La droite est verte, la gauche est rouge

Par Éric Duhaime,

Voici un article paru sur le site Green Party Strategy.com ,

Pour des raisons étranges, on associe trop souvent la gauche aux verts. Pourtant, si les mots préservation et conservation veulent encore dire quelque chose, c’est certainement aux conservateurs et à la droite que le mérite de vouloir maintenir un environnement sain devrait revenir.

La gauche tente depuis quelques années de récupérer les sympathies vertes de l’électorat, principalement les jeunes, par pur opportunisme. Depuis l’effondrement du mur de Berlin, la gauche se cherche une raison d’être. Sa doctrine socialiste doit se réinventer devant son échec économique face au capitalisme.

Néanmoins, si les verts veulent éviter le même fiasco que les socialistes, ils devraient emprunter les principes mêmes du capitalisme qui ont fait leur preuve plutôt que d’essayer de les combattre comme le font nos amis de gauche.

La liberté d’entreprendre et d’innover propre aux pays capitalistes et démocratiques a permis une croissance phénoménale. Ce dynamisme économique bénéficie largement à la qualité de l’air, de l’eau et des forêts de ces mêmes pays. 

Le principe des droits de propriété assure une responsabilité individuelle optimale pour l’environnement. 

Comme le souligne judicieusement Pierre Desrochers : « the most promising path toward truly sustainable development lies in the unwavering pursuit of profitability within the bounds of well-defined and enforced private property rights » (source : http://icc.oxfordjournals.org/cgi/content/abstract/19/1/161

Pour illustrer ce principe, j’aimerais utiliser l’exemple de la récente législation québécoise entrée en vigueur le 14 janvier dernier pour réduire les gaz à effet de serre des voitures neuves vendues au Québec en imposant des amendes aux automobiles polluantes, jusqu’à concurrence de 5000$ par voiture. On veut en fait imiter la Californie et imposer les normes les plus sévères sur le continent.

Les groupes écologistes ont applaudi à tout rompre la mesure présentée par la ministre québécoise de l’Environnement Line Beauchamps. Le ministre fédéral de l’Environnement, Jim Prentice, qualifia cependant cette initiative de sottise. 

À première vue, il peut sembler facile de donner raison au gouvernement québécois de vouloir agir ainsi et d’y voir une bonne nouvelle pour l’environnement. Pourtant, la réalité des marchés apporte un éclairage bien différent.

La Californie a adopté des mesures aussi sévères parce qu’elle se retrouve avec un problème majeur de smog, particulièrement à Los Angeles. Au Québec, si Environnement Canada n’émet pas d’avis de smog quelques fois pendant l’année, personne n’aurait remarqué le problème. Il n’y a pas ici de nuage mauve au-dessus de Montréal ou Québec. La seule ville de Los Angeles compte un parc automobile presque deux fois plus élevé que celui de l’ensemble du Québec.

Les Californiens sont aussi beaucoup plus riches que les Québécois, avec des revenus familiaux moyens de près de 80,000$ par année, comparativement à moins de 50,000$ au Québec.  

L’actuelle législation québécoise risque donc fort de manquer complètement sa cible. Les automobilistes auront trois solutions pour respecter ces règles :
 1) Payer la sur-taxe, donc aucune réduction des GES, simplement plus d’argent dans les poches du gouvernement;

2) Aller acheter leurs automobiles neuves en Ontario ou au Nouveau-Brunswick, avec encore comme conséquence aucune réduction des GES et un simple déplacement de l’activité économique à l’extérieur du Québec;
3) Garder plus longtemps nos vieilles voitures. Or, nos vieilles bagnoles polluent beaucoup plus que les voitures neuves. On estime qu’une auto de 1970 pollue 99 fois plus qu’une voiture neuve vendue aujourd’hui. Une auto de 1987, c’est 37 fois plus et celle de1993, c’est 12 fois plus.
 

Bref, la meilleure mesure que pourrait adopter le Québec pour la réduction des GES serait de laisser les consommateurs libres de s’acheter de nouveaux véhicules, sans les taxes, les forcer à aller acheter dans une autre province ou, pire, les faire conserver leurs vieux tacos.

Un autre exemple peut expliquer encore mieux l’intérêt qu’auraient les vrais écologistes à cesser de soutenir davantage d’intervention de l’État. L’année dernière, les gouvernements canadiens et américains venaient en aide avec un plan de sauvegarde de l’industrie nord-américaine de l’automobile. Ces milliards $ donnés principalement à GM et aussi, dans une moindre mesure, à Chrysler, finançaient ni plus ni moins la mauvaise gestion. L’impact direct de cette aide fait en sorte qu’aujourd’hui, on se retrouve à vendre plus de voitures, en deçà du prix réel du marché.

