Achat local, une surprise!

Par Ian Sénéchal,

J’ai lu ce matin la note économique émise récemment par l’Institut économique de Montréal. Je suis resté réellement surpris. Cette note a été écrite par Pierre Desrochers et Hiroko Shimizu. Voilà leur principale conclusion :

 

Chercher des aliments plus frais et entretenir des relations de voisinage peuvent s’avérer de bonnes raisons d’acheter des produits locaux, mais sauver la planète ou soutenir l’économie locale n’en sont pas.

 

J’ai toujours été contre les mesures protectionnistes visant à favoriser nos producteurs locaux. Du temps que j’étais à l’ADQ, ce fût d’ailleurs une de mes grandes sources de frustration envers mon parti au cours de l’année 2008. La proposition d’achat local qui avait été formulée m’avait fait rager jusqu’au plus profond de moi-même, mais bon, en politique, ton parti ne peut pas toujours aller dans la même direction que toi-même tu le souhaiterais.

Ironiquement, cette propositon politique avait entraîné des coûts au parti qui avait dû se départir d’objets promotionnels pour ses événements qui n’avaient pas été conçus au Québec pour en racheter… à un coût plus élevé, évidemment.

J’ai toujours considéré que ces politiques encourageaient des producteurs peu productifs et qu’en finalité, c’était le consommateur qui payait plus cher pour ses achats, ce qui nuisait à l’économie.

Certains diront que ma façon de penser est anti-Québec. Ils sont dans le champs. J’achète parfois localement, mais pas pour satisfaire mon égo et me faire croire que j’ai un grand coeur (sport national de la gauche-caviard québécoise). Par exemple, l’été, j’achète toujours, à un prix plus élevé, les fraises du Québec au lieu de celles de la Californie que je me contente d’acheter de temps en temps l’hiver, à un coût très abordable. Pourquoi dépenser plus? Parce que c’est québécois? Non, c’est parce qu’elles sont si sublîmes en bouche et juste assez juteuses et sucrées pour en faire les meilleures fraises disponibles sur le marché (semblerait par contre qu’elles ne soient pas les plus écologiques, oops).

Voilà pourquoi. J’encouragerai toujours les meilleurs producteurs et s’ils sont québécois, ça me permetterai d’être fier en plus.

Il fût un temps par contre où je voyais peut-être un léger avantage à l’achat local. Je croyais fortement que l’achat local était plus écologique étant donné les plus petites distances parcourues pour le transport.

«Il existe des raisons bien légitimes justifiant qu’un consommateur fasse le choix personnel d’acheter ses aliments localement, par exemple s’il trouve que les produits du terroir québécois sont de meilleure qualité ou plus frais. Par contre, les présumés avantages environnementaux de l’achat local ne sont pas au rendez-vous», affirme le professeur Desrochers.

Et bien, aujourd’hui, la lecture de la note tend à me démontrer que je devrai revoir cette affirmation. L’analyse de l’argument doit nous pousser à évaluer également la façon dont est produit l’aliment. Je suis resté surpris d’apprendre que l’on pouvait produire plus de 5 fois plus de fraises sur un hectare californien que sur un hectare québécois et ce, avec moins d’engrais.

Encore une fois, les notes économiques de l’IEDM sont d’une qualité exemplaire ont un côté pédagogique fort intéressant. Vous pouvez trouver de l’information complémentaire ici, ici et ici.

 

Publicités

6 réflexions sur “Achat local, une surprise!

  1. Je viens d’une petite ville qui est à une vingtaine de kilomètres d’une plus grande. La chambre de commerce de ma petite ville avait développé dans les années 90 un programme « d’achats chez nous » pour aider les commerçants locaux. J’ai toujours trouvé ça ridicule car souvent les commerçants locaux vendaient beaucoup plus cher les mêmes produits qu’on pouvait avoir à une vingtaine de kilomètres plus loin. Bref, je trouvais qu’on se faisait fourrer par nos voisins!

