Accepter l’évidence

Par Guillaume S. Leduc,

Ça ne doit pas être facile d’être souverainiste par les temps qui courent. La sortie de Lucien Bouchard hier est le plus récent événement du déclin tranquille d’une option qui a connu ses moments de gloire à la fin du dernier siècle, mais qui n’est pas prête de revenir à l’avant-plan.

En moins de 24 heures, d’innombrables commentaires ont été écrits dans les différents cercles politiques québécois. Parmi ceux-ci, c’est probablement ceux de Jean-François Lisée qui sont le plus révélateurs de la rage qu’engendrent les propos de Bouchard chez les péquistes. Le chroniqueur-politicien accuse littéralement son ancien chef de trahison et de fournir des munitions à Jean Charest à chaque fois qu’il intervient sur la place publique.

Mais l’attitude de Lisée, partagée par bon nombre de péquistes, est de l’aveuglement volontaire. L’option souverainiste décline depuis près de douze ans, mais le PQ refuse toujours de voir pourquoi. Pourtant, la raison est fort simple. Le poids économique et démographique du Québec dans le Canada n’est plus l’ombre de ce qu’il était au début des années 1990. Autrement dit, le Québec a perdu le gros bout du bâton, et les politiques du PQ y sont pour beaucoup.

Je suis persuadé qu’avec du recul, on expliquera l’échec des souverainistes par le modèle québécois social-démocrate qu’ils ont eux-mêmes mis en place, de concert avec leurs adversaires fédéralistes. En dépensant les fonds publics dans un vaste éventail de programmes sociaux luxueux, le PQ a contribué fortement à forger la dette du Québec et à le plonger dans la dépendance économique envers les autres provinces. Le PLQ a fait pareil, en réalisant probablement que c’était bénéfique pour leur position fédéraliste. Les péquistes doivent accepter l’évidence, leur option est condamnée à décroître au fur et à mesure que la dépendance financière du Québec envers le Canada augmente.

On se retrouve aujourd’hui avec une dette brute de 216 milliards, un déficit structurel à chaque budget et une dépendance à l’aide sociale fédérative qu’est la péréquation. Il faut soit être carrément fou, soit faire de l’aveuglement volontaire pour espérer convaincre les Québécois de se séparer dans ces conditions. Or, je ne crois pas que les péquistes soient fous. Ils se ferment tout simplement les yeux devant un lamentable échec. Ce que Lucien Bouchard a fait hier le distingue du reste des souverainiste car lui s’est ouvert les yeux et accepte désormais que les défis économiques auxquels le Québec est confronté repousse la question nationale loin, très loin en arrière dans les priorités étatiques.

Et l’autonomie dans tout ça ?

Si l’option de se séparer n’est plus une priorité pour personne, on peut faire le même constat avec toutes les questions constitutionnelles. L’automne dernier, Jean Allaire est même allé jusqu’à affirmer que nous devrions signer la Constitution de 1982. Même si j’ai collaboré à certaines propositions de son dernier rapport, je ne partage pas cet avis, car je crois que ce serait renier la manière dont Pierre Elliot Trudeau a procédé pour isoler le Québec en novembre 1981. Peu importe notre position sur la question nationale, on ne peut pas accepter les agissements de Trudeau.

Je crois toujours qu’une modification constitutionnelle est souhaitable avant que l’on appose la signature du Québec au bas de la Constitution de 1982. Cependant, tout comme Gérard Deltell l’affirme ce matin dans les pages du Devoir, je suis d’avis qu’on a bien d’autres chats à fouetter avant de retomber dans des négociations constitutionnelles. Nous devons, surtout, nous affranchir de cette affligeante dépendance à la péréquation… et cela passe par un redressement majeur des dépenses de l’État.

Ça, le PQ ne l’a toujours pas accepté, comme en témoigne les réactions d’aujourd’hui et la camaraderie de leur actuelle chef avec les éléments les plus radicalement à gauche de son parti.

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13 réflexions sur “Accepter l’évidence

  1. Je suis un péquiste fondateur dans mon comté d’alors. J’ai voté OUI deux fois mais la prochaine je voterai NON.

    René Lévesque prônait la confiance en ses capacités et on parlait d’entreprenariat québécois (Québec Inc). C’était facile car plus de la moitié des gens n’avaient pas trente ans comme dans la chanson de Renée Claude (C’est le début d’un temps nouveau de Stéphane Venne). Oui la force vive de la nation était capable de relever le défi de construire un pays, on était jeune et ambitieux. Plus aujourd’hui, les boomers sont à de la retraite et n’ont plus la force de relever le défi et de faire des sacrifices. Les jeunes n’ont plus d’ambition aitre que de quémander encore plus de l’État sans faire les efforts nécessaires. Voilà un peuple vieillissant et démotivé…

    Luien Bouchard a raison quoique les purs et durs peuvent en dire. Il est trop tard, la mondialisation et l’internet a fait son oeuvre…

  2. J’ai demeuré in ROC pendant 20 ans et de retour depuis 20 ans, et je pense que c’est de montrer une certaine faiblesse de penser que nous avons absolument besoin de béquilles constitutionelles pour exister comme Québecois.

