Salaire minimum et populisme

Par Ian Sénéchal,

Je vous soumets ici une lettre que j’ai envoyé au Devoir et au Soleil, mais malheureusement, elle n’a pas été publiée. Cette lettre est une version abrégée d’un texte que je vous présenterai demain.

S’il y a bien une affirmation qui est grandement acceptée ici par un large consensus (on aime ça nous, les consensus au Québec), c’est qu’une augmentation du salaire minimum est toujours une bonne chose. Cela permet de sortir des gens de la pauvreté. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Sam Hamad. Ça doit donc être vrai. C’est probablement pour ça que les libéraux ont une fois de plus augmenté ce dernier de 0.50$ juste avant les fêtes.

Bon, vous me voyez venir. Et je vous vois venir également : « la droite, toujours aussi inhumaine » ou encore, « maudite bande d’individualistes à la Bush ». Ouin, mon discours gauchiste-altruiste n’est pas encore tout-à-fait au point, mais je pense bien être près du genre de critiques qui m’attendent à la sortie du virage.

Je suis très conscient que les lois sur le salaire minimum amènent leur lot de théories compliquées. Mais, êtes-vous de ceux qui croient qu’une hausse du salaire minimum ne peut que réussir à contrer la pauvreté? Oui! Je vais donc tenter de semer un doute raisonnable dans votre esprit en vous posant quelques questions :

  1. Est-il possible qu’un salaire minimum trop élevé peut créer du chômage, les employeurs offrant moins d’heures aux petits salariés (notamment en les remplaçant par de l’équipement ou en délocalisant leur entreprise)?
  2. Est-il possible qu’un salaire minimum trop élevé affecte l’investissement privé en diminuant l’attrait pour les entreprises étrangères de s’implanter au Québec (un peu comme le fait notre taux élevé de syndicalisation).
  3. Est-il possible que les travailleurs rémunérés au salaire minimum soient en majorité des étudiants?
  4. Est-il possible que les employés plus anciens, peu importe la compagnie, reçoivent de toute façon, plus que le salaire minimum?
  5. Est-il possible que les politiciens aiment bien se servir de cette augmentation pour se faire réélire ou tout simplement augmenter leur cote de popularité?
  6. Est-il possible qu’une hausse trop élevée du salaire minimum contribue à créer de la pauvreté?

Pouvoir répondre par la négative avec certitude à toutes ces questions, j’en viendrais à la conclusion qu’il faut absolument augmenter le salaire minimum au Québec de 10$. Dans les faits, le gouvernement ne le fait pas. Pourtant, tout le monde s’entend pour dire que cette mesure réussit à combattre la pauvreté. De plus, elle ne représente qu’un faible coût pour le gouvernement. Sans oublier que la rentabilité électorale d’une telle mesure est impressionnante. Pourquoi alors ne pas l’augmenter drastiquement (quoique les récentes augmentations soient assez drastiques)?

Je suis persuadé qu’une utilisation plus modérée et moins partisane des hausses du salaire minimum serait souhaitable. Il faut probablement protéger les travailleurs à faibles revenus, mais il ne faut pas le faire en provoquant une hausse du taux de chômage pour cette catégorie de travailleurs. J’aime bien l’approche de Pierre Fortin en général.  M. Fortin utilise comme indicateur le ratio du salaire minimum par rapport au salaire moyen des employés non-syndiqués. Il fixe la valeur maximale souhaitable à 45%.

En 2009, à 9$ l’heure, ce taux était de 47%. M. Fortin a d’ailleurs levé le drapeau d’avertissement à ce moment. Comme le salaire minimum passera à 9.50$ dès mai 2010, il est facile de supposer que le seuil de 45% sera défoncé.

Il devient donc facile, à mon avis, de considérer la dernière hausse annoncée par les libéraux comme une mesure populiste et irresponsable. Et tout ça, simplement dans le but de s’attirer de belles chroniques avant les fêtes.

Pourquoi ne pas fixer le salaire minimum à l’aide d’un indicateur économique simple et objectif, comme celui employé par M. Fortin. Au moins, la fixation du salaire minimum serait en dehors des mains du politique. Une petite analyse effectuée par un fonctionnaire du gouvernement et ta dam, le salaire minimum est ajusté, sans tambour ni trompette. Il ne resterait plus qu’à déterminer quel indicateur économique est le plus juste pour protéger les salariés tout en n’affectant pas le taux de chômage.

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9 réflexions sur “Salaire minimum et populisme

  1. Le salaire minimum ne combat pas la pauvreté tant qu’il ne permet pas à des gens de vivre décemment en travaillant à temps plein. Le salaire minimum peut réduire la misère, en revanche.

    La pauvreté peut aussi être combattue par des programmes sociaux (et non par des coupures gouvernementales).

    • Suggestion de lecture pour vous : http://geloso-breguet.blogspot.com/2008/11/salaire-minimum-bis.html

      Personnellement, je suis persuadé que la prime au travail est un meilleur outil pour combattre la pauvreté (car, contrairement à ce que vous pouvez croire, plusieurs méchants droitistes souhaitent améliorer le sort de tout le monde, ils ne pensent tout simplement pas que l’état soit le meilleur outil pour y arriver) que le salaire minimum.

      Je le dénote dans mon autre texte pas encore publié qui est plus complet (ce texte était abrégée pour qu’il soit diffusé par un média).

