Un système de ristournes ?

Par Guillaume S. Leduc,

Le refus du gouvernement Charest d’entendre Marc Bellemare dans le cadre d’une commission parlementaire soulève de nombreuses questions. Plusieurs personnes soulèvent l’hypothèse que l’ancien Procureur général du Québec bluffe, qu’il n’a rien à dire et qu’il fait ce cirque afin de satisfaire son manque d’attention et de se venger de Jean Charest pour l’histoire du no-fault. Or, si c’était le cas, pourquoi est-ce que Jean Charest l’a empêché de parler ?

En l’absence d’immunité parlementaire, M. Bellemare n’a pas pu dire grand chose jusqu’à maintenant. Il s’en tient à dire qu’il a des preuves que la FTQ et le milieu de la construction ont une très grande influence sur Jean Charest et qu’il sait des choses qui pourraient mettre le PLQ dans l’embarras concernant leurs méthodes de financement. Des choses « assez grossières et assez percutantes » qui l’ont poussé, à l’époque, à aborder le sujet directement avec le Premier ministre.

Dans les derniers mois, on a assisté à différents épisodes aux odeurs de corruption dans le financement du PLQ. Mais l’affaire Bellemare, dont on ne connait encore presque rien, amène la chose encore plus loin : il ne s’agirait pas d’épisodes isolés, mais bien d’un système de ristournes organisé au sein du Parti Libéral depuis plusieurs années. Juste en 2009, ce parti a amassé 9 millions de dollars. On a récemment appris que tous les ministres doivent récolter 100 000$ par année et trois de ces ministres ont affirmé bêtement que les entreprises avaient le droit de cotiser aux partis politiques.

Stéphane Gendron, le maire de Huntingdon, y est allé d’une attaque cinglante contre le gouvernement dans le Show du matin à V Télé cette semaine. Il affirme qu’il y aurait un système de ristourne qui prendrait racine à Laval-des-Rapides. Intéressant, car la ville de Laval et le maire Gilles Vaillancourt ont récemment été ciblés par l’émission Enquête concernant leurs étrange proximité avec les firmes de génie conseil.

J’ai fouillé un peu de vieux articles de presse pour voir si on avait déjà assisté à quelque chose de similaire au Québec. Et je suis tombé sur quelque chose de vachement intéressant. Je suis désolé de ne pas les mettre en ligne, mais le moteur de recherche Eureka dit que c’est illégal de rendre public les articles qu’on consulte.

Attention, il se peut que vous aillez une impression de déjà vu.

En 1994, un petit scandale éclate dans le milieu de l’industrie du verre. Le comité paritaire du verre plat, qui regroupe quelques entrepreneurs et quelques syndiqués, dilapide les cotisations de ses membres. Le Directeur général du comité, Daniel Poisson, se l’est coulée douce avec l’argent de ses membres :

Sogir, la firme de M. Poisson, s’est fait payer des honoraires de 11600$ en 1991 pour un travail qui avait déjà été réalisé et payé à la firme d’avocats Martineau Walkers. Mais il y a plus, les cotisations des employés et employeurs du verre plat ont servi à défrayer trois voyages de chasse pour une demi-douzaine de personnes à l’île d’Anticosti, des excursions qui coûtaient chacune entre 10000$ et 15000$. Le comité a même payé 1500$ à un employé de Sogir pour l’organisation de l’une de ces excursions. Le comité a payé de la même façon environ 20000$ pour la présence de quatre représentants pour un voyage en Asie.

À l’époque, on a rapidement mis le comité sous tutelle. Aujourd’hui, le Premier ministre n’a même pas levé le ton contre la FTQ-Construction, dans un scandale qui semble être un copié-collé de celui du verre plat.

Mais ce n’est pas tout. Un mois plus tard, on apprend que neuf dirigeants du comité paritaire du verre plat, dont Daniel Poisson, ont versé des cotisations illégales au Parti Libéral du Québec. Le montant a été estimé à 80 000$ et proviendrait à même des cotisations des 5000 membres du comité. Le DGE a poursuivi les neufs dirigeants, mais le PLQ a finalement été autorisé à conserver l’argent illégal.

Parmi les activités de financement illégal auxquelles ils ont participé, il y a notamment le remboursement de frais à des réceptions organisées par le PLQ, notamment une de l’association libérale de… Gérald Tremblay.

Et parmi les gens qui gravitaient autour de ce scandale, il y avait Eddy Brandone. Ce nom vous dit-il quelque chose ?

