Cuba si? De retour avec des questions plein la tête!

Par Ian Sénéchal,

J’ai été absent la semaine dernière en raison d’un voyage  de détente dans un hotel paradisiaque en formule tout inclus à Cayo Coco.

Tout d’abord, je dois féliciter mes deux collaborateurs au blogue qui ont très bien réussi à cacher le fait que je n’étais pas là. Je n’ai vraiment aucun regret de les avoir inviter sur cette plateforme qui ne cesse de prendre de l’expansion depuis quelques temps. Ils sont vraiment efficaces et apportent un contenu d’une belle qualité.

Plusieurs personnes m’ont lancé de petites pointes amicales quant au fait que je partais dans le sud visiter un pays socialiste. Je me disais alors que ça me passait pas mal par dessus la tête, l’important, en tout bon capitaliste, c’est de payer le moins cher possible pour avoir la meilleure qualité possible. Faut être honnête, les quelques 900$ que j’ai investis pour ce voyage en valaient nettement la peine : belle température, excellents cocktails à volonté, belle chambre, personnel gentil et agréable, bonne nourriture, excellente compagnie aérienne…

Par contre, après avoir fait une « excursion » à Ciego de Avila, je me suis vraiment rendu compte que les quelques personnes qui avaient fait ces commentaires avaient probablement un peu raison. Après cette visite, je ne peux pas dire que j’ai passé une semaine à Cuba, je peux dire que je n’y ai passé que 6 heures. Cayo Coco, ce n’est pas Cuba, ce n’est qu’un « front ». Cuba, c’est à 60 kilomètres de Cayo Coco et surtout, à quelques dizaines d’années dans le passé.

Je vous présente donc, dans ce texte, de petites histoires courtes et légères qui m’ont fait sourire ou réfléchir à Cuba. Je n’ai vraiment pas la prétention de bien connaître le pays, mais j’ai la ferme intention de bien m’informer sur eux dans les prochaines semaines. Je suis vraiment revenu de là-bas avec des questions plein la tête à propos du mode de fonctionnement de leur gouvernement très omniprésent. D’ailleurs, si quelqu’un a un bon livre sur le sujet à me suggérer, je suis partant. Je vous invite également à ajouter vos propres petites histoires sur Cuba dans les commentaires si vous le désirez.

Pesos convertibles (CUC)

À Cuba, on ne peut utiliser l’argent canadien. Ni l’argent américain, comme ce fût le cas il y a quelques années. Les touristes que nous sommes devons utiliser les CUC. Pour cent dollars, vous obtenez environ 80 CUC. Vous ne pouvez pas non-plus utiliser la même monnaie que les Cubains. Ils utilisent le peso cubain (CUP). Un guide touristique nous expliquait qu’un CUC valait 25 CUP. En général, on donnait un CUC pour chaque « service rendu ».

Trois salaires

À Cuba, les travailleurs peuvent obtenir un des trois salaires possibles : 250 CUP, 450 CUP et 1000 CUP. Ces salaires sont mensuels. Le dernier salaire correspond à celui des médecins. Notez que je tiens ces informations d’une guide touristique cubaine, donc, ça vaut ce que ça vaut. Je vous suggère cette petite lecture qui date de 2001 pour une vue plus en détail de leur économie. Si vous faites la conversion, le salaire mensuel est l’équivalent de 40 pourboires dans un hotel ou 50 dollars canadiens.

Mais ils sont capitalistes ces cubains!

Même si le gouvernement est totalitaire et socialiste, les cubains savent compter. Ils sont prêts à tout pour aller vous chercher un CUC. Remarquez, je les comprends, un CUC représente un fraction très importante de leur salaire mensuel. C’est ainsi que l’on découvre, à Cuba, un marché noir extrêmement développé. C’est également de cette façon que l’on va voir une animatrice faire des tresses à une femme cachée quelque part pour 25 CUC, un jardinier nous vendre des « monkey coconut » (singe sculpté dans une noix de coco) pour 5 CUC ou un sauveteur nous accroché pour nous vendre des cigares. C’est également de cette façon que des gens empilent les chaises sur la plage le plus haut possible pour être sûr que les touristes ne peuvent s’en prendre une eux-même. Ils viennent par la suite vous rendre « service » en allant vous la chercher. Les cubains veulent tous des CUC. Comprenable.

