Québec dans le box des accusés

Par Éric Duhaime,

Ce texte a été publié dans les pages de La Presse ce matin le 27 janvier 2010,

Si les 11 jurés dans le procès des co-accusés de Vincent Lacroix ne sont pas arrivés à s’entendre, c’est peut-être simplement parce qu’il manquait un joueur important dans le box des accusés : le gouvernement du Québec!

De tous ceux et celles qui aidaient Vincent Lacroix, intentionnellement ou non, le plus important collaborateur demeure le gouvernement du Québec, via la Commission des valeurs mobilières du Québec (devenue depuis l’Autorité des marchés financiers), le ministère des Finances du Québec et la Caisse de dépôt et de placement du Québec.

Rappelons que la CVMQ autorisa en mars 2001 la création des fonds de placement Norbourg. En novembre 2001, le ministère des Finances, dirigé alors par Pauline Marois, enverra un généreux chèque de 991 628$ à Vincent Lacroix, ce qui le sauvera de la faillite. Finalement, en janvier 2004, la CDPQ vend ses fonds Évolution à Norbourg et lui transfert ainsi 132 millions $, en violation des règles de l’AMF. Vincent Lacroix bénéficiait donc des largesses de l’État québécois qui l’a mis au monde, financé et encouragé plutôt que de l’encadrer et arrêter ses abus.

Évidemment, le dossier est très « complexe », comme le soulignaient les jurés dans une note adressée au juge Richard Wagner lundi dernier. D’autant plus complexe que le gouvernement du Québec refuse d’instaurer une commission d’enquête et bâillonne la preuve de plus de 30,000 pages, en interdisant sa diffusion publique, pour ensuite demander l’impossible mission à un jury de rendre un verdict sur chacune des 702 accusations.

Qui veut-on protéger en agissant ainsi? Certainement pas les 9200 petits-épargnants floués, dont des centaines de grands-papas et grands-mamans qui ont vus disparaître l’épargne de toute une vie. Le scandale Norbourg coûtera plus de 100 millions $ à ces victimes, ce qui en fait la plus importante fraude financière de l’histoire du Québec. Le gouvernement ne peut rester les bras croisés et faire semblant que le système fonctionne devant autant d’injustice.

DIVERSION LIBÉRALE

La stratégie actuelle du gouvernement libéral de Jean Charest consiste à noyer le poisson. Comme les libéraux l’ont fait au cours des derniers mois dans l’autre gros scandale qui frappe leur administration avec la collusion et la corruption dans l’industrie de la construction, ils cherchent à gagner du temps pour que l’on oublie.

En vue de détourner l’attention sur les fautes potentielles du gouvernement du Québec dans l’affaire Norbourg, trois ministres annonçaient en grande pompe, l’automne dernier, la mise sur pied de deux équipes spécialisées pour lutter contre les criminels à cravate. La première équipe affectée à la gestion des dossiers criminels compte 6 agents de la Sureté du Québec et 5 fonctionnaires, dont 4 de l’AMF. La deuxième équipe constitue en fait un ajout de 20 policiers à la division des crimes économiques de la SQ.

Comme si 31 employés de plus permettraient au gouvernement du Québec d’éviter un autre dérapage. L’AMF, à elle seule, compte déjà plus de 500 employés. Non seulement ces 500 personnes n’ont pas suffi à arrêter Vincent Lacroix, certains se sont fait complices. Le système de protection de l’épargne des Québécois présentement en place permet des crimes odieux. C’est là-dessus que le gouvernement doit agir.

Rien de plus simple en politique que de gaspiller l’argent des contribuables et embaucher plus de personnel ou de médiatiser un procès en déversant toute la fautes sur les fraudeurs plutôt que de réformer un système défaillant et condamner ses propres employés délinquants. L es libéraux choisissent malheureusement la voie de la facilité et de l’irresponsabilité.

Seule une commission d’enquête publique et indépendante pourra redonner confiance aux petits-épargnants québécois. L’incapacité des jurés à rendre une décision après quatre mois de procès et près de deux semaines de délibération vient renvoyer au visage du gouvernement le message que le temps est venu de se sortir la tête du sable. Le travail titanesque de faire la lumière sur Norbourg pour éviter d’autres scandales du même type n’incombe aucunement à un nouveau jury mais bien à une commission d’enquête qui permettra de décomplexifier le scandale en identifiant les vrais coupables.

 

 

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5 réflexions sur “Québec dans le box des accusés

  1. Éric ton analyse est excellente mais il ne faut pas oublier que le poisson Lacroix :) n’est pas seulement noyé par le gouvernement mais l’absence d’opposition et le cynisme général de la population. On est rendu accoutumé comme dirait l’autre…..

    Le pirate.

  2. 2 demandes d’enquête publique ont déjà été demandées. La première a été présenté à l’assemblée nationale le 3 mai 2006 par M. Deguise et moi-même, accompagnée d’une pétition de 2500 noms présentée par le PQ soit Rosaire Bertrand à un gouvernement minoritaire et appuyé par l’ADQ, niet rien de rien. Une deuxième a été présenté par l’opposition à ce moment l’ADQ et encore une fois, rien niet. Mais où en sommes nous depuis 5 ans, des millions plus tard, et plusieurs qui se cachent sous leurs bureaux, à j’oublie Mme Marois qui a préféré défendre sa petite personne contre M. Taillon au lieu de brandir haut et fort la cause Norbourg pour prouver que son gouvernement n’aurait rien à se reprocher…. Le dernier espoir  »le recours collectif »…. faute d’avoir un gouvernement qui se tient debout.

    • Continuez votre combat Mme Arcand, vous avez notre soutien, c’est évident.

      Si on peut faire quelque chose pour vous aider, vous pouvez nous écrire quand vous voulez, si cela peut vous être utile.

  3. C’est un outrage envers son peuple, lorsque M. Charest ignore et montre aucun intérêt pour éclaircir, aussi tôt que possible, les faits et détails de cette grande affaire criminelle des bandits Norbourg. Est-ce que le gouvernement,la Caisse et ATM seraient responsables en n’ayant pas étudié en détails les dossiers Norbourg?

    Si oui, est-ce que le gouvernement ne devrait pas être responsable de dédommager en partie les perdants dans ce drame. Se faire voler ses économies de toute une vie c’est plus que boulversant.

    Je me demande ce que pense La Duchesse Marois dans son château…elle qui était Ministre des Finances à ce temps là. On doit insister pour qu’une enquête prenne place car nous devons voir le fond de cette affaire. Charest…. »wake up and smell the coffee! »

  4. Excellent reportage Eric. Continues a frapper pour reveiller celui qui dort les deux mains sur le gouvernail.

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