Salaire minimum et populisme (Original)

Par Ian Sénéchal,

Si vous avez lu mon texte précédant sur le salaire minimum, vous trouverez probablement celui-ci plus complet. Il a été écrit avant le précédent, mais je voulais en faire une version courte pour le publier dans les médias. Ces derniers ne l’ayant pas diffusé, je vous soumets donc la version originale aujourd’hui.

Ce billet de mon ami Géloso m’a donné le goût d’écrire celui-ci. Vous verrez, Vincent étudie en histoire économique à la London School of Economics. Il devait trouver sa vie trop captivante probablement!

S’il y a bien un fait qui est grandement accepté ici par un large consensus (on aime ça nous, les consensus au Québec), c’est qu’une augmentation du salaire minimum est toujours une bonne chose. Cela permet de sortir des gens de la pauvreté. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Sam Hamad. Ça doit donc être vrai. C’est probablement pour ça que les Libéraux ont une fois de plus augmenté ce dernier de 0.50$ juste avant les fêtes (effectif ce printemps seulement, mais ils se targuent d’agir maintenant???).

Plus de 320 000 travailleurs et travailleuses profiteront de cette mesure. Depuis 2003, le salaire minimum au Québec a connu une progression de plus de 30 %, passant de 7,30 $ à 9,50 $. Pendant la même période, l’indice des prix à la consommation (IPC) augmentait de 13,02 %. « Il s’agit d’une variation positive du pouvoir d’achat de 17 % », a poursuivi le ministre, rappelant que le salaire minimum était de 6 $ en 1994.

Bon, vous me voyez venir. Et je vous vois venir également : « on sait bien, tu gagnes un multiple du salaire minimum, tu peux bien dire ce que tu veux, tu ne sais pas c’est quoi vivre dans la misère » ou encore, « la droite, toujours aussi inhumaine » et finalement, « maudite bande d’individualistes à la Bush ». Ouin, mon discours gauchiste-altruiste n’est pas encore tout-à-fait au point.

Pour lire cet article, je vous suggère de faire appel à votre moitié de cerveau rationnelle et logique et de laisser tomber la partie émotive. Si vous vous en sentez incapable, je vous suggère fortement d’arrêter de lire, de descendre directement au bas de la page et de vous défouler dans un bon commentaire qui pourrait commencer par une des phrases citées plus haut. Vous pourriez également faire une plainte au CRTC pour tenter de me censurer si le coeur vous en dit.

Toujours là? Allons-y.

Je suis très conscient que les lois sur le salaire minimum amènent leur lot de théories et peuvent sembler compliquer. Le débat persiste depuis bien des années principalement, car il n’y a pas de réponses simples (contrairement à ce que le fameux consensus québécois pourrait croire) à l’utilité réelle de ces législations. Je vous suggère d’ailleurs cette lecture sur Wikipédia si vous voulez en savoir plus. Êtes-vous de ceux qui croient que le salaire minimum est une excellente mesure pour contrer la pauvreté? Oui! Je vais donc tenter de semer un doute dans votre esprit en vous posant quelques questions :

  1. Est-il possible que les employeurs compensent une hausse du salaire minimum par une diminution des heures de travail offertes aux travailleurs à faibles revenus?
  2. Est-il possible qu’un salaire minimum trop élevé peut créer du chômage, les employeurs offrant moins d’heures aux petits salariés (notamment en les remplaçant par de l’équipement ou en délocalisant leur entreprise)?
  3. Est-il possible qu’un salaire minimum trop élevé affecte l’investissement privé externe en diminuant l’attrait pour les entreprises étrangères à s’implanter au Québec (un peu comme le fait notre taux élevé de syndicalisation).
  4. Est-il possible que les travailleurs rémunérés au salaire minimum soient en majorité des étudiants?
  5. Est-il possible que ces étudiants ne soient pas tous issus de familles à faibles revenus et qu’ils pourraient se passer de cette protection gouvernementale?
  6. Est-il possible que les employés plus anciens, peu importe la compagnie, reçoivent de toute façon, plus que le salaire minimum?
  7. Est-il possible qu’un salaire minimum trop élevé incite certains jeunes, à tord, à quitter les bancs d’école trop rapidement.
  8. Est-il possible que des hausses répétées du salaire minimum (6 à 7% par an, en trois ans) créent des distorsions dans les échelles salariales des entreprises et que plusieurs employeurs se retrouvent avec des problèmes dans la gestion de leur masse salariale qui ne peut pas augmenter d’un tel pourcentage chaque année.
  9. Est-il possible que les politiciens aiment bien se servir de cette augmentation pour se faire réélire ou tout simplement augmenter leur cote de popularité?
  10. Est-il possible que la population générale comprenne mal  les impacts réels d’une telle hausse sur l’économie et que, d’une manière simpliste (mais compréhensible), appuie cette mesure simplement parce qu’elle donne une perception de lutte à la pauvreté?
  11. Est-il possible qu’une hausse du salaire minimum contribue à créer de la pauvreté?

