La grenouille et l’eau bouillante

Par Guillaume S. Leduc

Avez-vous déjà entendu parlé du phénomène de la grenouille et l’eau bouillante ? C’est tout simple. Placez une grenouille vivante dans une casserole d’eau bouillante et elle va sauter en dehors tellement vite que vous risquez de la recevoir dans la figure. Par contre, si vous la placez dans une casserole d’eau froide et que vous portez l’eau à ébullition progressivement, elle ne s’apercevra de rien et elle se laissera mourir.

Maintenant, remplacez la grenouille par la société québécoise et l’eau bouillante par l’appauvrissement collectif et vous assisterez au même phénomène. Notre appauvrissement s’accroît de manière progressive, si bien que personne ne s’en rend compte au quotidien. La très grande majorité d’entre nous préfère rester passif devant une telle situation.

Lorsque des gens meurent dans les listes d’attente, comme le triste cas que nous avons appris en fin de semaine, on est peinés, mais la vie continue : les enfants vont continuer d’aller à l’école, vous allez continuer à préparer votre retraite et à accumuler des points airmiles pour votre prochain voyage.

Lorsque vous apprenez que les routes que vous payez avec vos taxes et impôts coûtent 35% plus cher ici qu’ailleurs en raison de la collusion dans l’industrie de la construction, vous vous dites que ce sont tous des pourris ces entrepreneurs. Mais ce n’est pas si grave. La route va continuer à être là en fin de semaine pour aller rendre visite à vos parents l’autre bord de la 20.

On vous informe maintenant que la TVQ va augmenter de 2% dans les deux prochaines années : « Maudite marde, ça tu pas de bon sens ». Mais ça ne paraît pas tant que ça sur votre facture d’épicerie à la fin de la semaine. Vous allez continuer à manger convenablement tous les soirs en rentrant du boulot, juste avant d’écouter la partie de hockey entre amis.

Le budget 2010 du gouvernement provincial est déposé et à la télé, quelqu’un s’insurge que les intérêts sur la dette représentent désormais 10% des dépenses du gouvernement. « Ça se peut tu gérer son budget comme ça », vous dites-vous. Même si vous constatez à quel point la manière dont on gère vos taxes et impôts est absurde, vous continuez votre petite vie tranquille.

La raison pour laquelle nous acceptons tous ces petits cas qui démontrent l’appauvrissement collectif, c’est qu’ils ne viennent pas perturber notre quotidien. C’est malheureux, mais tout indique que cela va prendre un événement tragique d’envergure – quelque chose qui va perturber le quotidien des gens de manière assez forte – pour que nous réagissions collectivement. De quelle envergure ? Difficile à dire. Plus tragique que des gens qui meurent sur des listes d’attente ou que des viaducs qui nous tombent sur la tête, en tout cas.

Comme dans le cas de la grenouille, même si l’eau est de plus en plus chaude, on reste assis confortablement au fond de notre casserole.

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13 réflexions sur “La grenouille et l’eau bouillante

  1. J’Ai bien aimé cette quote dans le texte de Facal : « Mais il y aura toujours pire ailleurs pour nous consoler, et nous aurons du hockey et des humoristes pour nous distraire. »

    Bon texte Guillaume.

  2. Le sport et les humoristes sont en effet deux drogues très efficaces administrées à la grenouille québécoise pour l’engourdir puis l’anesthésier avant l’ébouillantage fatal. Mais il y d’autres drogues comme les téléromans, la loterie, et les loft story. Tant que le grenouille sera convaincue d’être née pour un p’tit pain et qu’elle n’a qu’à suivre les directives de la cuisinière qui contrôle le feu, on (la grenouille) est cuits. Si on laisse le gouvernemaman seul dans la cuisine avec le plein contrôle des « ronds du poêle », les frogs sont condamnées. Cette expression anglosaxone pour qualifier les Français qui découlait autrefois de l’appétit féroce des Français pour les cuisses de grenouilles, prend maintenat tout son sens par le sort qui attend la grenouille québécoise si elle demeure bêtement dans le chaudron sans réagir. Je propose à l’Académie française de changer l’expression « les carottes sont cuites » pour « les grenouilles sont cuites ».

  3. La grenouille a chaud, mais il reste à la faire sortir du chaudron. Ça prendrait quelque chose pour faire sortir le monde.
    La seule chose est que les professionnels de la manifestation, ne veulent surtout pas que ça change. Qu’est-ce qui fera sortir la grenouille de l’eau chaude?