Tourisme du sexe?

Clairement, et ça c’est évident, certains cubains se retrouvent en compagnie de femme beaucoup plus vieille pour toute la durée d’un voyage. Bien que je ne l’ai pas observé, le contraire doit être aussi vrai pour les hommes. Je vous laisse deviner la raison…

Tout les cubains sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres!

S’il y a une chose qui est évidente à Cuba, c’est que la très grande majorité de la population est bien loin de vivre au dessus de ses moyens. Par contre, on voit quand même des gens se promener en Audi, des jeunes porter des vêtements de grandes marques et soucieux de leur style ainsi que plusieurs autres « inégalités » sociales. Le socialisme est et demeure dans mon esprit, la plus grande source d’inégalité que les humains connaîtront. On trouve clairement les amis du régime à Cuba, ou les rois du marché noir. Même pas besoin de rester une semaine pour ça.

La révolution

C’est impressionnant les nombreuses références à la révolution employées par les guide touristique. Ils essaient vraiment de nous faire croire que cette révolution est la meilleure chose qui pouvait leur arriver. Un phrase clé que j’ai retenu :

« Avant la révolution, il n’y avait que deux universités à Cuba. Maintenant, grâce à la révolution, il y en a 64 ».

Il faut dire que sur une population de 11 millions, 64 universités c’est beaucoup. Par contre, la performance de l’enseignement supérieur ne se mesure pas en nombre d’universités, mais plutôt en qualité d’enseignement. 

Conclusion

Pour terminer, je veux simplement dire que j’ai bien apprécié mon voyage et que je suis rentré au pays sans avoir l’impression de bien comprendre cette île paradisiaque. Je suis probablement certains que les cubains ne nous comprennent pas totalement non plus. Mais je suis sûr d’une chose, si les socialistes occidentaux (les idiots utiles selon Nathalie Elgrably) sont persuadés que le capitalisme à ses faiblesses, bien moi je suis également persuadé que le socialisme ne pourra durer à Cuba. Tôt ou tard, ils subiront une seconde révolution. Ce sera probablement une révolution du marché. Les cubains savent trop compter pour ne pas vouloir embarquer dans la danse de la mondialisation. Ils ne le savent tout simplement pas encore.

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14 réflexions sur “Cuba si? De retour avec des questions plein la tête!

  1. Vu la nature de votre blogue, on vous donnera probablement de nombreuses lectures hostiles au Cuba contemporain ; puisqu’il existe, à l’inverse, de nombreux disciples du socialisme cubain, il est possible qu’on vous donne des lectures traitant de ce Cuba contemporain de façon idyllique.

    Je vous conseille donc de lire la version de Fidel Castro, racontée par Fidel Castro avec l’aide d’un journaliste franco-espagnol :

    http://www.amazon.fr/Fidel-Castro-Biographie-deux-voix/dp/2213631883

    D’autre part, on peut dire ce qu’on veut du Cuba castriste, il reste indéniable que
    * la situation générale du pays et de la population est meilleure que sous les régimes précédent, particulièrement celui de Batista ;
    * la situation de Cuba et des Cubains est très loin d’être la pire sur la planète, y compris comparée à celle vécue dans certains pays capitalises et/ou démocratiques ;
    * la situation actuelle est en partie causée par le blocus économique américain et l’hostilité des États-Unis envers ce pays depuis plus de 40 ans ;
    * une différence doit être faire entre Ernesto Guevara, un internationaliste, révolutionnaire et exportateur de la Révolution notoire, et Fidel Castro, un patriote et un nationaliste respectant la souveraineté des autres nations.

    • Merci pour la proposition. Vous avez raison quand vous dites que Cuba est certainement un sujet qui laisse peu de gens indifférents.