Sur cette photo tirée de l’édition du 20 novembre 2008 de l’hebdomadaire The Suburban, on voit l’actuel ministre de la Famille, Tony Tomassi, tenant familièrement par la taille Lisa Accurso, fille de l’homme d’affaires Tony Accurso. On note également la présence de Monique Jérôme-Forget, à l’époque présidente du Conseil du Trésor et ministre des Finances. À l’extrême gauche, Sandra et Edward Brandone, alors secrétaire-trésorier de la FTQ-Construction. Source : RueFrontenac.com

Eddy Brandone, en plus d’être proche des libéraux, est proche d’un certain Beryl Wajsman, banni à vie du Parti Libéral du Canada après le scandale des commandites. Il faisait partie de son équipe pour la mairie lors des dernières élections municipales et a travaillé avec lui dans le passé dans le domaine de la construction.

Eddy Brandone est l’ancien secrétaire trésorier de la FTQ-Construction. C’est lui qui était supposé étamper les chèques de dépense de Jocelyn Dupuis, qui a été arrêté la semaine dernière. À l’émission Enquête, on a appris cet automne  que «Jean Lavallée et Eddy Brandone (les anciens président et secrétaire trésorier) avaient une étampe au bureau de la FTQ-Construction. Ils n’étampaient même pas les factures. Ils laissaient les gens à la FTQ approuver leurs propres chèques.»

Eh bien, en 1994, il avait exactement le même rôle avec Daniel Poisson, dans un scandale totalement similaire. Sauf que Brandone n’a jamais été accusé de rien. Il ne faisait que répondre aux ordres de son supérieur, semble-t-il.

Cet exemple est lourd de sens. Déjà en 1994, il y avait du trafic d’influence dans le monde de la construction pour augmenter les cotisations au PLQ. Le scandale de la FTQ-Construction n’a pas révélé de liens avec le financement du PLQ. Mais dans les deux cas, plusieurs acteurs impliqués semblent graviter autour de ce parti. Ce qui est inquiétant dans tout ça, c’est la continuité dans le temps de cette proximité.

Y a-t-il un système de ristournes au sein du Parti Libéral du Québec ?

Si cela s’avérait être le cas, ce pourrait être le plus gros scandale politique de l’histoire moderne du Québec.

Et quand on constate que les libéraux font tout pour que les gens ne parlent pas, comme dans l’affaire Bellemare, cette thèse semble de plus en plus probable.

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7 réflexions sur “Un système de ristournes ?

  1. Wow, une très belle recherche!
    C’est vraiment… troublant comme similitude.

  2. Il faut prouver ces allégations…et si vrai, botter le derrière de Charest.

    On mentionne Normandeau ou Beauchamp pour remplacer Charest… comme toujours quand la job est impossible, il n’y a pas un homme qui voudrait rebatir la maison qui a passée à travers un 9.1 seisme.

  3. Absolument incroyable!!!! Le scandale de la FTQ-Construction et de la collusion dans l’industrie de la construction, les appels d’offre et le financement des partis politiques sera le scandale des commandites de John-James Charest!!!!

    Décidemment, Parti libéral du Québec = corruption!!!!!

  4. Pingback: Rigolons un peu « Les analystes

  5. En raison de la culture de corruption dans laquelle évolue semble-t-il très à l’aise JJ Charest et sa gang de kleptomanes, le PM aura au moins réussi à faire l’unanimité autour de son personnage de Maître Menteur. Une large majorité des citoyens du Québec sont maintenant pressés de lui montrer la porte. Mais avant, il devra répondre de ses malversations et quitter sans délai sinon le peuple va se mobiliser et lui botter le derrière.

    La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, pas celui des escrocs de grands chemins qui gravitent autour de la nébuleuse libérale. Le scandale des commandites ne leur a rien appris au sujet de la bonne gouvernance tant le pillage du trésor public est profondément ancré dans les mœurs. Son dernier budget est un outrage à la nation. Après nous avoir littéralement volé pendant 7 ans, JJ Charest a le culot de demander au peuple de payer les pots cassés qui sont malheureusement vides et d’alléger le fardeau fiscal des société, en éliminant la taxe sur le capital par exemple.

    On pourrait s’inspirer de la situation de rue de la Thaïlande. Le peuple donne son sang que les manifestants utilisent ensuite pour maculer la chic résidence de Westmount du PM en disgrâce. Il faut être créatif avec ces gens car ils semblent bien avoir perdu tout contact avec la réalité tant est grande leur cupidité.

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