Y viennent chez nous, qui fassent comme nous!

Par Ian Sénéchal,

Vous avez tous déjà entendu probablement cette phrase dans votre entourage. Elle ressort tout le temps lorsque le débat sur les accommodements raisonnables (ou déraisonnables) refait surface. Cette phrase fait partie des petites perles qui permettent à tout le monde d’analyser une situation complexe très rapidement et de prendre position facilement. Un classique dans le débat public quoi!

Un des événements qui a, dans le passé, amené l’ADQ à croître aussi rapidement dans les intentions de vote des gens au début de 2007 est justement le débat intense sur les accommodements raisonnables. Mario Dumont avait alors exprimé tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Aujourd’hui, c’est le PQ qui tente de s’approprier ce discours alors que, comme d’habitude, le PLQ fait carrément dans son pantalon.

Ce débat devait se faire au Québec. Il était alors important de tracer la ligne entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Par contre, aujourd’hui, près de 3 ans plus tard, j’ai l’impression que la société québécoise n’a pas encore évolué sur cette question. Le manque de leadership du gouvernement dans ce dossier en est probablement la cause.

Certes plus de gens prennent la parole pour défendre nos valeurs, mais j’ai comme l’impression qu’aujourd’hui, une situation qui devrait être analysée au cas par cas et qui implique une minorité religieuses passe automatiquement dans la machine à saucisses de l’opinion dénonciatrice et que tout le monde se sent à l’aise de condamner la situation par souci de sauvegarde de nos valeurs québécoises profondes! Tout ceci étant justifé par l’adage :  « Y viennent chez nous, qui fassent comme nous ».

La liberté est également une de nos plus profondes valeurs

Or, parfois, je considère que la majorité généralement silencieuse, sauf sur ce débat, dérape trop souvent. Une des choses qui me rend le plus fier d’être canadien et même d’être québécois, c’est le fait que je puisse vivre dans un pays libre. Un pays où il est permis de critiquer son gouvernement, où l’on peut avoir des droits, où il est possible de se regrouper… Même si je considère mon pays comme étant loin d’être parfait, il vaut mieux, en terme de liberté, que bien des pays dans le monde.

Pourquoi parler de liberté. Simplement parce que je souhaiterais que les québécois placent un adage différent dans leur tête quand vient le temps d’analyser une situation d’accommodements : « Ta liberté s’arrête là où celle des autres commence ».

Par exemple, si une femme décide de porter une une burqua, chose très rare au Canada, c’est son affaire. À qui nuit-elle en réalité? Quelle liberté individuelle attaque-t-elle en réalité? Les féministes diront que l’égalité des hommes et des femmes est remise en cause par ce geste. Peut-être, mais pourquoi devrait-on lui enlever le droit de se vêtir ainsi. Elle est libre de son choix. Non, vous me direz, elle est peut-être opprimée par son mari. Et bien, on tombe de la supposition. De plus, si le mari commet des actes criminels envers elle, elle a le droit de se défendre. On est au Canada après tout.

Je n’adhèrerai jamais au système de valeurs des religions qui imposent des choses de ce genre aux femmes. Par contre, je respecterai toujours leur choix même si je le trouve profondément stupide. Ce n’est pas parce qu’une coutume nous est étrangère qu’il faut l’interdire.

Les écoles juives veulent ouvrir le week-end. Oui et après. On s’en fout. Ils font bien ce qu’ils veulent temps et aussi longtemps qu’ils respectent les normes du ministère pour l’enseignement des matières de base (chose qu’ils ne faisaient pas avant ce fameux accommodement).

L’atteinte à la liberté des autres doit faire foi de tout

Évidemment, certaines coutumes doivent être interdites selon moi. Principalement lorsque la liberté et la sécurité des autres sont menacées. Par exemple, il est logique d’interdire à un sikh d’entrer à l’assemblée nationale avec son kirpan. Oops, on lui a permis l’accès. Une tape sur les doigts des agents de sécurité. C’est une question de sécurité. D’ailleurs, les Sikhs ont été plutôt arrogants sur ce dossier à mon avis. Ils auront beau avoir un jugement favorable de la Cour Suprême en poche, ils doivent comprendre qu’un kirpan, ça ne passe pas dans un détecteur de métal, alors, qu’il le laisse à la maison. Sinon, un jour, quelqu’un pourrait avoir la malheueuse idée d’exploiter cette brèche de sécurité pour attaquer nos députés. Surtout que cette brèche a été médiatisée.

