La grande mascarade

Par Guillaume S. Leduc,
 
Préparez-vous. Tout au long de la fin de semaine et même au début de la semaine prochaine, vous allez entendre divers commentateurs politiques affirmer que le Parti Québécois vient de faire un pas historique vers un programme plus lucide. Je vous prédit d’avance que les Michel David et Jean-François Lisée de ce monde seront partout dès dimanche pour essayer de vous faire avaler ça. Mais qu’en est-il vraiment de ce Colloque sur la création de la richesse ?
 
Les ténors péquistes ont commencé à nous le répéter depuis environ deux mois. Cette fin de semaine, le PQ va enfin respecter l’engagement de Pauline de renouveler la social-démocratie. L’objectif de cette stratégie est gros comme le bras : séduire les lucides déçus, qui trouvent légitimement que le PQ doit être plus ouvert aux idéaux de centre-droite, dans un contexte financier qui ne donne plus le choix aux Québécois.
Tous doivent espérer que le SPQ-Libre ne fasse pas trop de dégâts en fin de semaine.
Le problème, comme je vous l’ai expliqué il y a quelques jours, c’est que le double-discours de Pauline laisse transparaître son jupon à gauche. Alors que ses conseillers ont tout mis en oeuvre pour réaliser cette stratégie, Pauline a imposé la candidature d’une ancienne dirigeante du SPQ-Libre dans la partielle de Vachon, renouant ainsi avec l’aile gauche radicale du parti avec qui elle avait conclu une entente secrète lors de la course à la chefferie du PQ en 2005.
 
Quand on prend la peine de regarder le document qui sera présenté aux militants péquistes ce week-end, on comprend également que Pauline n’en est pas rendue là. Le colloque du Parti Québécois sur la création de la richesse n’est qu’une grande mascarade péquiste, en parfaite continuité avec le double discours de Pauline envers ses militants depuis le début.
 
On clignote à droite, mais on vire à gauche.
 
Pauline Marois et Marc Laviolette, du SPQ-Libre
 Pauline Marois et Marc Laviolette, du SPQ-Libre
 
Un interventionnisme dangereux
 
Je ne suis pas de ceux qui sont allergiques au mot interventionnisme. Je crois fortement au pragmatisme politique et je crois qu’il faut savoir faire la part des choses à certains moments. Mais quand on propose que l’État dicte aux banques à qui prêter de l’argent ou encore de faciliter l’accès à la propriété aux jeunes familles, on joue littéralement avec le feu. La crise financière a été causée en partie parce que les banques ont été incitées à prêter de l’argent à des familles qui n’avaient pas les moyens de se payer une maison.
 
Je comprends que les jeunes familles ont besoin d’aide, mais l’acquisition d’une première propriété est quelque chose qui doit se faire à un moment de notre vie où l’on est confortable financièrement, au risque de démarrer sa vie familiale sous les dettes. Sans compté que l’État québécois n’a pas les moyens de se payer un programme social du genre. D’autant plus qu’ils proposent des déductions fiscales sur les intérêts hypothécaires et de relancer le programme de soutien aux coopératives d’habitation!
 
Le PQ s’interroge également sur la possibilité d’abolir la taxe de bienvenue. Alors là, je dit chapeau. J’ai moi-même milité pour que cette proposition soit intégrée au programme de l’aile jeunesse adéquiste et je compte continuer à travailler pour qu’elle le soit. Cependant, en abolissant cette taxe, on prive les municipalités d’une partie importante de leur budget. C’est pourquoi il faut compenser cette perte de revenu, selon moi, par un transfert de point(s) de TVQ aux villes. Le manque à gagner est ainsi réparti sur l’ensemble de la population et non uniquement sur les jeunes familles qui achètent une première maison.
 
Mais au lieu de ça, le PQ propose également de permettre aux retraités de retarder le paiement de leur impôts fonciers, ce qui amputerait davantage le revenu des villes. Comment justifier ça ? Le PQ affirme que ces impôts fonciers sont assurés par la succession. C’est donc les jeunes, encore une fois, qui sont menacés par de telles mesures.
 
Autres mesures interventionnistes aveugles : favoriser l’obtention de contrats gouvernementaux par des entreprises d’économie sociale, favoriser les investissements publics et privés dans ces entreprises, adopter une charte du bois qui permettrait entre autres d’obliger une utilisation minimum de bois dans les infrastructures publiques, et la cerise sur le sundaie : Revoir la mission de la Caisse de dépôt et placements pour augmenter son intervention dans l’économie québécoise et créer un organisme similaire au bureau de l’investissement et de la prospérité qui a fait le malheur de l’ADQ en 2008.
 
On veut également exiger un plan de contribution à la croissance économique du Québec aux sociétés d’État. Pourquoi ne pas exiger, plutôt, un plan d’action qui garantira le meilleur retour sur l’investissement ?
 