    Pis la grande ville en question, c’était Sherbrooke. Et bien voilà qu’un commerce de cette ville se fait servir la même médecine par sa propre administration municipale…

    http://www.cyberpresse.ca/la-tribune/sherbrooke/201002/18/01-952990-52-de-difference-entre-une-ford-de-sherbrooke-et-une-de-longueuil.php

  2. Quand on se donne la peine de bien aborder l’impact environnemental de nos actions, on se rend souvent compte qu’en voulant faire de bonnes actions pour « sauver la planète », on se trouve bien malgré nous à faire le contraire!

    Votre exemple est super bon et je me rends entièrement aux arguments exposés! Et que dire des paniers bio élaborés par les « fermiers de famille » avec livraison hebdomadaire aux citoyens.

    Bonjour l’efficacité énergétique!

  3. L’achat local est ridicule. D’abord, comment définis t’on l’achat local? 10km, 20km, 100km? Je pourrais faire de l’achat ultra local, produire tout par moi-même, mais je devrais travailler 100 heures semaine et avoir un niveau de vie médiocre. Concentrons-nous à faire ce que l’on fait de mieux, et nous jouirons tous d’un meilleur niveau de vie, en plus d’être plus écolos. Pu capable de la vision bucolique romantique des verdoyants, qui substituent les résultats par les intentions. Pierre Desrochers fait toujours de l’excellent travail, et encore une fois lorsqu’on regarde tous les éléments qui entrent dans la fabrication, l’entreposage, la distribution et le rebutage des produits, on a un portrait global et réel de tous les coûts impliqués. Pour être vraiment écolo, il faut être intelligent, ça demande du travail et de la rigueur, et de l’ouverture d’esprit.

  4. Pour les produits agricoles j’achete ceux qui sont les meilleurs, si ils sont québecois, tant mieux.

    Par contre pour autres achats de plus grande valeur, comme meubles..etc. j’essaye d’acheter québecois lorsque je compare pour la même valeur et esthetique. Pourquoi pas?

  5. Pingback: Codes de reductions LaRedoute

  6. Ce qui parait avantageux sur le plan individuel (a court terme) peut etre nefaste a grande echelle, a moyen terme ou collectivement.

    Du dumping ou une guerre de prix pre-cartel semble fort avantageux sur le coup car le meilleur prix est parfois bel et bien visible, mais on ne voit pas ni n’en realise les conscequences strategiques a moyen terme, et apres on en paye le prix.

    Plusieurs pays en voie de developpement se sont vu imposer des mesures du genres institut economique de montreal/economic hitman/seides du FMI, minant l’activite economique et l’agriculture locale pour favorisee l’importation et une production vouee a l’exportation. Sur papier c’est formidable. Mais plusieurs sont devenu depandant des importations(et des exportations), a la grande satisfaction des cartels agro-alimentaires(ADM, etc).

    Le meme principe s’applique pour la production industrielle, je vous recommende de voir le documentaire Frontline « Is Walmart Good for America? », bref oui tu economise, mais aux prix de job de production remplace par des McJob chez Walmart, ce qui parrait bien individuellement peut devenir toxique collectivement, lorsque suffisement de gens perdent une job de production l’economie locale en souffre(les mcjob ne permettent pas le meme niveau d’activite economique).

    Donc, la souveraignete alimentaire comporte des avantages economiques strategiques, ce qui compte c’est qu’on soit informer sur les produits, que ce soit clairement indiqué de quelle region vient le produit, clairement indiqué si le produit contient des OGM, et un petit tarif d’importation. Il faut etre nuancé, importer lorsqu’il y a des avantages marqués en vaux la peine.

    (l’un des trous beants dans la logique economique capitaliste de John Adams au courrant neoliberal centré sur l’individualisme a ete identifié avec justesse par l’economiste John Nash, mais la scene du pub dans le film ‘a beautiful mind’ n’illustre le principe qu’en partie)

    L’autre aspect a noter c’est que vous evaluez certains facteurs et peut-etre pas certains d’autres moins facile a chiffrer, la production industrielle a des avantages de productivite et monetaires en partie parce que certains des effets nefastes (erosion du sol a long terme, homogenite des especes, dependance au toxines, pollution de l’eau[rejets,hormones]) ont un impact sur l’environement mais pas de couts relies a la production.

Les commentaires sont fermés.