Il est normal de ne pas accommoder les gens dans certaines situations. Je ne comprends pourquoi on serait obligé de faire servir une femme musulmane par une femme dans ses rapports avec la fonction publique. Cela représente une perte de temps et de productivité dans le traitements des dossiers et ça ne sert personne.

Il faut dénoncer le fait qu’un ambulancier se fasse mettre dehors d’une cafétéria pour avoir mangé du porc dans un lieu public juif, financé par le gouvernement. On peut signifier à l’ambulancier que l’on préférerait qu’il fasse attention la prochaine fois, mais on ne peut l’expulser. On brime sa liberté.

Le manque de leadership du gouvernement

La principale raison qui explique le fait que la société québécoise est si confuse dans ce dossier est l’absence totale de leadership du gouvernement dans ce dossier.

L’accommodement accordé aux écoles juives cette semaine aurait dû passer comme une lettre à la poste. Mais non, Jean Charest et sa gang de peureux ont essayé de passer tout ça en catimini.

En terme de relations publiques, ce fût un échec. Cela à envenimer la situation. Pourtant, l’accommodement offert est totalement justifié et défendable.

Le gouvernement devra appliquer des normes de transparence et de communications efficaces pour traiter ces dossiers, tout en en profitant pour faire la pédagogie nécessaire pour diminuer la sensiblité des québécois sur ces sujets. Pourquoi pensez-vous que les gens sont si sensibles à ces questions. Ils ont la perception, et ils ont raison, que tous ces accommodements sont négociés en catimini et que l’on est toujours en train d’essayer de leur en passer des petites vites.

Pour conclure, il faut garder en tête que la liberté est une belle valeur à laquelle on tient, mais qu’il n’y a pas que notre propre liberté qui est importante, la liberté des autres l’est tout autant.

 

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11 réflexions sur “Y viennent chez nous, qui fassent comme nous!

  1. Allo Ian…il n’y a pas de Thumbs Up or Thumbs Down à la suite de ton excellent texte.

    Voici des mots que j’apprecie de John Stuart Mill:

    « The only freedom which deserves the name, is that of pursuing our own good, so long as we do not attempt to deprive others of theirs ».

    Par contre, il y a une limite….on ne chie pas sur la table du banquet des libertées.

    Certaines personnes qui viennent des pays sans liberté d’expression pensent que la liberté veut dire que l’on peut faire tout ce que l’on veut, même si cela dérange les autres énormément…

    There is a very fine line between taking liberties for granted and imposing opposite cultural values, to a free country, a country who has been fighting for for years for a good balance for rights and freedom!

    I would go as far as suggesting there should be sites where you can adopt an immigrant to give them a chance to observe our culture and as a result of friendly education, the immigrant would eventually appreciate and respect it. Total bath of immersion in a most pleasant way. It might prevent future problems such as what is happening in France…two different worlds.

  2. Comme je le mentionne sur mon bloque « Un peuple qui se respecte »
    ( http://bloguedeyves.blogspot.com/2009/10/un-peuple-qui-se-respecte.html ) il me semble difficile de légiférer contre le port, dans la rue, de vêtements qui cachent le visage complètement en autant que cela soit relié à un acte criminel.

    Toutefois, comme les lois et les règles communautaires doivent s’appliquer également à tous les citoyens, aucun accommodement ne doit venir compromettre l’intégrité de la vie en société, et les personnes qui portent de tels vêtements doivent découvrir leur visage pour fins d’identification lorsque la situation le justifie.

    Il va de soi qu’une personne ne doit pas cacher son visage en posant un acte formel lorsqu’elle fait appel à des services publics ou privés, puisqu’il est élémentaire, dans notre société, de révéler son identité dans de telles situations.

