Réduire une hausse, ça demeure une hausse.

Par Guillaume S. Leduc,

En réunissant ses ministres un dimanche matin à l’Assemblée Nationale, Jean Charest espérait probablement laisser l’impression que son gouvernement va livrer sa part du contrat dans le retour à l’équilibre budgétaire. Plusieurs observateurs ont soulevé le ridicule de cette opération de relations publiques. Mais vous savez quoi ? Ces observateurs ont tout de même mis le pied dans le piège tendu par Jean Charest. Voyons voir pourquoi.

Un événement aussi important que le dépôt d’un budget provincial s’accompagne toujours de lignes de presse écrites d’avance par les conseillers en communication du Premier ministre et planifiées de longue date avec le cabinet du Ministre des finances. Cette année, la ligne de presse à répéter était « Le gouvernement va faire 62% de l’effort pour retourner à l’équilibre budgétaire ». Une telle ligne vise à démontrer que le gouvernement va faire le ménage dans sa cours avant d’aller piger dans les poches des citoyens.

Les partis d’opposition, les journalistes et les citoyens ont tôt fait de remettre en question la capacité du gouvernement d’atteindre cet objectif. Après tout, cela fait 10 ans que le gouvernement rate ses objectifs de contrôle des dépenses et il n’a à peu près rien chiffré, comme nous l’a rappelé François Bonnardel. Pire encore, réunir les ministres dimanche pour regarder où le gouvernement pourrait couper démontre qu’il a déposé son budget sans avoir la moindre idée d’où il allait couper. Ces critiques sont nécessaires, mais elles passent à côté du vrai problème car elles prennent pour acquis que l’objectif de 62% de l’effort est acceptable. Or, il s’agît d’un objectif complètement inacceptable.

Le gouvernement a habilement réussi à nous faire croire que cet objectif s’attaque aux dépenses publiques. Vous pouvez le constater dans le titre de la nouvelle de Canoë rapportant la réunion de dimanche : « Réduction des dépenses : le gouvernement va agir, dit Charest ». Pourtant, il prévoit que les dépenses vont continuer à augmenter. Cet objectif ne constitue pas une réduction des dépenses, il constitue une réduction de la hausse des dépenses! L’évier est entrain de déborder, mais au lieu de fermer le robinet on l’a légèrement baissé. Les gens de Canoë – et bien d’autres journalistes – sont tombés dans le panneau. Réduire une hausse, ça demeure une hausse.

Les gens de Québécor sont tombés dans le piège de Jean Charest

Et le pire dans tout ça, c’est que cet objectif est basé sur des prévisions d’augmentation des dépenses de 4,8%, parce que c’est la moyenne d’augmentation des dépenses des dernières années. Accepter cet objectif de 62%, c’est donc affirmer que la croissance des dépenses des dernières années était justifiée. Pourtant, durant ces mêmes années le budget ne balançait absolument pas. Nos dépenses ont excédé nos revenus comme jamais auparavant et la dette a augmenté en flèche, si bien qu’on est maintenant le 5e état le plus endetté sur la planète. Comment peut-on alors accepter une croissance de 4,8% ?

Hier, le Ministre des finances a été confronté là-dessus par Jérôme Landry. À ma connaissance, c’est la seule fois que quelqu’un a eu le courage de lui demander pourquoi on ne réduit pas les dépenses plutôt que de réduire leur hausse. Il lui a demandé directement pourquoi on vise une augmentation de 3,2% ici alors qu’en Ontario on vise une diminution de 2,6% et au fédéral 1,3%. Savez-vous ce que Raymond Bachand a répondu ? Eh bien là, voulez-vous qu’on coupe dans le Carnaval et dans les grands feux Loto-Québec ? Pas question non plus de sabrer dans les garderies et dans le régime d’assurance parental. On veut maintenir les services, nous répète-t-il. Il est exactement là le problème. On n’a pas les moyens de maintenir tous nos services et ça il va falloir que la classe politique ait le courage de le dire.

