La retraite des fonctionnaires

Par Ian Sénéchal,

Le Journal de Québec fait la promotion aujourd’hui (lundi) du dossier qu’ils sortent demain concernant la retraite de nos fonctionnaires. Comme plusieurs le savent, ces derniers ont droit à un régime de retraite à prestations déterminées (PD) alors que la majorité des travailleurs du privé ont droit à un régime à cotisations déterminées (CD).

Ce dossier risque d’être extrêmement intéressant, du moins, ça l’est pour un analyste en actuariat! Pour bien des gens, la notion de PD par rapport à CD ne veut pas dire grand chose. Je vais tenter de vous l’expliquer le plus simplement possible.

Régime à cotisaitons déterminées (CD)

Dans un régime à CD, l’employeur s’engage à verser un montant X dans un fonds. C’est pour cela que l’on dit que la cotisation est déterminée.  Généralement, ce montant est l’équivalent des cotisations que l’employé verse lui-même dans le fonds de retraite, jusqu’à concurrence d’un montant Y. L’employé conserve le plein contrôle sur ses placements. Il peut adapter ceux-ci en fonction de son niveau de tolérance au risque. Par contre, il ne connaît pas la somme totale qu’il réussira à accumuler pour sa retraite. De plus, les décisions de placement à prendre peuvent être stressantes pour une personne ne possédant aucune expertise dans le domaine. Du côté de l’employeur, le plus grand avantage est la prévisibilité des coûts. En effet, chaque année, il sait combien d’argent il doit verser au fonds et son risque financier est moindre. Il n’a pas à subir les contrecoups d’une crise financière comme celle de 2008 sur son bilan financier, puisque c’est l’employé qui absorbe ce risque. Vous comprenez probablement pourquoi sont maintenant si populaires dans le secteur privé.

Régime à prestations déterminées (PD)

Dans un régime à PD, c’est l’employeur qui absorbe la plus grande part des risques. En effet, l’employé sait déjà quel montant (ou proportion de son salaire) il va recevoir à la retraite. C’est pour cela qu’on dit que la prestation est déterminée. Généralement, le régime classique veut que l’employé reçoive 2% de son salaire final (c’est un peu plus compliqué, mais je simplifie ici) par année de service. Vous travaillez 35 ans, on vous garantie donc 70% de votre salaire final. Les cotisations de l’employeur ne sont pas fixes, ni celles de l’employé. Elles sont déterminées par des actuaires spécialisés dans ce domaine (ce qui n’est pas mon cas) afin de bien capitaliser le régime.

Ces régimes sont très rigides, dans le sens que l’employé ne fait aucun choix quant à la façon dont l’argent est placé et qu’il ne peut pas disposer de son argent comme il l’entend s’il quitte son employeur. Ils sont également très complexes. Mais leur plus gros avantage est la sécurité offerte aux employés (à condition que le régime soit bien capitalisé). Ces régimes ont longtemps été offerts aux employés afin de les garder au sein d’une entreprise. Par contre, ils se sont avérés être très coûteux en temps de crise pour les employeurs.

En effet, en temps de surplus occasionnés par de bons rendements, les employés veulent des congés de primes, les employeurs s’offrent des congés de primes, les retraités veulent des indexations de rentes et les employés plus âgés veulent pouvoir prendre leur retraite plus tôt sans pénalité. Il y a alors de fortes négociations pour déterminer qu’est-ce que l’on fera avec les surplus. Par contre, en temps de crise, il n’y a qu’une seule avenue possible : l’employeur doit renflouer la caisse de retraite alors qu’il subit lui-même une baisse de revenus.

Vous comprenez maintenant pourquoi de moins en moins de compagnie offrent un régime à prestations déterminées à leurs employés. Je travaille d’ailleurs pour une des rares compagnie à encore offrir ce genre de régime. Bien que je suis persuadé que mon employeur soit bien intentionné (je ne vous mens pas ici), je serais très surpris que le régime à PD soit encore en vigueur dans 10 ans.

Régime gouvernemental

Les employés du gouvernement ont accès à un régime à prestations déterminées. Je suis persuadé que vous avez déjà devinez que la majorité des employés, si on leur donne le choix, choisirait le régime à prestations déterminées pour la sécurité qu’il offre.