    Mail il y a une autre dimension concernant le vêtement qui est souvent oubliée égard à ces pratiques, qu’elles soient religieuses, politiques ou culturelles, La vie en public comporte implicitement de se révéler à la communauté dans laquelle on vit, question d’assurer la cohérence et l’intégrité de cette communauté, c’est une question de respect élémentaire pour les gens qu’on rencontre dans la rue, une question de savoir vivre en société.

    Les personnes qui s’affublent de telle sorte qu’elles ne puissent être reconnues comme personne ne peuvent demander en retour d’être reconnue comme membre d’une communauté. Ces personnes ne peuvent par la suite se plaindre d’indifférence, d’in- considération ou rejet de la part de ses concitoyens qui dans un tel cas n’en sont pas.

    Que les gens réagissent face à un sujet fantomatique rencontré dans la rue est tout à fait naturel, parce qu’ils ressentent ce rejet de la part de ce personnage sans identité, ce qui tranche avec la culture de notre monde moderne.

    Une chose est sûre, ces personnes ont la légitimité de circuler dans l’espace public dans la mesure où elles désirent s’intégrer à cet espace public.

    Bien sûr, cette position est toujours discutable, mais notre compréhension de la nature humaine et de son comportement social nous dirige dans cette direction.

  3. Question liberté, on est toujours libres d’embarrasser son voisinage et même de l’insulter au passage, mais je ne pense pas que cela soit un signe de sociabilité. Les antisociaux ont le droit de circuler en public, mais je doute qu’ils soient des atouts pour le progrès et le développement de la communauté.

    Alors, pourquoi les accepter comme immigrants s’ils sont inaptes à enrichir la communauté par leur culture, leurs aptitudes et leur travail. Les ghettos ethniques sont à l’antithèse de la contribution à la collectivité.

  4. Si tu t’habilles pas comme tout le monde, tu portes un uniforme. Si tu portes un uniformes, tu es un soldat et tu montres clairement que tu es en guerre. Macaron politique, burka, patch des Hell’s, boudins, etc, toute la même affaire.
    Je connais l’effet par expérience, je portais la barbe, les cheveux longs, la chemise carottée et les bottes Kodiak à l’époque ou c’était le symbole des ennemis de la société. Oui, j’ai connu la haine que les symboles ostensibles font émerger et j’ai compris que c’était normal parce que mon accoutrement disait aux « bonnes gens »: »Je vous hait, je vous méprise. » Si tu exhibes des symboles ostensibles, tu commets un geste d’agression envers ceux qui ne sont pas comme toi. Tu m’agresses et tu exiges un câlin, ça va pas la tête!!!

  5. Si tu t’habilles pas comme tout le monde, tu portes un uniforme. Si tu portes un uniformes, tu es un soldat et tu montres clairement que tu es en guerre. Macaron politique, burka, patch des Hell’s, boudins, etc, toute la même affaire.
    Je connais l’effet par expérience, je portais la barbe, les cheveux longs, la chemise carottée et les bottes Kodiak à l’époque ou c’était le symbole des ennemis de la société. Oui, j’ai connu la haine que les symboles ostensibles font émerger et j’ai compris que c’était normal parce que mon accoutrement disait aux « bonnes gens »: »Je vous hait, je vous méprise. » Si tu exhibes des symboles ostensibles, tu commets un geste d’agression envers ceux qui ne sont pas comme toi. Tu m’agresses et tu exiges un câlin, ça va pas la tête!!!

  6. Ian, pourquoi la photo des dames en niqabs a disparue de ton texte? Elle était vraiment remarquable comme effet.

  7. Il faut avoir des reglement clair et ne pas hesiter a s’affirmer.

    En passant en Turquie, pays musulman, il est interdit de porte le voile(ni hijab, ni niqab) a l’ecole. C’est un reglement, c’est tout, ici les chretiens n’ont pas le droit de porte un habit de soeur volante ou de moine en classe. Il ne devrait y a voir aucun accomodement selon moi, mais un code qui s’applique a tous.

    Et meme si ont valorise la laicite, on est quand meme dans un contexte d’heritage chretien, ca fait parti de notre histoire et de notre pays, on est en « 2010 », on ne va pas changer le calandrier parce que c’est un heritage chretien quand meme.

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