UN GRAND MÉNAGE S’IMPOSE À LA FTQ

Par Éric Duhaime,

Ce texte est paru dans le Journal de Montréal le 16 mars 2010 en page 24,

Il y a près d’un an que le sujet de corruption et collusion dans l’industrie de la construction défraye presque quotidiennement les manchettes. Ce sont les liens entre l’ex-directeur-général de la FTQ-construction et le monde interlope qui ont d’abord attiré l’attention. Par la suite, d’autres enquêtes médiatiques révélaient des pratiques de collusion pour la construction et la réparation des routes, de même que l’implication de motards pour intimider la concurrence, sans oublier les enveloppes brunes distribuées à certains politiciens et bureaucrates.

Aujourd’hui, la fraude, les fausses factures, les travaux « gratuits » de 12,000$ au chalet d’un leader syndical, l’intimidation sur les chantiers de la Côte-Nord, le trafic de drogue par des chefs syndicaux, la menace et la discrimination, le chantage, le taxage, le tordage de bras et le cassage de jambes continuent d’être révélés au grand jour.

Plusieurs se demandent aujourd’hui si cette corruption syndicaleuse n’expliquerait pas en grande partie le fait qu’il en coûte entre 30 et 40% plus cher de construire des routes au Québec qu’en Ontario.

Rappelons qu’il y a 36 ans, l’industrie québécoise de la construction traversait une crise similaire. En mars 1974, les gros-bras de la FTQ-construction saccageaient le chantier de LG-2 à la Baie-James, causant pour 33 millions $ en dommage. Le gouvernement de l’époque procéda à la mise sur pied d’une commission d’enquête, la commission Cliche, pour nettoyer les écuries syndicales de la construction. Quatre syndicats affiliés à  la FTQ seront trouvés coupables d’actes criminels et placés sous tutelle.

À la lumière de l’actualité des derniers mois, force est de constater que le grand ménage n’a jamais eu lieu pour apporter transparence et démocratie à la FTQ-construction, ni pour donner la liberté aux travailleurs de cette industrie de ne pas adhérer à un syndicat.

Le modèle syndical de cette industrie au Québec est unique. On empêche tous les travailleurs qui ne paient pas des cotisations syndicales de travailleurs sur un chantier. Les syndicats ont le monopole des forces de travail. Ils contrôlent l’offre de main-d’œuvre, en plus de décider qui travaille où, quand et à quelle condition.

Ce système qui prive les travailleurs de leur droit à la liberté d’association pourrait expliquer pourquoi la corruption s’incruste chez-nous. Les noms des dirigeants syndicaux changent mais les accusations à leur endroit restent les mêmes.

MODERNISER LES LOIS

S’il continue de s’entêter à  ne pas mettre sur pied une commission d’enquête, le gouvernement Charest doit minimalement moderniser ses lois du travail, en réclamant transparence et imputabilité de la part des syndicats.

Au Québec, les syndicats décident librement quels détails financiers ils divulguent à leurs membres. N’importe quelle entreprise privée cotée en bourse – souvent avec un chiffre d’affaires bien moindre que celui des grandes centrales – doit fournir une ventilation de ses dépenses beaucoup plus complète et transparente, en plus de rendre des comptes publics.


Aux États-Unis, les syndicats sont contraints d’ouvrir leurs livres et de révéler de l’information interne sur 47 aspects financiers et 21 aspects non financiers. Ils ont l’obligation de dissocier les dépenses de représentation de celles liées à l’activisme politique. De plus, rappelons que nos voisins du Sud n’obligent personne à adhérer à un syndicat pour travailler.


Jean Charest doit aujourd’hui se soucier du bien-être des travailleurs plutôt que de celui des dirigeants syndicaux et avoir le courage de redonner aux travailleurs de la construction leur liberté d’association, comme le garantit l’article 2d de la Constitution canadienne, tout en obligeant les syndicats à une plus grande transparence financière. Un grand ménage du printemps s’impose!

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7 réflexions sur “UN GRAND MÉNAGE S’IMPOSE À LA FTQ

  1. Très clair…c’est sûre que ça sent le fumier! Il faut voir le fond de cette histoire AQP.

  2. Jamais, au grand jamais, le gouvernement actuel ne fera le grand ménage! Il ne faut pas compter sur lui. Avons-nous une autre option, mise à part celle d’élire un autre gouvernement la prochaine fois ?

  3. Le gouvernement compte dans ses rangs un ancien président de la FTQ-Construction: Raymond Bachand.

    Ça explique bien des choses dans l’attitude du PLQ, à mon avis.

    • Oh non! Bachand = FTQ! Charest l’a choisi!!!…ah là! en plus de sentir le fumier on sent du moisi pourrit aussi!

  4. Et en plus, disons-le, les politiciens québécois sont des peureux, ce sont de petits bourgeois moumounisés… c’est pas avec ca qu’on va faire régner l’ordre.

  5. Oui, mais une commission d’enquete Independante, Publique et Transparente s’impose, car si il y a effectivement un menage a faire cote FTQ-construction, il faut faire un vrai menage et faire la lumiere sur;
    – le financement des partis politique,
    – les entrepreneurs mafieux(collusion, corruption)
    -le patronage du Parti Liberal(garderie prive, ppp avec les amis du parti, speculation, etc)
    – la politique municipale corrompue et les fonctionnaires corrompus (contrats)

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