Quand le hasard frappe

Par Guillaume S. Leduc

Sylvie Roy y est allée de nouvelles révélations embarassantes pour le gouvernement hier concernant l’industrie de la construction. Cette fois-ci, ça concerne les petits contrats – ceux de moins de 25 000$ – qui seraient en fait des gros contrats qu’on aurait fractionnés. La raison estfort simple : en dessous de 25 000$, le gouvernement n’a pas besoin d’aller en appel d’offre; il est légalement autorisé à donner le contrat à n’importe quelle compagnie. Or, il y a de ces hasards dans la vie qui sont vraiment incroyables, comme vous allez voir.

C’était au printemps dernier. Le gouvernement autorise deux contrats concernant le tunnel Louis-H. Lafontaine.

15 avril 2008 : le gouvernement autorise un contrat de 23 500$ afin de relocaliser des câbles électriques dans les tours du tunnel Louis-H. Lafontaine.

16 mai 2008 : le gouvernement autorise un contrat de 23 500 $ afin de procéder à des travaux électriques divers dans les tours du tunnel Louis-H. Lafontaine

Les compagnies choisies, sans appel d’offre, afin de procéder à ces deux travaux sont Électricité Grimard et Grimard 2006 inc.

Qui est derrière le groupe Grimard ?

Gilbert Grimard.

Gilbert est Vice-président du PLQ. Chez lui, on est rouge. La question ne se pose même pas et ça fait des années que c’est comme ça.

D’ailleurs, entre 2000 et 2008, Gilbert et son frère Jacques, Président de la compagnie, ont personnellement donné 16 256$ au PLQ.

Gilbert est un vrai chum. Il n’hésite pas à défendre ses amis. En avril dernier, quand François Legault a accusé les libéraux de détourner l’argent des Fonds d’Intervention Économique Régionaux (FIER) vers Montréal, Gilbert est intervenu sur la place publique.

Wo menute, Legault.

Même si plus de la moitié de l’argent destinée au Saguenay s’est ramassée à Montréal, Gilbert n’a rien à se reprocher. Le FIER-Boréal, qu’il administre avec Pietro Perrino et Valier Boivin (d’autres amis du parti), respecte son mandat, disait-il.

Gilbert est aussi président de l’Association de la Construction du Québec.

L’automne dernier, Gilbert s’est prononcé contre la tenue d’une commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction.

Trop compliqué. Ça ralentirait tous les projets, disait-il.

Gilbert.

Un cas isolé ?

Sylvie Roy et son équipe de recherche ont recensé 132 cas de contrats « fractionnés » en petits contrats de moins de 25 000$, qui n’ont ainsi pas besoin de se retrouver en appel d’offre.

Sur les 34,5 millions que représentent les contrats de moins de 25 000$ en 2008-2009, 20,5 millions auraient été alloués à  des entreprises dont les dirigeants sont donateurs au Parti libéral.

Vraiment, quand le hasard frappe, il frappe fort.

Note : Mme Boulet, comme l’avait fait Mme Courchesne il y a quelques mois, a affirmé maladroitement que c’était légal que les entreprises fassent des dons aux partis politiques. Or, ça fait 30 ans que c’est illégal.

Julie Boulet semble mure pour prendre des vacances.

Peut-être qu’elle devrait partir en croisière.

Advertisements

11 réflexions sur “Quand le hasard frappe

  1. C’est ce qu’a fait Régis Labeaume avec le contrat de Clotaire Rapaille. Pourtant la loi est claire…

    Au niveau municipal les fonctionnaires font ça pour que les débats ne parviennent pas au niveau des politiciens. Ainsi le 250,000$ pour installer les panneaux de signalisation pour les changements de nom de 850 rues à été transféré à chaque arrondissement ce qui diviasait par huit l,opération et éviter d’aller à la table du Conseil de Ville. Dans certains arrondissements qui dépassaient le plafond on a donné des contrats à sous traitance en lot par quartier permettant un autre fractionnement.

  2. Voilà un sujet sur lequel tous les québécois – sauf ceux qui ont des intérêts dans le Parti Libéral du Québec – se rejoignent. Bon billet, bien présenté.

    Dommage que les partis d’opposition ne soient pas capables de travailler ensemble sur ce dossier et de rallier tous les québécois. Sauf les libéraux bien sûr!

    • Gilbert Lavoie a définitivement fait toute une job en fixant subjectivement comme seuil acceptable de réussite de la pétition du PQ à 100 000 signatures.

      Les libéraux sont présentement en train d’acheter toutes les voix discordantes en les nommant à des postes bien rémunérés.

      Cette stratégie est drôlement efficace.

      Le plus gros problème du Québec, c’est que tout le monde à un prix, bien malheureusement.

  3. Guillaume, article intéressante…Je ne m’y connais pas dans les règles courantes de dons aux partis mais d’après moi pour éviter les partisaneries avec les contrats de $25,000, j’irais à la source du problème qui m’apparait être plus axée vers « qui » reçoit le contrat au lieu du morcellement… je banierais alors les dons d’entreprises aux élections et plafonnerais les dons personels. J’admet ne pas m’y connaitre dans ce domaine, je lirai avec attention ton opinion et autres commantaires pour en connaitre davantage. Ou..j’obligerais les appels d’offres… Dans les temps qui courent…on doit prendre le temps de trouver la meilleure offre d’appel avec une excellente réputation, pas seulement par prix mais par reputation pour l’excellence des travaux accomplis. C’est compliqué gouverner….

    Il faudra alors beaucoup plus de contenu durant les élections car les publicités seraient minces et moins épatantes.

  4. Julie Boulet n’est pas assez compétente pour siéger au Conseil des ministres du médiocre gouvernement Charest. C’est sûr que le régime libéral est corrompu. Quand cela fait longtemps qu’un parti politique est au pouvoir, il devient corrompu. C’est pour cela que Charest s’oppose à une enquête publique sur la construction car il sait que cela serait néfaste pour son gouvernement.

  5. Merci Marc, c’est gentil de m’avoir donné l’heure juste. Et heureusement que c’est comme cela pour les entreprises. Est-ce qu’il y a un plafond pour les dons personnels?

    • Oui, 3000$. C’est probablement trop élevé, car tout le monde sait que les entreprises utilisent des prête-noms pour faire leur dons (familles des dirigeants bien souvent).

  6. Cette pratique avait aussi cours à l’époque du PQ. Les libéraux n’ont rien inventés, d’ailleurs en seraient-ils capable?

  7. Pingback: Bulletin des @nalystes : Février 2010 « Les analystes

Les commentaires sont fermés.