Un pas timide dans la bonne direction

Par Ian Sénéchal,

Vous vous rappelez l’article que j’avais écrit pour dénoncer les campagnes publicitaires du gouvernement. On me rappelait que certaines pouvaient être utiles. Et bien, j’en ai trouvé une. Pour une des rares fois sur ce blogue, vous me verrez lever mon chapeau à un organisme gouvernemental aujourd’hui.

Voici le communiqué émis par l’Autorité des marchés financiers suite à leur campagne « Avant d’investir, investiguez ». On peut y lire entre autres :

Le site Web de l’Autorité devient également une référence de plus en plus consultée par les Québécois. Depuis novembre, plus de 110 000 consultations ont été effectuées au Registre des entreprises et personnes autorisées à exercer, une hausse de plus de 50 000 consultations pour la même période l’année précédente.

On ne saurait répéter l’importance de bien se renseigner avant de placer l’argent de notre dur labeur entre les mains d’un conseiller financier. La campagne publicitaire mettant en vedette Guy Mongrain semble avoir été très efficace. Évidemment, cette petite campagne publicitaire ne vient pas racheter toutes les gaffes commises par l’AMF dans le dossier Vincent Lacroix, mais cette fois, je suis capable de reconnaître leur réussite.

Par contre, combien de publicités stupides et insignifiantes vont être faites par notre bon gouvernement avant d’en voir une représenter un réel succès?

Un pas dans la bonne direction, mais un pas trop petit

À la page 4 de ce document, on peut lire que le gouvernement du Québec entend réduire son budget publicitaire, de formation et de déplacement de 25%. Intéressant. Il était temps.

Par contre, c’est nettement insuffisant. Je n’arrive pas à m’imaginer qu’ils n’auraient pas pu aller plus loin. Les québécois n’ont pas besoin de toutes ces publicités.

De plus, si on analyse le cas de la publicité citée plus haut, s’est-on demandé si l’industrie même de la finance ne tirait pas avantage de ce genre de campagne. Aurait-on pu faire la même campagne en partenariat avec les acteurs de l’industrie?

Bref, même si j’avoue que certaines publicités gouvernementales peuvent être parfois efficaces, je demeure persuadé que l’on pourrait couper encore d’avantage dans ces budgets. J’ai l’impression que la coupe de 25% n’est que cosmétique (pas surprenant de la part des libéraux). Se pourrait-il que plusieurs donateurs libéraux œuvrent dans cette industrie et que cela justifierait que le gouvernement ne coupe pas plus ses budgets?

De plus, pourquoi allume-t-on la lumière aujourd’hui, en 2010, alors que la récession a débuté en 2008. C’est une mesure tellement simple à appliquer pour réduire les dépenses qu’on n’a pas trouvé bon de le faire l’année où le gouvernement était le plus fauché? Combien de millions en moins sur la dette verrait-on aujourd’hui si ces budgets auraient été réduits il y a 10 ans, 15 ans?

Yoga et détente

Également, notons qu’il était assez ironique de lire que 300 fonctionnaires étaient en pleine journée de détente et de yoga le lendemain du budget alors que ces dépenses devaient être réduites de 25%. Se pourrait-il que les ministres libéraux soient bien impuissants devant la machine gouvernementale? Comment vont-ils faire pour réduire ces budgets, qui se répartissent entre plusieurs ministères? Vont-ils user de comptabilité créative ou ils vont vraiment couper? Pour ma part, je mise sur la première option. Les journalistes devront être vigilants l’an prochain.

Définitivement, on devrait payer quelques cours de yoga aux libéraux de Jean Charest. Ça leur raffermirait la colonne un peu, s’il leur en reste une.

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8 réflexions sur “Un pas timide dans la bonne direction

  1. Ian,

    Tu me permettras de ne pas être d’accord du tout avec l’utilité de la campagne publlicitaire de l’AMF. Quand on sait que cette campagne là a pour but de nous faire oublier le rôle pitoyable du gouvernement dans le scandale Norbourg, on doit dénoncer ce gaspillage de fonds publics. Le gouvernement dit aux petits-épargnants d’investiguer avant d’investir. Ce même gouvernement qui a trahi les petits-épargnants qui avaient justement investigué pour choisir de ne pas prendre de risques, d’accepter des rendements plus bas et de mettre leur actif dans des fonds d’obligations de la Caisse de dépôts et de placements du Québec. Ces fonds ont ensuite été vendus par le gouvernement du Québec à Vincent Lacroix, en contournant les règles de l’AMF. (voir mes textes de janvier dernier sur le sujet pour tous les détails).

    Quand je vois aujourd’hui cette campagne de pub, je ne peux que voir l’hypocritie d’un gouvernement et d’une bureaucratie qui tente de se couvrir les fesses.

    Éric

    • C’est probablement le but en effet. Par contre, tu remarqueras que j’avais plugué ta série de texte sur Norbourg, justement pour ne pas que les gens oublient les niaiseries faites pas cet organisme dans ce dossier.

