no 9 sur un cas réel et documenté de prestataire d’aide sociale. Beaucoup de blogueurs y ont laissé des commentaires dans ces pages y voyant du gauchisme ou du communisme ou je ne sais trop quoi encore. J’ai tenu à rassurer M. Demers avec de solides arguments.

Je suis un éducateur. En éthique et culture religieuse, cela signifie que j’informe les élèves de l’existence de tous les choix possibles parmi, par exemple, des idéologies, et je leur demande de toutes les envisager dans le choix qu’il feront pour se faire leur propre opinion. Les blogueurs de ce site qui ont lu et discouru sur cette SAÉ ne possédaient pas tous les morceaux du puzzle complexe d’une activité faite selon les principes de la réforme.

Car, en vertu de cette réforme, toutes les mises en situation en ÉCR doivent être traitées selon des compétences (1) en éthique (2) en religion et (3) en dialogue, cette dernière compétence devant faire partie de toutes les SAÉ. Pour le développement de son autonomie éthique, je demanderais à l’élève de commencer par placer le problème de la pauvreté dans son contexte, puis d’en soulever au moins trois questions éthiques, puis de m’expliquer les points de vue des acteurs en présence. Dans ce processus qui ressemble à une séquence de raisonnements, l’élève doit à la fin trouver parmi des solutions possibles celle qui favorisera le mieux le vivre ensemble. Lorsqu’ils me remettent la version définitive de leur opinion, je corrige la qualité du raisonnement et l’examen complet de toutes les palettes de solutions : les élèves ont-ils fait le tour, ici, de toutes les « solutions », allant du pôle de la non-intervention absolue de l’État jusqu’à l’autre pôle, celui de l’intervention constante de l’État dans la société civile? En ont-ils bien examiné les conséquences sur les acteurs sociaux? Ont-ils bien documenté leur opinion par des sources dévoilées et crédibles? Voilà pour la compétence 1.

Comme il s’agit d’une SAÉ à trois compétences, j’en profiterais pour aller faire un tour du côté des religions pour connaître leur position sur la pauvreté. J’aborde dans un tableau-synthèse la doctrine sociale de l’Église catholique de Léon XIII à Jean-Paul II, puis je la compare avec les positions du judaïsme et de l’Islam. Voilà pour l’un des volets de la compétence 2.

Une fois tous les travaux remis,  je tenterais alors d’activer la compétence sur le dialogue en plénière en informant les élèves des règles fixées par le programme pour que le dialogue soit respectueux et fructueux. Et là, déjà, toues les palettes des opinions s’entrecroisent, parfois à cause des valeurs de leurs parents. Je terminerais l’activité par un « dialogue écrit », volet 3 de la compétence 3.

Je demande à tous les blogueurs qui me lisent en ce moment  de lire  les compétences placées en annexe à ma réplique.

En tous les cas, ça occasionne beaucoup plus de correction. La réforme a augmenté notre tâche de 30%, mais je vois en échange l’intelligence de tous mes jeunes se développer au contact des « concepts structurants » que le programme et mon matériel leur offrent. Que leur opinion aille dans le sens d’une idéologie ou d’une autre, cela viendra plus tard de leur propre chef. Pour moi ce qui importe c’est la qualité de leur réflexion, sans simplisme et en dehors de toute rectitude politique, véritables fléaux de nos démocraties.

Que demander de mieux?

Je dois dire en terminant que je n’ai pas encore utilisé cette SAÉ en classe. Elle est dans ma mire pour l’an prochain. Mais cela ne change rien à ce que je viens de dire. À la fois le programme d’ÉCR et mon matériel sont conçus pour se dérouler selon ce que j’ai dit plus haut, et cela pour toutes les SAÉ…même les plus délicates.

Au service de l’éducation depuis 20 ans,

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12 réflexions sur “Droit de réplique

  1. Les étudiants du Québec auraient avantage a avoir des cours en économie plutôt que ce ramassis de restant de Woodstock.

  2. Je ferai un billet la semaine prochain en réponse à M. Gougeon, lequel je remercie pour le temps mis à écrire cette réplique.

    M. Gougeon est l’auteur de cette SAÉ.

  3. Vous avez beau avoir 20 ans d’expérience, je crois que vous avez erré. Tout simplement. Qu’est-ce que c’est que cette réflexion simili songée sur le barême-plancher, une notion que même les experts ne peuvent définir précisément? Faites-vous référence aux besoins essentiels sous l’angle de la croyance religieuse?
    Religion, éthique, culture religieuse, ça?
    Des solutions d’intégration sociale demandées à des jeunes dans le cadre d’un cours d’éducation religieuse? Je n’en reviens tout simplement pas.
    J’ai lu vos arguements et ils ne s’attachent pas vraiment bien au travail demandé à vos élèves. Voilà. Ça manque de tirant d’eau, sinon de profondeur…
    Vous vous rabattez sur le barême-plancher parce que vous ne pouvez élever votre groupe au niveau des idées et des concepts religieux. Enfin, c’est l’unique échappatoire que je vous laisserais invoquer…
    Je répète: je suis abasourdi par le travail soumis aux élèves; on dirait un examen de contrôle du FRAPRU ou une demande d’emploi à la Direction de la Planification du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.
    Je vous suggère une réflexion en groupe sur les béquilles et l’art religieux de Sainte-Anne-de-Beaupré.
    Ou mieux encore, une relecture du chef-d’oeuvre de Simmel, Le Pauvre.
    Je le cite: «Est pauvre celui dont les moyens ne suffisent pas aux fins qu’il poursuit».
    Et cela vaut pour les idées.
    mh

  4. « Sélectionner des options ou des actions qui favorisent le vivre-ensemble » (PDF)

    Vivre-ensemble –> collectivité, bien commun, « solidarité »…

    Juste avec ça, on dit à l’élève dans quel sens il doit aller.