    Cette stratégie ne nous met pas dans un cadre spécial mais dans un cadre à part! Un peuple peu confident et incapable de se définir comme partenaire à part entière se servant toujours comme guise sa langue en demandant toujours plus et plus.

    En Suisse, avec 4 langues officielles, il faudrait 4 différentes constitutions, pensez y bien. Je crois que nous sommes aller assez loin pour protéger notre langue.

    Allard a heureusement finallement compris après ces décenies. Assez de fomenter des chicanes entre anglophones et francophones en se plaçant comme nation si fragile voulant des pouvoirs pas accordés a ses frères et soeurs. Pour être unis il faut être égaux.

    Au USA quelque soit la langue que l’on parle on est pour commencer Americain, cela n’empêche personne de briller à sa manière.

    Trudeau avait totalement raison de nous vouloir fort avec nos propre efforts pour définir notre propre destin, sans trop de béquilles. Il etait Citoyen du Monde et pas régional d’esprit.

    Il faut élargir notre vision comme peuple sans mettre des barrières pour nous isoler des autres. Si nous voulons être respectés nous devons être respectueux des autres…..assez le chialage. Le Canada est un des meilleur pays au monde. La constitution est bien comme elle est. Signons…il commence à ête temps. Il faut commencer à avancer, cela fait assez longtemps que nous reculons!

  3. Et… Bravo aussi à Lucien Bouchard le lucide qui maintenant voit économiquement clair. Nous regardons les séparatistes mourir à petit feu. Sans argent le pouvoir dans ce monde est faible. Être heureux ne suffit pas!

  4. Je suis d’accord avec M. S. Leduc. La souveraineté du Québec est devenu un projet utopique. Le gouvernement du Québec doit s’occuper des vraies priorités des Québécois : rétablir l’équilibre des finances publiques, rembourser la dette publique, remettre sur les rails les systèmes de Santé et d’Éducation, augmenter la productivité et créer de la richesse. Les péquistes vivent sur une autre planète. La dette publique du Québec s’élève à 216 milliards de dollars et on est l’assisté social de la Fédération canadienne. Le Parti québécois est composé de gauchistes qui sont déconnectés de la réalité.

  5. Il est grand temps de brisé notre barrière pour enfin bâtir ENSEMBLE.

    Le bilinguisme est un langage neutre qui nous uni davantage.

  6. Tout en rêvant…j’aurais aimé un discours peu être moins brutal mais semblable a ce qui suit de M. Bouchard….

    « Chers amis souverainistes, je vais être bêtement cruel mais honnête, nous avons pris le mauvais chemin pendant toutes ces dernieres décenies, çelui de vouloir se séparer de l’un des meilleurs pays au monde. Il est maintenant urgent de faire face au fait qu’il faut avoir les moyens pour se séparer, malheureusement nous ne l’avons pas ce moyen…nous sommes une province pauvre et avons besoin du Canada pour renflouer notre portefeuille. Nous traînons à la queue parce que nous avons perdu notre temps à vouloir l’impossible sans réflechir. Le Québec ne peut se permettre ce luxe économiquement car nous ne serrons jamais prêt à faire les grands sacrifices requis. Ce bût d’être un pays indépendant, n’est pas réaliste lorsque nous sommes dépendant et aurait comme effet de nous appauvrirait davantage. Le temps est venu d’abandonner cette poursuite pour essayer de regagner le temps perdu. Chemin ardu à l’horizon.

  7. @ Fernand

    « Les jeunes n’ont plus d’ambition aitre que de quémander encore plus de l’État sans faire les efforts nécessaires. »

    Je ne suis pas d’accord. Les jeunes qui ne sont plus sur les bancs des écoles, ont compris que l’avenir ne passe pas par l’état, mais pas les efforts individuels.

  8. Efforts individuels…je suis totallement d’accord avec çela et je vois que ça manque chez certains jeunes. Je crois que les parents ont trop gaté leurs enfants en leur demandant rien en retour…alors ils s’attendent a beaucoup pour peu de leur part. Mais heureusement, ce n’est pas tout les jeunes.

  9. Pingback: Bulletin des @nalystes : Février 2010 « Les analystes

  10. Les séparatistes ont perdu les référendums parce qu’ils respectaient les règles du jeu alors que pour les fédéralistes tous les coups étaient permis. Je serais curieux de voir les résultats d’une enquête. On pourrait, par exemple, se demander pourquoi la branche marxiste a donné comme mot d’ordre à ses sympathisants d’annuler, lors du premier référendum. Je crois qu’elle était infiltrée jusqu’à la moelle.

    • Malheureusement, ça fait maintenant 15 ans de tout ça. Faudra en revenir un jour et regarder en avant.

      Et pour l’instant, le Québec est dans le rouge et ce n’est pas de la faute du fédéral. Faisons le ménage dans notre cours au plus vite.

  11. Je ne peux pas dire le contraire, vous avez parfaitement raison. Mais, qui fera le ménage? État mafieux au Québec, théocratie médiévale au Canada. Hier, j’ai pris l’initiative de créer une pétition en ligne qui demande aux deux gouvernements, d’inclure sur les bulletins de vote le choix: »Aucun de ces partis », pour, donner un poids politique à ceux qui annulent leur vote et un motif à ceux qui n’y vont pas, d’aller voter.

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