  4. Il nous faut un clone Harper pour que le gouvernement se tienne debout et agisse. Si seulement nous avions pas autant de dissidence et de confusion avec les séparatistes qui nous empêche d’avancer. Un pas en avant, deux en arriere! Ah…les grenouilles! Bon texte. Continuez è écrire et redire et déplorer les agissements dd nos leaders des deux cotés avec des vérités claires.

  5. j’ai été conférencier invité à un colloque du mouvement Nouveau Québec samedi dernier à Québec. Le thème: l’avenir de la droite au Québec. Il n’y avait guère plus que 20 personnes…

    Les grenouilles sont cuites…

    • Je dois me confesser. Je devais y être, mais j’ai eu un empêchement. Par contre, ce colloque manquait de publicité…

    • J’aurais vraiment aimé y être, mais je l’ai appris vendredi et je ne suis pas de Québec… Mais ne croyez pas que personne ne s’y intéresse.

  6. Oh la la! Reynald, sommes nous une cause désesperée sans curiosité qui ne s’intéresse à aucun dialogue d’idées . Je crois que le mot « droite » fait peur aux gens qui pensent que les moins riches auront à souffrir pendant que les riches profitent d’eux. Il y a du travail à faire.

  7. Allô,

    Pour votre souvenir, en 2004, il y eut plus de 50000 personnes ordinaires, pas organisées, sans expérience, qui ont manifesté proprement et de manière civilisée, sans attendre quoi que ce soit en retour, pour défendre la liberté d’écouter librement leur station de radio et leurs animateurs de radio préférés.

    Ces 50000 individus existent encore, l’oubliez-vous ? Et ils venaient de la région immédiate de Québec en grande partie… Et, pour défendre leurs libertés, j’imagine qu’ils seraient encore plus nombreux à Québec, voire davantage ailleurs… J’y vois une prémisse de Tea Party…

    Toutefois, avant de retourner dans la rue réclamer notre dû à l’État qui prend de force notre revenu et qui engraisse ses commanditaires, il nous manque deux ingrédients.

    Il faut d’abord quelque chose ou quelqu’un pour incarner/fédérer la « colère » du peuple, le PATRIOTE. Ensuite, il faut une goutte d’eau faisant déborder le vase, la CAUSE.

    Nous avons maintes causes qui s’additionnent en permanence, mais il n’y a présentement personne pour fédérer le mouvement des non-élites.

    L’ADQ, en 2007, y est parvenu de belle façon. Toutefois, en reniant son caractère quelque peu « rebelle » et « non-élitiste », ce parti politique a subséquemment renié sa raison d’être, son mantra, et sa substance, s’est prostitué devant les lobbys et les nonnistes, expliquant sa défaite fulgurante de 2008 et, le reniant toujours, se condamnant à être réduit au silence en 2012.

    C’est à nous de répéter l’exploit, en ne répétant pas les mêmes erreurs…

    Nous le devons…

    T@sk

  8. Très bon texte M. S. Leduc. Les Québécois vont réagir quand il va être trop tard. Notre système de santé ne réussi plus à soigner tout le monde. Ça va être beau dans dix ans quand les baby-boomer vont avoir besoin de soins de santé. Il va y avoir beaucoup plus de personnes âgées qui ne pourront pas se faire soigner à cause de notre système de santé. Comme je l’ai dit dans mon blogue d’hier, notre système de santé est atteint d’une maladie incurable. Dans dix ans, notre système de santé n’existera plus, on va devoir aller se faire soigner aux États-Unis ou dans le reste du Canada. Les générations X et Y ont bel avenir.

    P.s : Le gouvernement devrait augmenter les impôts des baby-boomers seulement. Ce sont eux qui nous ont mis dans le trou. Alors, ce sont eux qui doivent payer et pas les générations X et Y. Voici une bonne politique intergénérationnelle.

  9. @Simon

    Heureux ceux qui se tiennent en bonne santé. Avec le problème de santé actuel, il y a plein de personnes qui continuent d’abuser du systeme. Une personne qui demande 3 prélevements de sang en deux mois, en cas ou…c’est abusif!

    Je crois qu’il faut responsabiliser les gens et que nous devons commencer a afficher les coûts de tout les soins soit par l’entremise des médias ou/et dans les cliniques et les bureaux de médecins. Les gens n’ont aucune idée des coûts et exgigent plein de tests de nos spécialistes au moindre petit bobo. Les médecins doivent s’intérroger car eux aussi abusent du systeme et souvent suggerent des rendez vous à tout les 6 mois ou trichent avec le gouvernement.

    Je suis sure qu’il y a plein d’autres solutions, mais éduquer les gens aiderait sûrement car la situation est plus urgente. Aussi, je dirais que $5 par visite serait raisonnable.

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