Faut-il enlever ce régime de retraite aux employés de l’état? Je ne pense pas. Ce sont de bons régimes qui peuvent permettre à l’état de retenir les bons employés. Par contre, il aurait lieu de se questionner plus adéquatement sur le mode de rémunération de nos fonctionnaires et probablement également sur leur sécurité d’emploi infaillible. Le concept de rémunération globale devrait être mieux utilisé. Considérant la très grande sécurité offerte aux employés de l’état via ces régimes de retraite, peut-être serait-il normal qu’ils reçoivent un salaire moindre en comparaison des salaires reçus dans le secteur privé. Je lance l’idée comme ça, au risque de me faire tirer des roches! La sécurité à un prix et il faut maintenant en tenir compte. De ce côté, j’aime bien l’idée de geler les salaires le temps que le taux de rétention des employés du gouvernement diminue un peu (cela voudrait dire que les meilleurs employés atteindraient le point où ils sont indifférents entre le secteur privé et le secteur public).

J’ai bien hâte de voir ce dossier demain. Je pourrai probablement commenter plus en profondeur une fois qu’il sera publié.

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13 réflexions sur “La retraite des fonctionnaires

  1. On disait récemment, quoique je ne pourrais dire si la source était neutre, que la rémunération actuelle des fonctionnaires est inférieure mais l’écart est compensé par la sécurité d’emploi. Peut-être, je dis bien peut-être, cela est-il déjà considéré.

  2. J’ai bien aimer ton analyse. Je vais par contre apporter quelques points de mon expérience passé et actuel.

    Actuellement je suis un employé de l’état (fonctionnaire) et par le passé j’ai été dans des organisations para-gouvernementale, j’ai aussi été propriétaire d’entreprise et travailleur autonome. Donc je suis capable d’avoir une bonne vue d’ensemble des différents fonds de pensions offerts.

    Quand tu parles des risques qui sont tous absorbé par l’employeur je te fais remarquer que partout ou j’ai passé à chaque fois qu’il y a eu des surplus dans le fonds de pension c’est l’employeur qui a pris congé de cotisation. Et à deux reprises il m’est arrivé de devoir payer un pourcentage supplémentaire pendent un nombre X d’année pour combler un déficit. Ceci ne c’est pas passé dans le privé mais bien dans le publique.

    Pour ce qui est des salaires des fonctionnaires, il semble y avoir une très grande méconnaissance dans la population sur l’état de la chose. Vrai que nous avons la sécurité d’emplois mais pour ce qui est de la rémunération elle est très comparable au secteur publique et aussi comparable à toutes les autres provinces Canadienne.

    Prenons seulement le cas des infirmières et des enseignantes. Leur condition de travail n’ont rien d’extraordinaire comme traitement.

    Je travail dans un centre jeunesse. Mon salaire est selon le titre d’emplois que j’exerce entre 15,82$/heure et 18,02$/heure. C’est un salaire honnête pour le travail que je fais. Je suis chaque jour confronté à des agressions physiques. Je ne me plaint pas je fais des constatations. Il y a bien sûr les avantages sociaux qui s’y rattache mais je ne crois pas que mon salaire soit exagéré.

    À bon entendeur.

    • Effectivement, votre salaire ne me semble pas exagéré. Évidemment, la dangerosité dans la formation d’un front commun est justement que l’on met tout le monde dans le même panier, ce qui est une erreur monumentale.

      Malheureusement, je crois que vous portez, bien malgré vous, le poids des abus qui ont lieu, par exemple, dans les réseaux de garderies du Québec.

  3. La planification de la retraite devrait être une responsabilité personnelle, comme la planification d’un voyage ou la planification d’une carrière, etc. Un autre problème c’est qu’on a aucune forme d’opting out. Chacun devrait pouvoir sortir du régime à volonté et s’occuper de sa retraite lui-même. Ça éviterait la dérape de la RRQ, les pertes de la CDP et les problèmes de la mobilité des employés. Le salaire d’une personne devrait lui appartenir.

    • 1) Je comprends ton point de vue libertarien de la chose. Par contre, en général, les gens (le marché) souhaite que leur employeur (ici, l’état) offre un régime de retraite. C’est généralement quelque chose de beaucoup trop compliqué pour la majorité des gens. D’ailleurs, les entreprises offrant un bon régime de retraite ont généralement un bon taux de rétention de leurs employés.