  5. Je ne doute pas que la réforme demande beaucoup plus de travail pour les enseignants. Je peux imaginer également qu’un enseignant fera preuve d’honnêteté en respectant l’idéologie des élèves, du moment qu’elle est bien formulée.

    Mais voilà, en lisant attentivement la SAÉ, je ne peux m’empêcher de trouver, que par moments, la façon dont le sujet est traité est quelque peu biaisé, en faveur de l’assité social. Premièrement, pourquoi avoir voulu ironiser en titrant: les profiteurs?

    Et je ne suis pas d’accord avec l’affirmation suivante: il y aurait peu de fraudeurs PUISQU’on en dénombre que de 50 à 75 cas par année. Hum! Que fait-on des autres qui passent dans les mailles du filet?

    Un autre point qui m’agace énormément: comment les élèves peuvent-ils sérieusement être en mesure de répondre aux questions b) et c) quand on leur a retiré le seul cours d’économie au secondaire?

    Était-ce dans un désir de pallier à cette lacune qu’il y avait un volet à forte saveur économique dans cette SAÉ du cours ECR?

    Il faut avoir l’esprit légèrement tordu pour mettre des jeunes en face d’un tel dilemne : donner un montant d’argent décent à un assisté social en ne donnant pratiquemment aucune donnée sur les finances publiques (à part de dire qu’elles sont précaires).

  6. Qu’est-ce que c’est que ce « trouver parmi des solutions possibles celle qui favorisera le mieux le vivre ensemble. » ???

    C’est quoi cela pour un but ?

    Ça me semble idéologique, non ?

    Vous dites aussi

    «En éthique et culture religieuse, cela signifie que j’informe les élèves de l’existence de tous les choix possibles parmi, par exemple, des idéologies, et je leur demande de toutes les envisager dans le choix qu’il feront pour se faire leur propre opinion»

    TOUS LES CHOIX ?

    Je doute très fort que ce soit possible, vous mentionnez ensuite les religions.

    Si vous pouvez introduire vos élèves ne fût-ce qu’à ce que pensent les différents penseurs chrétiens de la pauvreté de manière complète et non caricaturale, chapeau !

    En une leçon (une SAÉ dans votre jargon), c’est IMPOSSIBLE. Alors a fortiori plusieurs religions y compris les spiritualités autochtones (objet de phantasme dans les manuels et cahiers ECR) et les systèmes politiques.

    Vous sélectionnez donc et de ce qu’on a vu, cela penche sévèrement d’un côté.

    Je veux aussi voir le type de dialogue qui peut s’en suivre en classe : faits tronqués, but collectiviste (« améliorez le vivre ensemble »)… C’est bien parti.

  7. On aurait pu aussi demander en quoi il est moral d’être obligé d’aider ceux qui peuvent travailler mais qui ne le font pas.

  8. Je serais curieux de savoir si l’athéisme est abordé sérieusement dans ce genre de cours. Si ce n’est le cas, on peut en déduire que la matière est incomplète et le but poursuivi biaisé.

  9. Gilles Laplante dit :
    6 mai 2010 à 22:32 | Répondre

    Je serais curieux de savoir si l’athéisme est abordé sérieusement dans ce genre de cours. Si ce n’est le cas, on peut en déduire que la matière est incomplète et le but poursuivi biaisé.

    Oui, mais un peu.

    De toute façon, ce genre de cours ne peut satisfaire tout le monde, c’est pourquoi il ne devrait pa sêtre obligatoire (enfin pour un libéral classique, engeance peu commune au Monopole de l’enseignement).

    Voir

    http://pouruneecolelibre.blogspot.com/2009/05/jacques-pettigrew-la-barre-ne-pas-faire.html

    (cherchez titre « Pas d’athéisme dans le programme « malheureusement », vraiment ? »)

    http://pouruneecolelibre.blogspot.com/2008/11/lathisme-bien-enseign-grce-certains.html

  10. @ Françoise D.
    Merci d’avoir éclairé ma lanterne. Reste à savoir si le professeur va aborder le sujet sérieusement.

  11. Gilles Laplante dit :
    7 mai 2010 à 20:13 | Répondre
    @ Françoise D.
    Merci d’avoir éclairé ma lanterne. Reste à savoir si le professeur va aborder le sujet sérieusement.

    Ça va dépendre et le MELS ne va jamais répondre clairement à ce genre de question car il sait qu’il ne peut que déplaire à l’un ou l’autre camp.

    D’ailleurs, c’est le MELS qui a lancé la rumeur comme quoi on ne parlait pas d’athéisme (voir un article dans le Devoir) quand les parents catholiques faisaient des marches.

    Il ne faut pas croire ce que le MELS dit.

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