      Bien que d’autres pays se tirent moins bien d’affaires que Cuba, il est plus qu’évident que ce dernier n’a pas encore atteint son plein potentiel. Une bonne dose de liberté économique et démocratique ferait beaucoup pour ce pays. Ils ont tout pour réussir, mais malheureusement…

  2. J’ai un de mes amis qui vient de passer deux semaines à Cuba et est sorti des sentiers battus.

    Voici le lien qui vous permettra de prendre connaissance de ses souvenirs de voyage. Comme c’est un économisyte à la retraite, il a été un peu plus curieux que vous en ce qui a trait à l’économie cubaine.

    http://www.yvondionne.org/cuba.html

    • Merci M. Trudel, j’ai bien aimé le journal de votre ami et ses observations durant son voyage à Cuba, ironie remarquable…je vois que rien n’a changé et probablement que Cuba s’est appauvrit davantage. Communiste ou capitalisme, nous sommes alles trop loin dans nos convictions. Un jour peut-etre nous trouverons le juste milieu.

  3. Lors de notre visite à Cuba (Varadero) voilà plusieurs decenies, nous avions fait la connaissance d’une famille cubaine. La peur des Cubains de se faire dénnoncer était palpable. Nous parlions sur la plage et lorsqu’un cubain passait pres de notre petit groupe, les cubains s’arrêtaient de parler car ils n’avaient pas le droit de parler politique, ce que nous faisions naturellement. Un autre cas, des allemands se sont fait expulser de l’île parce qu’ils avaient filmé une séquence avec la police scenario: ils avaient pris une chaise du patio et ils l’avaient trainé sur la plage, un luxe a ce temps là. Je me demande si cette peur existe encore. A part cela, le soleil etait au rendez vous et la plage magnifique.

    • Je n’ai pas ressenti la peur que vous décrivez. Remarquez, je n’ai pas essayé de leur parler de politique. Je me doutais bien qu’ils ne voudraient pas le faire!

      Le texte suggéré par M. Trudel fait toutefois état de cette peur qu’on les cubains de parler avec les touristes de politique.

  4. à Wolverine

    « La situation générale du pays et de la population est meilleure que sous les régimes précédent, particulièrement celui de Batista »

    Ah, oui, vraiment ? Voilà une légende bien tenace… C’est le regretté Jean-François Revel, je crois, qui rappelait dans l’un de ses derniers ouvrages qu’en 1959, Cuba était le quatrième pays le plus riche d’Amérique Latine, après l’Argentine, le Chili et le Costa Rica. Aujourd’hui, après 50 ans de « socialisme triomphant », Cuba est devenu l’un des plus pauvres…

    Sous Batista, il y avait des inégalités criantes et de la corruption, certes, mais les Cubains ne crevaient pas de faim, semble-t-il. La société cubaine était même, par certains côtés, relativement moderne. Une sorte de Floride latine, quoi… Et la Havane était l’une villes les plus folles d’Amérique. En 1959, un bon nombre de Cubains, surtout à la Havane, avaient des voitures. Aujourd’hui, ils ont… les mêmes ! Les politiques économiques mises en place par Castro et Guevara au début des années 60 ont été, pour la plupart, désastreuses, et c’est seulement grâce à une aide soviétique massive (les Soviétiques achetaient le sucre bien au-dessus du prix mondial) que l’économie cubaine ne s’est pas complètement effoirée au cours des années 60 à 80. Le reste n’est, bien souvent, que propagande ! L’obsession de « l’éducation » a toujours quelque chose de suspect, à mes yeux… La société n’est pas une école… Il semble, d’ailleurs, que la révolution a aussi marqué un recul technologique majeur pour Cuba… En effet, en passant de la technologie américaine à la technologie soviétique, au début des années 60, l’économie cubaine a reculé de vingt ans…

