Le Grand Exode des baby-boomers

Par Guillaume S. Leduc,

Au Québec, nombreux sont ceux qui ont cette attitude qui vise à mettre le minimum d’efforts dans leur travail et espérer obtenir le maximum de gains. Cette mentalité est bien ancrée et elle est en quelque sorte protégée par divers mécanismes : culture hypersyndicale, répression de la pensée divergente et excès de la sociale-démocratie. Nous en avons encore une preuve ce matin avec le tout dernier épisode de la négociation entre le gouvernement et les syndicats de la fonction publique.

Selon le site web Canöe, un nombre important de fonctionnaires, conscients que la prochaine convention collective sera serrée, ont entrepris les démarches pour prendre une retraite hâtive : « C’est l’alerte générale, la débandade, la ruée vers la sortie. Par milliers, les fonctionnaires du Québec veulent utiliser leurs congés accumulés immédiatement et partir à la retraite avant la fin de l’actuelle convention collective ». On parle de 4500 fonctionnaires qui auraient entrepris ces démarches, ce qui équivaut au nombre total de départ à la retraite des cinq dernières années!

Stratégie ou réalité ?

Slogan à mettre aux poubelles

Difficile à dire. Il est vrai que ce genre d’argument peut servir les syndicats dans la prochaine négociation. Peut-être espèrent-ils que le gouvernement recule de peur de perdre une partie importante de son capital humain, notamment des gens d’expérience nécessaires pour transmettre leur connaissances aux nouvelles recrues, qui seront deux fois moins nombreuses. D’un autre côté, il est tout à fait possible qu’un aussi grand nombre de baby-boomers, qui ont travaillé toute leur vie avec en tête le slogan « Liberté 55 » et qui voient nombre de leurs ex-collègues profiter des plaisirs de la retraite depuis quelques années, décider que c’en est assez et que la prochaine génération saura bien se démerder.

Que ce soit une stratégie ou la réalité, les travailleurs des générations X et Y seront les grands perdants de cette histoire. Derrière cette catastrophe – n’ayons pas peur des mots – se cache un manque de savoir-vivre, une attitude qui va à l’encontre de la vie en société. Dans les années à venir, nous parlerons du grand exode des baby-boomers comme étant l’un des événements marquant le début du déclin tranquille du Québec. A-t-on encore besoin de rappeler l’évolution du ratio travailleur-retraité pour illustrer le tout ?

Source : Institut de la statistique du Québec

Le Québec est-il une société libérale ?

Je crois que la question se pose. Tout comme Lucien Bouchard, je suis d’avis que les Québécois ne travaillent pas assez et, surtout, pas assez longtemps. Or, un des éléments centraux du libéralisme, si l’on se réfère à John Locke, est la notion de travail. Ce que nous disait ce père du courant libéral, c’est qu’il est dans la nature de l’être humain de travailler afin de se procurer les biens nécessaires à sa survie.

La nouvelle selon laquelle autant de fonctionnaires songent à utiliser des congés DE MALADIE accumulés pour partir plusieurs mois d’avance, est probablement la meilleure illustration que pour certains, la richesse n’a pas besoin d’être créée par le travail. Il s’agît d’une utilisation abusive d’une richesse qu’ils n’ont pas créée. Qui assumera le coût de ces congés ? La fée des dents ?

Mais ce n’est pas tout. Selon Locke, se dégage du droit de propriété deux obligations morales :

« D’une part, je n’ai pas le droit de m’approprier plus que je puis consommer ; ce serait gaspiller. D’autre part, je dois en laisser aux autres, de telle sorte qu’ils puissent s’approprier à leur tour les fruits de la terre en aussi grande quantité et d’aussi bonne qualité. »

À mon avis, les Québécois ne respectent pas la deuxième de ces obligations. Une partie importante de la population s’est payée un train de vie luxueux depuis au moins quarante ans, tout en laissant aux autres un déficit structurel, une dette pharamineuse et donc l’impossibilité financière d’avoir le même train de vie.

Le Québec n’est donc pas une société libérale.

Assez paradoxale, dans ce cas, de constater le nom du parti qui accepte cette situation.

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8 réflexions sur “Le Grand Exode des baby-boomers

  1. J’ai un peu de difficulté à blâmer une mentalité. Pour ma part, j’ai plus tendance à blâmer le sytème dans lequel ces gens ont évolué (et les gouvernements qui les ont mis en place).

    Je prends toujours pour acquis que l’être humain pensera toujours à lui-même avant de penser au autres.

    Malheureusement, si les fonctionnaires âgées ont la perception qu’il vaut la peine pour eux de quitter immédiatement, il est fort probable qu’une majorité d’entre eux le fasse et c’est normal. J’ai bien de la misère à les blâmer.

    Outre ça, ton analyse est excellente. On se rend vraiment compte que les générations de fonctionnaires n’auront vraiment pas le même traitement dans le futur.

    Je trouve également ridicule le report des congés maladie. Complètement stupide comme mesure.

  2. Quel gâchis d’avoir créé autant d’attentes dans le secteur public et quelle indécence, en effet.
    « Dans les années à venir, nous parlerons du grand exode des baby-boomers comme étant l’un des événements marquant le début du déclin tranquille du Québec. » Je pense que tu as bien raison.

  3. Durant toutes ces années, nos gouvernants ont été des lâches… et ils le sont encore… c’est nous qui paierons la facture pour des conventions collectives confiscatoires. On n’a qu’a voir ce qui se passe à la SAQ. Nos gouvernants eux-mêmes se payent de généreuses pensions pour quelques années en chambre.

  4. Les employés qui se servent des congés de maladies pour des journées de congé vacances sont des gens peu honnêtes. Il devrait y avoir une loi contre cela, c’est totallement ridicule et dégoûtant que le gouvernement accepte ce genre de comportement gauchiste ridicule. On est pas vaillants et pas pauvre pour rien.

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