      2) L’instauration d’une option dans un régime est toujours coûteux. Exemple, un employeur offre deux régimes équivalents (impossible en pratique, mais on suppose que ça l’est) en laissant le choix à leurs employés. Un PD et l’autre CD. Le coût total des deux régimes « équivalents » sera plus élevé que s’il offre seulement un des deux régimes. C’est ce qu’on appelle l’antisélection en assurance. L’employé utilise de l’information que lui seul connaît pour choisir le régime le plus avantageux pour lui. Si un employé est atteint d’une maladie chronique, son espérance de vie est réduite et il choisira le CD. Si par contre, il est en santé et ces deux parents sont âgées de 95 ans, ils choisira le PD.

      3) Il y a des avantages au régime à PD. C’est d’ailleurs pourquoi le marché des travailleurs les aiment tant. Un de ceux-ci est l’inclusion du principe d’assurance (contre la longévité) dans le paiement des prestations. Par exemple, certains retraités receveront moins d’argent que leurs cotisations puisqu’ils seront décédés trop tôt. D’autres en receveront plus puisqu’ils auront survécu plus longtemps que l’espérance.

      Le problème principal ici est la non-reconnaissance par les syndicats de la générosité de leur régime de retraite lorsqu’il se compare avec le privé pour négocier avec le gouvernement.

      • « D’ailleurs, les entreprises offrant un bon régime de retraite ont généralement un bon taux de rétention de leurs employés. »

        Oui. Bien sûr. Mais dans certaines situations, c’est une prison dorée: tu peux quitter ton employeur mais tu seras pénalisé pour ton fonds de pension.

        C’est un frein à la mobilité.

        • 100% d’accord que c’est un frein à la mobilité. Moi-même, je préfèrerais recevoir l’argent des cotisations et l’investir à mon goût.

          Par contre, tu devrais voir la face que font mes collègues quand je dis quelque chose du genre.

          Le régime de pensions est extrêmement apprécié dans la compagnie. C’est pourquoi je dis que « le marché » souhaite avoir ce genre de régime. Évidemment, ce ne sont pas tout le monde qui est d’accord, mais une très forte majorité l’est.

          L’investissement pour la retraite, c’est trop compliqué pour bien des gens. Quand l’employeur s’en occupe à notre place, c’est un excellent employeur! C’est comme ça qu’une majorité de personnes pensent.

  4. Voilà on ne peut revenir sur le passé mais en tirer des leçons pour l’avenir…

  5. Très bonnes explications Ian. Lorsque l’on considère les avantages sociaux des employés de l’État (comme le régime de retraite, les assurances, les heures travaillées), il n’y a pas de rattrapage. Ils sont en AVANCE sur le secteur privé de 3,6% selon une étude de l’ISQ de 2009. Et ce chiffre ne comprend pas une éventuelle « valeur » de la sécurité d’emploi.

  6. Le problème majeur de ce type de régime: On garantît des déboursés, mais le rendement n’est pas garanti pour subvenir à ces déboursés.

    Lors des 10 dernières années, le rendement moyen des caisses de retraite a été d’environ 4% (Bourse, Immobilier, Spéculation, etc.) alors que les hypothèses devraient être au minimum 7 % à 8 %. En d’autres termes, nos obligations ont augmenté de 130 %, tandis que nos rendements n’ont été que de 40 %, la différence va être payée par qui? Ce sont nous les contribuables du secteur privé et les futures générations.

    Même si vous aviez déboursé 8 % de votre salaire au long de votre carrière, il ne représente que le 1/3 ce que l’État doit débourser pour maintenir ce rendement garanti.

    Le passif au titre des régimes de retraite selon le gouvernement du Québec s’établissait à 64.4 milliards de dollars au 31 mars 2009, d’après le dernier rapport du vérificateur on était rendu à 69.1 milliards et plus de 13.4 milliards de pertes non encore comptabilisés, donc un total de 82.5 milliards d’obligations, une différence de 18.1 milliards de pertes en moins de 2 ans.

    Vous voyez le problème c’est un vrai gouffre financier, les entreprises privées se retirent de ces régimes à prestations déterminées, car il risque de faire faillite, les pays se retirent, car ils vont être incapable de soutenir une telle promesse au risque de se faire décotés.

    De plus, c’est une totale iniquité de distribution de richesse entre le secteur privé et le public, quant plus de la moitié des gens du privé risque d’être sous le seuil de la pauvreté à leurs retraites, de plus c’est le privé qui crée la richesse.

    Ma position est relativement simple conversion des régimes PD en CD, tel que d’autres pays ont déjà entamés.

    De plus, on est déjà en multiple déficit structurel pensez-vous qu’on va avoir les moyens de déboursés 82 Milliards pour des retraites dorés.

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