Un autre exemple de la malhonnêteté de l’objectif du 62% est la nouvelle taxe santé, qui n’est pas calculée dans l’augmentation des dépenses. Évidemment, il s’agît d’un revenu supplémentaire qu’on va aller chercher dans vos poches (25$ cette année, 100$ l’an prochain et 200$ pour la suite). Mais qu’est-ce qu’on va faire avec cet argent ? On va la placer dans un fonds dédié au financement du système de santé. L’argent de ce fonds sera bien sur dépensé par la suite, mais le gouvernement ne l’a pas pris en compte quand il a établi son objectif de 62% de l’effort.

Depuis une semaine, la ligne de presse à changée. Désormais, on entend tous les ministres dire « Les gens sont sceptiques, mais on va atteindre notre objectif ». Même s’il s’agît d’un objectif inacceptable, si le gouvernement le rempli il va avoir réussi son coup. Il va pouvoir dire « on a livré la marchandise ». En politique, mieux vaut fixer les attentes à son égard que de les faire fixer par ses adversaires. Ça, le gouvernement Charest l’a bien compris et tout le monde semble être tombé dans le panneau. Tant et aussi longtemps que le débat va porter sur la capacité du gouvernement à atteindre l’objectif du 62%, Jean Charest va avoir réussi son plan. Par contre, si les journalistes et les partis d’opposition commençaient à démontrer le ridicule du 62%, les gens se rendraient compte que Jean Charest les prend pour des imbéciles, comme à son habitude.

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13 réflexions sur “Réduire une hausse, ça demeure une hausse.

  1. Vous avez raison, Charest prend les Québécois pour des imbéciles. Il va diminuer la croissance des dépenses, celles-ci vont quand même continuer d’augmenter. C’est indécent. Jean Charest est un menteur qui dépense et taxe plus vite que son ombre. Pour pouvoir stopper notre niveau d »endettement, il faut couper dans les services que l’on n’a pas les moyens de se payer : les CPE, l’assurance parentale, etc. Jean Charest méprise les Québécois, point à la ligne.

  2. Totalement d’accord, c’est vraiment dérangeant de penser que le gouvernements pense que nous sommes des niaiseux, naifs, imbéciles.

  3. Promettre de réduire l’augmentation des dépenses, c’est comme si un toxicomane vous promettait de ne pas augmenter sa consommation.

    C’est effectivement nous prendre pour des idiots.

  4. Ça me rappelle aussi quand le gouvernement nous répondait à l’Opposition officielle que la situation du Québec, lors de la crise économique, était moins mauvaise qu’ailleurs, que « ça allait moins mal » au Québec. Mais, la situation était mauvaise quand même !!!
    Beau travail Guillaume!

  5. Et dire que la présidente du conseil du trésor mme Gagnon-Tremblay, a Arcand dis réduire de 62% le budget de l état!

    • … elle le croit peut-être réellement!

      Les ministre(e)s a Charest sont choisi(e)s pour leur coté BCBG et leur rectitude politique orthodoxe… des perroquets. Ils n’ont d’utilité que de bien paraitre devant les caméras et les soirées mondaines.

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  7. Le gouvernement libéral de Jean Charest n’est pas intéressé à corriger la mauvaise situation économique du Québec. Le ministre Bachand nous l’a prouvé avec son dernier budget qui à toute fin pénalisera individuellement tous les québecois dans leur pouvoir d’achats. La faible équipe de Jean Charest est beaucoup plus intéressé à protéger les petits amis du parti libéral en se moquant totalement de la population. Quant au parti québecois, ça ne fonctionne pas car c’est un parti devenu vraiment une girouette. Ce parti est prêt à dire n’importe quoi au bon peuple pour prendre le pouvoir. Madame Marois n’est pas sérieuse dans sa prétention de travailler pour le bien collectif du Québec. Si l’ADQ peut se relever, c’est le seul parti qui peut offrir un espoir aux québecois qu’un jour, nous pourrons espérer avoir un meilleur sort.

  8. Très bonne analyse.
    En fait, on ne considérant pas la contribution santé dans le calcul, le gouvernement me fait penser à un vendeur de thermopompe.
    Un tel vendeur va surestimer ta consommation afin de faire miroiter des belles économies et conclure sa vente.
    Le gouvernement, lui, ne considère donc pas tous les montants des citoyens afin d’augmenter son pourcentage. Il joue vraiment avec les chiffres.
    En plus, la dette, elle, continue à augmenter. La situation de la Grèce nous attend…

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