Par ailleurs, on propose d’augmenter l’aide aux entreprises, via des incitatifs fiscaux. Le Québec dépense déjà plus en subventions aux entreprises que toutes les autres provinces réunies.
 
Toutes ces mesures risquent d’entraîner des dépenses supplémentaires aux allures protectionnistes sans aucune garantie du bénéfice à long terme que cela créera pour les travailleurs québécois.
 
 
Ils se demandent aussi s’ils doivent prioriser l’investissement en R&D et en innovation dans des domaines jugés stratégiques pour l’économie du Québec, quitte à laisser de côté des secteurs jugés moins rentables ou
vaut-il mieux adopter des politiques générales. Il me semble que la réponse à cette question viendrait naturellement si le PQ avait véritablement fait le pas vers la lucidité comme le disent certains observateurs!
 
En éducation : pas un mot sur les frais de scolarité, une dépense folle. Plutôt, on propose de créer des passerelles entre le secondaire et le cégep. Si on en vient à ça, il faut carrément remettre en question la pertinence d’avoir des cégeps encore aujourd’hui.
 
Le prix de la proposition la plus folle : Rémunérer l’obtention du diplôme d’études secondaires et légiférer pour encadrer le travail des étudiants.
 
Création de richesse, vous dîtes ?
 
Ce Colloque semble donc davantage axé sur une augmentation des dépenses de l’État qu’à la création de la richesse. On propose de créer des structures, de créer des programmes et des incitatifs qui, hypothétiquement, permettrait de créer de la richesse. Le problème avec ces propositions, c’est qu’elles ne sont absolument pas viables à long terme. Dans un contexte d’endettement publique, il faut agir dans le court et le long terme.
 
À court terme, il faut arrêter de dépenser outrageusement. Et ça passe nécessairement par des coupures. Le PQ ne propose rien à ce propos. À long terme, il faut créer de la richesse, oui, mais pas avec des mesures protectionnistes qui risquent de nous embarquer dans des gouffres financiers comme on a vu si souvent dans le passé.
 
Aucune proposition non plus pour revoir le syndicalisme, mais ça c’était à prévoir étant donné la proximité historique de ce parti avec les syndicats. Pourtant, il y a là matière à sauver énormément d’argent…
 
Bon, il y a quelques mesures intéressantes quand même.
 
Abolition du fonds des générations pour rembourser la dette directement. Ils s’ouvrent enfin les yeux sur une réclamation que fait l’ADQ depuis 4 ans.
 
Compléter l’exploration gazière et pétrolière de Old Harry dans le Saint-Laurent. GO GO GO !! Mais le PQ ne donne pas de date de début de l’exploitation du gisement en raison des études de faisabilité environnementale (présentement ça nous mène quelque part dans les années 2020, alors que le prix du baril risque d’être beaucoup plus bas que ce sur quoi leurs prévisions sont basées).
 
Par ailleurs, le PQ propose également d’avoir les pleins pouvoirs en matière d’assurance-emploi et de recherche et développement. Encore une fois merci à l’ADQ pour ces  idées. Ce sont deux secteurs où les dédoublements bureaucratiques entre le fédéral et le provincial sont énormes et où tout indique que la gestion locale serait plus efficace que la gestion centralisée à Ottawa.
 
Bref, le PQ a décidé de faire un pas vers la création de la richesse, mais avec deux chaussures gauche dans les pieds. Ce parti est définitivement aux prises avec des bibittes internes dont il ne pourra pas se débarrasser de si tôt. À l’externe, il fait de bien beaux discours, mais sa véritable nature n’en demeure pas moins inchangée.
 
Pour conclure, je dirais que le double discours de Pauline Marois me fait étrangement penser à celui de Mario Dumont en 2008. La chef du PQ devrait se le tenir pour dit : ce n’est pas une recette gagnante que de dire une chose et faire son contraire. Elle devrait mettre cartes sur table immédiatement. Pour ce faire, elle a deux choix :
 
1) Mettre le SPQ-Libre dehors et adopter des propositions véritablement lucides.
 
2) Mettre les lucides dehors ainsi que le peu d’idées qu’ils ont réussi à faire passer au PQ.
 
Il n’y a pas de troisième choix, Pauline.
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12 réflexions sur “La grande mascarade

  1. Il n’y a rien a faire avec le PQ. Ce parti souffre d’un cancer généralisé et en phase terminale de syndicalite. Les syndicats ont fait main basse sur ce parti et ne le lâcheront pas… c’est leur pied dans la porte du contrôle du gouvernement.

    Pour ce qui est de ce que je veux, moi, c’est que le gouvernement sacre son camp en dehors de ma vie. J’en ai MARRE d’eux!

