S’attaquer aux abus

Par Ian Sénéchal,

Voici l’intégral d’une lettre paru dans La Presse ce matin. Je l’ai trouvé sur le blogue de Paul-Daniel Muller, économiste et consultant qui a participé à l’écriture de celle-ci.

S’attaquer aux abus

Paru dans La Presse, le 23 février 2010, page A31.

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Ryan Hillier (fondateur, Corruption/ZÉRO), Jonathan Plamondon (président, Force Jeunesse), Jean David Tremblay-Frenette (président) et Paul Saint-Pierre Plamondon (cofondateur, Génération d’idées), Jean-Félix Chénier (président) Robert Demers (secrétaire) et Jacques Légaré (conseiller, Le Pont entre les générations), Jean-Pierre Aubry et Paul Daniel Muller (économistes-conseils).

Dans son prochain budget, le gouvernement du Québec expliquera ce qu’il compte faire pour résorber son déficit de 5 milliards de dollars. Un déficit qui s’ajoutera à ceux du passé et qui fait du Québec la plus endettée des provinces canadiennes en proportion de sa richesse collective.

Lors de la rencontre économique du 21 janvier, tous les appels aux bonnes causes ont été entendus. Ce faisant, l’on a détourné les regards de l’éléphant dans le salon?: notre endettement collectif croissant. Si nous ne parvenons pas à réduire ce fardeau, tous les beaux consensus sur les priorités collectives pourraient s’avérer futiles. De plus, avec le vieillissement de la population, il sera impossible de maintenir les services à la population à leur niveau actuel à plus long terme.

Pour ces raisons, nous appelons le gouvernement ainsi que l’ensemble de la classe politique à agir dès maintenant, de manière décisive, pour revenir au déficit zéro d’ici la fin de son mandat, au plus tard en 2013. À partir de là, le Québec pourra recommencer à travailler sur sa dette publique.

Certes, la plupart des Québécois reconnaissent le problème et souhaitent que le gouvernement s’y attaque. Mais dès qu’il s’agit de toucher à ce qui nous affecte personnellement, c’est sauve-qui-peut?! Voilà le fameux syndrome «?pas dans ma cour?», s’appliquant ici aux finances publiques.

Nous sommes d’avis que le seul moyen de sortir de ce bourbier, c’est d’amener tous les secteurs de la société à pousser à la roue?: les structures, les employés et les fournisseurs de l’État?; les entreprises, individus et organismes qui bénéficient des programmes économiques et sociaux?; les contribuables.

Parmi les auteurs de ce texte comme dans la société, certains préfèrent que le gouvernement résorbe son déficit principalement en réduisant ses dépenses, d’autres surtout en augmentant ses revenus. Mais nous reconnaissons tous qu’il faudra agir sur tous les fronts pour parvenir à cet objectif.

Pour que tous acceptent de mettre l’épaule à la roue, il faudra mieux réprimer les abus de toutes sortes. Des abus qui ne se chiffrent pas tous en milliards de dollars, mais dont les symboles nous servent de prétexte pour ne pas nous réformer.

Ainsi, comment augmenter les tarifs alors que les rapports du vérificateur général regorgent d’exemples de mauvaise gestion? Comment demander plus de flexibilité aux employés de l’État s’il subsiste de la corruption dans les contrats publics? Comment persuader les travailleurs au noir de déclarer tous leurs revenus quand des employeurs publics gardent des employés peu performants? Comment demander aux contribuables de payer plus de TVQ alors que la population est régulièrement témoin de laxisme dans la gestion de certains programmes? Pour supprimer ces prétextes, il faut s’attaquer à toutes les formes d’abus simultanément et avec une égale vigueur.

La problématique qui relie la dette, le vieillissement de la population et l’équité intergénérationnelle a été documentée depuis déjà 20 ans. Chacun des gouvernements successifs a déclaré son intention de s’y attaquer. Pourtant, selon le vérificateur général, les déficits n’ont cessé de s’accumuler.

En 2001, après cinq années de lutte au déficit, l’Assemblée nationale adoptait, à l’unanimité, la Loi sur l’équilibre budgétaire par lequel le gouvernement s’obligeait à résorber un éventuel déficit par des surplus d’une valeur équivalente, en cinq ans. En 2009, dès la première récession suivant l’adoption de cette loi, le gouvernement l’a suspendue, signalant ainsi que de telles lois ne valent que le temps qu’elles ne sont pas trop contraignantes.

Cette expérience doit nous instruire pour l’avenir?: dans les prochaines semaines, ce n’est pas tant les objectifs budgétaires sur papier qu’il faudra retenir, mais bien la portée des gestes administratifs concrets que le gouvernement posera à court et à moyen terme pour les atteindre. 

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3 réflexions sur “S’attaquer aux abus

  1. Le 3e fascicule du comité consultatif sur l’économie et les finances publiques propose principes et orientations, mais propose également des pistes de solutions concrètes. C’est ici que doit avoir lieu le débat. Pour ma part, je crois sincèrement que le gouvernement doit faire les premiers pas et s’attaquer à la colonne des dépenses avant de suggérer de nouvelles sources de revenus. Lire http://jmarcotte.blogspot.com/2010/02/3e-fascicule-1-moins-depenser-avant-de.html.

    Dommage mais Jean Charest ne mérite pas notre confiance et il a un test à passer.

  2. Je suis d’accord avec Mme Marcotte sur un point: c’est assez les constats philosophiques: parlons de propositions concrètes. Je suis cependant en désaccord lorsqu’on suggère de réduire les dépenses hâtivement. Il est possible d’augmenter les revenus, ne serait-ce que temporairement.

    Chose certaine, le gouvernement libéral ne fait aucunement preuve de leadership politique. Et le Parti Québécois qui perd son temps à déchirer son linge sur la place publique. Et l’ADQ qui n’a presque plus de crédibilité. Et Qs qui ne parvient pas à rejoindre la population.

    C’est pathétique.

    • Malheureusement, en politique, une augmentation temporaire des revenus du gouvernement, c’est du jamais vu.

      Une nouvelle taxe est toujours là pour rester. Il est temps de faire le ménage et diminuer les dépenses.

      Pour le reste de votre commentaire, je suis en parfaite harmonie avec vous. Notre classe politique est rendue complètement sclérosée aujourd’hui.

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