      Personnellement, je pense que même si les gens auraient « investigué » dans le cas de Norbourg, ils se seraient fait avoir quand même.

      Ce n’est pas le cas par contre dans le cas de Earl Jones. Je crois que la campagne vise justement à inciter les gens à éviter ce genre d’arnaques.

      Comme je disais par contre, la même campagne aurait pu être organisée par un regroupement quelconque de conseillers financiers. Je suis d’accord avec toi qu’on n’était pas obligé de mettre des fonds publics là-dedans.

      Mais une fois cela fait, force est de constater, que pour une rare fois dans une campagne publicitaire gouvernementale, elle a fonctionné.

  2. Pour ma part, je ne vois pas ces pubs gouvernementales comme une bonne chose.

    Est-ce que nos ancêtres avaient besoin de se faire dire de ne pas croire le premier arnaqueur qu’ils croisaient ?

    L’état-providence a remplacé la sagesse et la simplicité de nos ancêtres. Aujourd’hui tout est complexifié par la présence de GROS ‘zétat’.

    Cela nous infantilisent tous, d’où le besoin de nouvelles interventions de l’État-nounou pour nous dire de bien manger, de bien s’occuper de nos enfants, de ne pas donner notre argent à des arnaqueurs, etc.

    Pourquoi ne pas demander que l’état sorte de nos vies complétement ? Pourquoi ne pas apprendre à gérer SOI-MÊME son argent. Pourquoi ne pas élever NOS propres enfants. Est-ce que cela demande beaucoup de temps pour comprendre comment bien investir? Est-ce que cela prends un bacc en pédagogie pour élever nos enfants? Etc.

    Pourquoi toujours essayer de corriger des problèmes qui proviennent -justement- de d’autres interventions étatiques ? Travailler sur les symptômes, ne règle pas le problème de fond, selon moi.

    Fin du sermon sur la montagne.
    ;-)

      • @ waried:

        Nous sommes d’accords sur le fond, sur les principes, mais certains détails nous ‘divisent’, mais ce n’est pas grave.

        Selon moi, il y a UNE réalité pour chaque chose, et c’est notre manque de connaissances, notre subjectivité, nos égos, etc, qui nous empêchent tous, de voir CETTE réalité.

        Je sais que par rapport à mon texte sur les taux des cartes de crédits, vous n’êtes pas d’accord avec mon analyse…
        Par contre, je suis certain qu’après une bonne discussion, on finirait par voir la même chose. Je ne dis pas que j’ai raison et vous tort, mais à date, personne a réussi à contredire cette analyse.

        ;-)

  3. Je crois que la campagne est une bonne chose, mais qu’elle n’excuse en rien les magouilles avec Vincent Lacroix qui encore une fois reste opaque a toute enquete publique, independante et transparente et qui, pue la corruption.

    En fait est=ce qu’on a fait toute la lumiere sur les pertes de la CDP?…
    Qui s’est departi des papier commerciaux en les vendant a la CDP? Car si on c’est fait passer un Sapin alors qu’ils y avait des signaux d’alarme quelqu’un avait un sapin ou une patate chaude a nous refiler. Le minimum que l’on devrait faire est de s’assuer que les gestionnaires qui sont responsable de l’achat de PCAA n’aie pas ete engagés par la suite ou gratifié par les compagnies qui s’en sont debarasés ou en ont profités?

  4. Tous les « jeunes » en bas de 45 ans devrait lire ceci:

    L’incidence du taux de cotisation du RRQ

    Il n’est pas anodin de rappeler que depuis la mise en place du Régime de Rentes du Québec, le taux de cotisation de ce régime RRQ a presque triplé.

    o De 1966 à 1986 : le taux est stable à 3,6 % réparti entre les employés (1,8 %) et l’employeur (1,8 %).

    o De 1987 à 1996 : une hausse annuelle de 0,2 %. Le taux passe de 3,8 % à 5,6 %.

    o Pour 1997 : le taux atteint déjà 6,0 %.

    o De 1998 à 2002 : il augmente de 6,4 % à 9,4 %.

    o De 2003 à 2010 : il atteint un sommet à 9,9 %, toujours réparti entre les employés (4,75 %) et l’employeur (4,75 %).

    o Le taux devrait augmenter à nouveau en raison notamment des mauvais rendements de 2008.

    En plus du rehaussement du taux de cotisation, le « maximum des gains admissibles » (MGA) est passé de 5 000 $ en 1966 à 47 200 $ en 2010, soit presque 10 fois plus.

    Il est facile de tirer des conclusions sur le poids relatif de ces changements sur la paie nette des participants actifs et sur le transfert intergénérationnel plus important au détriment des cohortes de cotisants d’aujourd’hui et de demain.

  5. Pingback: Maudites pubs! « Les analystes

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