  2. Ouin l’accompagnement des individus vers la richesse multiplie encore les interventions étatiques.

    La deuxième question est farfelue. Comment un gouvernement qui a acquis sa souveraineté peut discuter partage des dépenses d’éducation sur son territoire avec le fédéral qu’il vient de se séparer…

    Enfin, on parle d’étendre la période de remboursement de la dette des étudiants universitaires pourles prêts pas de la hausse des frais de scolarité pour s,aligner avec ailleurs…

    Ce document est un leurre…

  3. Il y a vraiment un malaise au niveau des partis politique au Québec,le parti Libéral se tourne les pouces et est corrompu jusqu a sa base le PQ n a d autres intérêts que les centrales syndicales,l ADQ est moribon il ne reste que QS qui a un programme intéressant alors je comprend les gens de ne plus aller voter ils sont désintéressé par la classe dirigante au Qc.Il faudrait qqun de nouveau avec des idées rafraîchissantes et qui écouterait et surtout metterai en application les recommandations du comité des lucides pkoi tjrs faire a sa tête…

  4. Le problème des lucides est qu’ils sont aussi étatistes. Au Québec, étant latin, on aime être a genoux devant l’autorité. On a remplacé l’Église Catholique par l’état.

    Je ne veux plus voir l’état intervenir dans ma vie… j’en ai marre… je ne le dirai jamais assez.

    Je ne vote plus, car ca ne donne rien. Voter, c’est légitimer leurs abus… ils vous disent qu’ils ont reçu un mandat, ce qui est complètement faux car ils ne déclarent pas leurs intentions durant les campagnes électorales.

  5. Pauline agit comme l’ensemble de ses congeneres. Croyant posseder la science infuse de la gestion du village, elle n’entend les autres que pour confirmer ce qu’elle pense et veut faire vraiment. Malheureusement, le village est beaucoup trop gros pour elle.

  6. Comment obtenir un silence complet durant La Grande Masquarade.

    Recette:

    Pauline demande à ses membres qu’ils lui apportent des solutions réalisables pour combler les $8.5 Milliards reçus du Canada…ceçi pour pouvoir commencer à se préparer tout de suite pour la journée victorieuse lorsque qu’ils accèderont à l’indépendance dans le futur, comme ils l’espèrent.

    Je guarantie qu’à ce point on entendrait une mouche voler pour que finallement elle tombe en s’étoufant de rire!

  7. Prédiction (loufoque) pour la prochaine élection:

    Les syndicats décident de s’affilier à un nouveau parti qui défend mieux leurs intérêts: le parti libéral.

    Et le PQ, en défendant la richesse et le développement économique, devient plus à droite que le parti libéral.

    Le monde à l’envers!

    Ça va nous prendre de bons analystes pour nous démêler. Vous allez avoir de l’ouvrage!

    • Effectivement, ce serait le monde à l’envers! Mais, christie que ce serait bandant! On aura maintenant la preuve que le PQ est le seul parti de changement qu’il nous reste au Québec.

  8. Laviolette et sa gang peuvent toujours aller nous nuire chez Culbec suicidaire, maintenant que leur p’tit club d’extrême-gauche n’aura plus le droit de cité au PQ. On n’a pas besoin de cette plaie ouverte qui fait la pluie et le beau temps lors des Conseils nationaux du parti pour rédiger le programme électoral, prendre le pouvoir, diriger le Québec et faire l’indépendance, parce que ce projet n’en est pas un de gauche ou de droite, mais bien de libération nationale!

    Madame Marois est en train de transformer le PQ en alternative crédible au gouvernement libéral pour les élections de 2012. Au lieu de choisir les privilégiés de la société, elle a choisi le monde ordinaire et ça confirme les soupçons que j’avais d’elle, depuis quelques mois: madame Marois devient de plus en plus lucide avec l’âge, mais, à chaque fois qu’elle laissait libre court à ce nouvel élan de lucidité qui l’anime, elle se faisait remettre publiquement à sa place (belle image d’unité!) par le p’tit club marxiste de Laviolette et de sa gang!

    Heureusement, ce ne sera plus le cas, maintenant! Bon, d’accord, il faudra que ce soit officialisé lors du Congrès qui aura lieu au printemps 2011, mais tout porte à croire que la décision est irrévocable!

    En 2008, j’ai voté PQ, mais c’était un vote stratégique, afin de m’assurer que les libéraux ne soient pas majoritaires, et c’était, aussi, un vote pour l’indépendance! Décidemment, si tout continue comme sur des roulettes, il est possible que, en 2012, je voterai réellement PQ par conviction, car il représentera (peut-être pas à 100%, mais, quand même, la politique étant l’art du compromis) mes valeurs!

    La prochaine étape devrait être le retour en force de l’aile droite du PQ qui a été bannit du PQ par Bernard Landry et par le SPQ-libre: Jacques Brassard, Joseph Facal, François Legault, Lucien Bouchard, etc.!

  9. @Joanne : Pas tout à fait. Elle a suivi le bout sur mettre le SPQ-Libre à la porte, mais pas sur le programme lucide! Le document du PQ est une vraie farce. Et la farce est encore plus grande quand on constate que de nombreux commentateurs y croient!

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