Pouvoir répondre par la négative avec certitude à toutes ces questions, j’en viendrais à la conclusion qu’il faut absolument augmenter le salaire minimum au Québec de 10$. Dans les faits, le gouvernement ne le fait pas. Pourtant, tout le monde s’entend pour dire que cette mesure réussit à combattre la pauvreté. De plus, elle ne représente qu’un faible coût pour le gouvernement. Sans oublier que la rentabilité électorale d’une telle mesure est impressionnante. Pourquoi alors ne pas l’augmenter drastiquement (Quoique les récentes augmentations soient assez drastiques)?

Je suis bien conscient qu’il est pratiquement impossible d’abolir ce type de législation. En effet, plus de 90% des pays ont de telles législations. Même si j’ai confiance que le marché serait un bien meilleur outil de détermination des salaires, je considère que les efforts pédagogiques à faire pour obtenir un appui populaire à l’abrogation de ces lois est trop important pour en valoir la peine.

Cela m’amène à croire qu’une utilisation modérée du salaire minimum peut donc être souhaitable. Il faut probablement protéger les travailleurs à faibles revenus, mais il ne faut pas le faire en provoquant une hausse du taux de chômage pour cette catégorie de travailleur. J’aime bien l’approche de Pierre Fortin en général. Il a, par le passé, applaudi des hausses du salaire minimum et également mis en garde le gouvernement contre des hausses trop prononcées. M. Fortin semble utiliser comme cible ceci :

[…] il ne doit pas dépasser 45 % du salaire horaire moyen des employés non syndiqués.

En 2009, à 9$ l’heure, ce taux était de 47%. M. Fortin a d’ailleurs levé le drapeau d’avertissement à ce moment. Comme ce salaire minimum passe maintenant à 9.50$ dès mai 2010, il est facile de supposer que le seuil de 45% sera défoncé. M. Fortin n’a pas publié les dernières données sur le sujet encore. Et, quoiqu’en disent les gauchistes, ce dernier ne peut pas être considéré comme un idéologue voulant s’en prendre aux petits salariés.

Il devient donc facile, à mon avis, de considérer la dernière hausse comme une mesure populiste et irresponsable et tout ça, simplement dans le but de s’attirer de belles chroniques avant les fêtes.

Pourquoi ne pas fixer le salaire minimum (tant qu’à être obligé d’en avoir un) par une mesure économique simple et mesurable, comme celle employée par M. Fortin. Au moins, la fixation du salaire minimum serait en dehors des mains du politique. Une petite analyse effectuée par un fonctionnaire du gouvernement et ta dam, le salaire minimum est ajusté, sans tambours ni trompettes. Il ne resterait plus qu’à déterminer quelle mesure économique est la plus juste pour « protéger les salariés » tout en n’affectant pas le taux de chômage dramatiquement.

Bien entendu, dans mon monde idéal, libre, mais imaginaire, les lois sur le salaire minimum n’existeraient pas. Le concept de « prime au travail » serait probablement plus utilisé en valorisant le travail et en protégeant les petits salariés tout en laissant le marché libre de déterminer les salaires de la main-d’oeuvre. Mais bon, on va commencer par des choses plus simples à appliquer, on verra pour le reste après.

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Une réflexion sur “Salaire minimum et populisme (Original)

  1. Une autre question:

    Est-il possible qu’à l’inverse d’une réduction des heures de travail, l’employeur qui est aussi un commerçant, doive refiler la facture aux consommateurs, ce que sont aussi les travailleurs au salaire minimum?

    À l’instar des pressions toujours à la hausse des conventions collectives, les augmentation collectivisées créent un cercle vicieux qui n’enrichit personne puisque cela pousse les prix à la consommation à la hausse.

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