      PS : Vos textes sur votre blogue à propos du nôtre sont intéressants. Dommage que vous tombiez dans les attaques personnelles plutôt que de vous en prendre au contenu. Vous pourriez être un intervenant intéressant sur notre blogue si vous le souhaiteriez vraiment. Malheureusement, le respect semble vous faire défaut à l’occasion. Une personne peut penser différemment de vous sans être innocente!

      • Je trouve que mes quelques attaques personnelles (en particulier celles proférées à l’encontre du camarade Duhaime et de Joanne Marcotte) sont tout à fait adaptées à la démagogie ou au ton qu’ils emploient.

  2. Ton point 3 n’est pas tout à fait exact. Il faudrait ajouter qu’il y a aussi une bonne majorité de femmes qui ont se type de salaire.

    Tant qu’à moi, il faudrait peut-être calculé le montant du salaire minimum par le coût de la vie.

  3. Excellent article !

    Plusieurs états américains envisagent une baisse du salaire minimum comme façon de sortir de la crise( sur Drudge Report…)

    Dommage qu’au Québec la  »chorale » nous empèche d’avoir de vrais débats.

  4. Le salaire minimum crée du chômage. Un exemple précis. Si le salaire minimum est à 5$/h disons. J’ai besoins de travailleur pour peindre ma clôture. J’ai le choix entre 5 jeunes débrouillards que je paierai chacun 5$ de l’heure ou un employé efficace avec un gun à peinture que je dois payer 16$/h. Avec les trois jeunes, j’économise un dollar par heure, en plus de les responsabiliser et valoriser leur travail. Si le salaire minimum passe à 6$/heures, maintenant il devient plus rentable d’employer l’homme spécialisé dans le domaine. Résultat, trois jeunes viennent de perdre leur travail contre 1 employé très efficace. Ces trois jeunes sont peut-être issus de familles à faible revenu. Ce travail peut être important pour eux pour 2 raisons: ils ont peut-être besoin du revenu pour aider leurs parents à gagner suffisant d’argent pour avoir un niveau de vie décent, ou encore ils sont moins scolarisés, et ont besoin d’une bonne réputation d’employé pour avoir accès à des jobs plus payantes.

    Les syndicats adorent hausser le salaire minimum, une mesure qui favorise leur membres en empêchant les employés moins qualifier de les remplacer à cause des coûts trop important. Il faut dire aussi qu’un employeur prend une chance en employant un jeune peu qualifié au lieu d’une personne ayant une expertise précise.

    Comme Thomas Sowell (économiste noir activiste) le disait dans un débat: Le salaire minimum est une des mesures qui a le plus maintenu les noirs dans la pauvreté. […] Le salaire minimum c’est comme dire que si vous n’êtes pas capable de produire pour 5$ de biens ou de services en une heure, vous ne méritez pas un travail.

  5. Je pense que la pauvreté n’est pas dû à cause des salaires minimum et ce n’est pas quelques sous de plus qui aideront les pauvres. Je trouve qu’en très grande partie se sont les cartes de crédit qui gardent les gens dans la pauvreté éternelle.

    Cela devrait être illégal que les gens pauvres payent 29% d’intérêt (et même jusqu’à 50% au Mexique) parce qu’ils ne peuvent pas payer le montant dû a la fin du mois. Vrai, il y en a qui abusent, mais la plupart n’arrive pas ou malheureusement ne savent pas comment faire un budget, alors on peut prendre avantage d’eux.

    En réalité, les pauvres « subventionnent » les gens aisés ou riches qui eux se font prêter à chaque mois des milliers de dollars pour 0% interêt, parce qu’ils peuvent retourner en entier le montant qu’on leur prête pour presqu’un mois. Ici je trouve le capitalisme répugnant. Juste avec cela les gens pauvres n’auront jamais une chance de s’en sortir.

    En plus de nous prêter de l’argent gratuitement on nous donne des Air Miles et des miles Aeroplan pour s’être servi de cet argent « gratuit », pendant que les pauvres nous regardent prendre l’avion vers les Caraibes.

    Le capitalisme est allez trop loin dans certains cas, il faut l’avouer, ce système est injuste. Ou est l’équilibre?

    • En fait, Renée, l’arguement principal est le suivant. Les entreprises (principalement dans le commerce au détail) ne peuvent pas soutenir une augmentation de la masse salariale de 7% chaque année.

      Que font-ils?

      1) Ils peuvent tout simplement fermer.
      2) Ils peuvent jouer sur la seconde variable de la masse salariale, le nombre d’heures travaillées. Ils vont alors rationaliser dans le personnel, offrant moins d’heures aux employés.
      Ça peut être simplement une heure ou deux en moyenne par employé, mais en bout de ligne, l’augmentation du salaire y passe et le travail devient plus difficile. Généralement, ils vont pouvoir hausser les salaires avec le coût de la vie (IPC), car leur masse salariale peut aussi augmenter à un rythme modéré (2 à 3 %). Pour y arriver, si les salaires augmentent de 7%, ils doivent baissser le « budget d’heures » de 4% environ.
      3) Se fier plus sur les emplois à temps partiels que les temps plein.

      Au global, il y a moins d’heures de travail disponibles pour les gens à plus faibles revenus, ce qui peut avoir un impact sur le taux de chômage.

      Une mesure que les libéraux ont déjà utilisé est la prime au travail. Ce type de mesure combat la pauvreté beaucoup plus efficacement.

      Le salaire minimum, ce n’est qu’une apparence de bonne mesure. Malheureusement, il peut y avoir des effets pervers.

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