L’assisté social de la fédération

Par Guillaume S. Leduc

C’était le 3 novembre 2008. L’Ontario venait d’apprendre que pour la première fois de son histoire, elle allait recevoir des paiements de péréquation. 347 millions de dollars, ce n’est pas la mer à boire disaient certains observateurs. C’était même absurde comme somme si on la comparait au 8.35 milliards qu’allait recevoir le Québec. Néanmoins, au-delà du chiffre, c’est la signification de cette nouvelle réalité qui déplaisait. L’Ontario, jadis le moteur économique de ce pays, est devenue ce jour-là une province pauvre, une « have-not province » comme on dit au Canada anglais.

Les réactions ont été vives. Le Ministre Flaherty, originaire de l’Ontario, s’est immédiatement inquiété de la situation. Son homologue provincial, Dwight Duncan, s’est empressé de déclarer que la situation ne durerait pas longtemps. Les Ontariens ont, encore aujourd’hui, beaucoup de mal à l’accepter et ce même si l’Ontario reçoit moins en transfert total qu’elle n’en verse, ce qui n’est plus le cas au Québec depuis trois ans.

Parallèlement à cela, ici, on est tellement habitués à recevoir nos milliards de péréquation qu’on en est venus à considérer cet argent comme la nôtre. Peu à peu, à la manière d’un assisté social apte au travail pour qui l’aide sociale est devenue un mode de vie, les gouvernements québécois ont commencé à prendre ces milliards pour acquis au moment de planifier leurs dépenses. Avec le temps, notre dépendance financière à la péréquation est devenue structurelle. Nous sommes devenus l’assisté social de la fédération, conscient de sa situation, mais incapable de poser les gestes difficiles pour s’en sortir.

Ce faisant, notre dépendance à la péréquation s’est accentuée à chaque fois que nous avons augmenté les dépenses sans créer davantage de richesse. Au fil des ans, nous avons créé un éventail de programmes sociaux tellement alléchants qu’ils sont désormais considérés comme faisant partie intégrante de notre mode de vie. Les garderies à 7$, un généreux régime d’assurance parental, la presque gratuité scolaire,etc. Ces programmes sont tellement appréciés que les remettre en question aujourd’hui est devenu un acte hérétique : être contre ces programmes, c’est être contre la solidarité, contre le progrès, contre le Québec.

Pendant ce temps, ceux qui doivent nous donner ces milliards de dollars annuellement sont très loins de se payer un si grand luxe. Comment réagiriez-vous si votre voisin, sur l’aide sociale, se payait une Mercedes Benz flambant neuve alors que tout ce que vous pouvez vous offrir est une Kia ?

Meet Ted Morton

Il semble bien que ce n’est pas qu’au Québec qu’il est possible de marquer des points en critiquant le reste du Canada. Avec la montée du Wildrose Alliance en Alberta, que je vous décrivais ici, le Parti Conservateur d’Ed Stelmach n’a pas le choix d’adopter un discours plus agressif envers les provinces qui reçoivent de la péréquation. La semaine dernière, le premier ministre a procédé à un remaniement ministériel où il a confié le portefeuille des finances à un certain Ted Morton.

Ted Morton, nouveau Ministre des finances de l'Alberta

Ted Morton détient un Ph.D en économie politique de l’Université de Toronto. Il est le fils d’un sénateur républicain du Wyoming et un ami personnel de Stephen Harper. En 2004, il écrivait dans le Calgary Herald que la péréquation créait une dépendance, encourageait l’échec et punissait le succès économique. Il accusait le gouvernement québécois de recevoir de la péréquation alors qu’ils avaient tué l’économie de leur propre province. Au moment où son parti est sérieusement menacé, Ed Stelmach lui a confié un mandat susceptible de rallier les Albertains derrière une même cause : informer le Canada que l’Alberta ne veut plus payer de péréquation. Le buffet est terminé, pour reprendre ses propres mots.

Avec un faucon comme Ted Morton à la barre des finances de l’Alberta, la prochaine rencontre des ministres des finances des provinces risque d’être intéressante. J’ai bien hâte de voir la tête de Raymond Bachand quand il va essayer de lui expliquer qu’au Québec, tout ce qui compte, c’est d’être heureux.

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5 réflexions sur “L’assisté social de la fédération

  1. Guy… j’adore votre maniere d’ecrire avec l’humour necessaire pour tout bien balancer. En même temps…you really make points very clear. Excellent!

    Je pense moi aussi que les provinces riches en ont assez des caprices du Québec, de leur chialage contre le Canada, et leur manque de vision pour boucler leur budget. Quebec demeure la province la plus endetée qui nage dans la crème fouettée et aime se plaindre a tout occasion. M. Charest, vous écoutez!

  2. Excellente réflexion qui devrait inspirer nos décideurs branchés sur le 0,5 volts. La mentalité qui s’est développés en est une de dépendance disgracieuse et honteuse. Il est grand temps que ça change, M. Charest doit comprendre avant le séisme.

  3. Morton jappe fort mais comment il va s’y prendre pour faire modifier la constitution? Ça prend sept provinces. Les provinces BS vont l’envoyer promener.

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