Ce sont deux courts exemples récents qui illustrent que les marchés libres peuvent plus souvent qu’autrement assurer une préservation et une conservation bien plus grande de notre environnement que l’interventionnisme d’État qui transforme des bonnes volontés politiques en désastres économiques et écologiques. Aux Verts d’en prendre acte et de résister à la séduction d’une gauche polluante…

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7 réflexions sur “La droite est verte, la gauche est rouge

  1. Encore une fois, un bon texte d’Éric Duhaime. Depuis la chute du socialisme, la gauche se cherche une nouvelle raison d’être. Il l’a trouvé : l’écologisme radical. La gauche n’a rien de nouveau a proposer, donc, il cache son incompétence derrière une supercherie : le réchauffement planétaire. La gauche a créé de toute pièce ce phénomène qui n’existe pas. Le Parti vert du Canada devrait s’inspirer de la droite et non de la gauche, je suis d’accord avec vous M. Duhaime.

  2. Les verts qui acceptent le droit de propriété ne sont pas ceux qui nous harangent au Québec, ni au Canada. Eux préfèrent appliquer le principe de précaution qui nie la liberté et cautionne toute contrainte y compris les taxes sur les taxes et la coercition. C’est drôle que pour les rapports du GIEC, ils ont oublié d’exercer le principe de précaution et qu’ils se sont fait berner allègrement…

    Le Grenelle européen est un exemple probant de cet esprit de précaution qui a fait que les agriculteurs ont arrêté de produire et ont mis leurs champs en jachère alors que des humains meurrent de faim. La France a tenté suite au Grenelle d’imposer une taxe carbone. Ici au Québec, le Ministre Béchard a imposé à la pompe 0,02 le litre pour une taxe carbone qui devait financer le tranport en commun. Les villes demandent encore 1 cenne et demie de plus pour les transports en commun devenus des éléphants verts. Alors me dire que les verts sont à droite est une hérésie.

    Monsieur Duhaime, je salue votre ouverture d’esprit et la main tendue aux verts. Je ne suis pas sûr que leurs convictions sauront les rallier à la droite et au principe de la liberté d’entreprendre et du droit de propriété. Mais on ne pourra pas vous taxer de ne pas essayer un rapprochement…

  3. Incroyable les imprécisions et sophismes qu’on peut trouver sur la blogosphère. Mises au point:

    1) La gauche n’est pas automatiquement et nécessairement socialiste. Le courant de gauche politique a ses nuances, tout comme la droite a les siennes. Associer la gauche au socialisme de l’Europe de l’Est relève du sophisme. Et si j’associais la droite à Pinochet?

    2) Le parti Vert est avant tout écologiste, il n,est pas nécessairement de gauche ou de droite. Ses militants sont plutôt apolitiques. Ils ne veulent pas joindre les rangs de partis de gauche qui ont pourtant des programmes environnementaux aussi précis que le leur. Ne pas confondre les verts d’Europe avec ceux que nous retrouvons ici au Québec. Rien à voir.

    3) La gauche politique ne fait pas la promotion d’un programme environnemental par opportunisme. Elle le fait parce qu’elle croit fermement qu’il faut prendre des mesures sérieuses pour enrayer la pollution et réduire les gaz à effet de serre. C’est la droite politique qui commence à se distancer des théories du réchauffement climatiques en criant au complot. C’est la droite qui fait la promotion de la croissance économique à tout prix.

    4) La gauche ne rejette pas toujours le système capitaliste ou le libre-marché. Plus souvent qu’autrement, elle propose des réformes afin de mieux règlementer l’économie. Ce à quoi Hayek ne s’oposait pas du tout.

    Au lieu de toujours poser des constats et rejeter les idées de la gauche modérée, appliquez-vous donc à préciser vos idées et vos propositions. Lorsque M. Deltell suggère de réduire les dépenses gouvernementales d’un milliard par année, pourrait-il préciser où ces coupures seront effectuées? Pour qu’on se fasse une idée.

  4. Vous proposez d’établir un ordre social fondé sur le principe suivant: que vous êtes incapables de diriger votre vie personnelle, mais capables de diriger celle des autres; que vous êtes inaptes à vivre librement, mais aptes à devenir des législateurs tout puissants; que vous êtes incapables de gagner votre vie en utilisant votre intelligence, mais capables de juger des hommes politiques et de les désigner à des postes où ils auront tout pouvoir sur des techniques dont vous ignorez tout, des sciences que vous n’avez jamais étudiées, des réalisations dont vous n’avez aucune idée, des industries gigantesques dans lesquelles, selon votre propre aveu, vous seriez incapables d’exercer les fonctions les plus modestes.

    « Je n’ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction. »

    AYN RAND

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