    Quant à parler de « la situation générale du pays et de la population », on pourrait aussi se rappeler que le sympathique Castro a sacrifié, au cours des années 70 et 80, dix mille jeunes Cubains sur l’autel des guerres « anti-impérialistes » qu’il a menées en Afrique (!), principalement au Mozambique et en Angola, contre l’armée sud-africaine au cours des années 70 et 80. Sans doute Fidel voulait-il plaire aux Soviétiques. À l’échelle de Cuba, c’est un Vietnam multiplié par dix ! Si les Cubains se sont finalement tirés d’affaire, c’est grâce au général Ochoa, un remarquable stratège… que le père Castro a ensuite fait exécuter, après lui avoir fait un procès bidon, parce qu’Ochoa était devenu trop populaire…

    Ah, ce Castro ! Quel grand hôôôôômme ! Pour en apprendre un peu plus sur les côtés sombres du personnage, je vous conseillerais la lecture du livre « Castro l’infidèle », écrit il y a quelques années par deux journalistes français.

    • Notez que je n’ai jamais soutenu que Cuba était un paradis et que Fidel Castro était parfait. D’ailleurs, je suis parfaitement d’accord avec monsieur Sénéchal, qui affirme avec justesse que le potentiel cubain est sous-exploité – et l’existence de l’embargo américain en est en partie responsable.

      Cuba était rempli de richesse en 1959, tout comme Cuba est rempli de richesse en 2010. Or, en 1959, ces richesses ne profitaient aucunement à Cuba et au peuple cubain et le régime de Batista n’est pas pire que le régime castriste en ce qui a trait à la démocratie et aux droits de l’Homme.

      De plus, sous les Castro, les Cubains ne crèvent pas de faim et ont accès à beaucoup plus de soins de santé et de services en matière d’éducation que de par le passé et que part rapport à une majorité des nations de la planète. Certes, ils sont bien loin du niveau considéré comme étant acceptable dans les pays industrialisé. Mais il ne faut pas dépeindre la situation comme plus noire qu’elle ne l’est, au risque de perdre sa crédibilité. N’oubliez pas que Cuba se classe 70e sur 190 pays pour ce qui est du PIB per capita et 51e sur 182 pour ce qui est de l’IDH (8e sur 34 en Amérique).

      Quant aux interventions étrangères menées par Cuba, sachez qu’elles ont toujours été menées au grand déplaisir de Moscou.

  5. Lorsque le régime tombera, tu peux compter sur Radio-Canada pour aller interroger les apparatchiks (les bénéficiaires) du régime déchu, qui diront que les Castro étaient une bénédiction pour les [fonctionnaires et militaires] Cubains.

    Comme ils ont fait pour commémmorrer les 20 ans de la chute du Mur de Berlin.

    De Tocqueville remarquait dans De la démocratie en Amérique qu’il existe une solidarité entre les personnes d’une même caste.
    Un apparatchik cubain ou un apparatchik canadien, même club.

    L’État pratique l’exploitation de l’homme par l’homme.

  6. @ Wolverine

    Vous confondez (c’est très courant dans le cas de Cuba), entre embargo et blocus. Il n’ya et il n’y a jamais eu de blocus americain sur Cuba hormis l’affaire des missiles soviétiques en 1963.
    Cuba est tout à fait libre de faire du commerce avec tous les pays de la planète, sauf les USA.
    On pourrait même ajouter qu’ils sont bénis des dieux! Voilà enfin un pays qu’aucune entreprise capitaliste américaine, genre Wal-Mart viendra s’implanter et, par conséquent, les ruiner.

  7. à Inaki

    « Cuba est tout à fait libre de faire du commerce avec tous les pays de la planète, sauf les USA »…

    À quoi j’ajouterais que les méchants Cubains de Miami sont libres, sur une base INDIVIDUELLE, de faire du commerce profitable avec tout individu sur la planète. Sauf, évidemment, avec leurs cousins malchanceux (ou pas très allumés) restés à La Havane… Mais ces derniers, comme dirait notre sympathique meunistre Bachand, sont beaucoup plus heureux, évidemment, parce qu’ils ont l’immense bonheur de vivre la « simplicité involontaire » imposée, pour leur bien, par l’état cucubain…

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