Ma réplique à Michel C. Auger

Par Guillaume S. Leduc

La semaine dernière, j’ai publié un billet intitulé L’inconvenient truth du Québec dans lequel j’expliquais en quoi le gouvernement Charest faisait preuve d’arrogance en critiquant aveuglement l’industrie des sables bitumineux de l’Ouest du pays. Il semble que le titre du billet était bien choisi, car la vérité que j’ai exposée est allée jusqu’à déranger Michel C. Auger dans les studios de Radio-Canada.

Dans son texte intitulé Péréquation, pétrole et vérités qui dérangent, le premier analyste politique de Radio-Canada affirme que l’argument, partagé par bon nombre d’observateurs de la scène politique, néglige « les efforts faits par les entreprises de l’Est du Canada, du Québec en particulier, pour réduire leurs GES en prévision de l’entrée en vigueur de l’accord de Kyoto ». L’argument de M. Auger repose sur l’injustice que créerait l’adoption de l’année 2006 comme référence plutôt que 1990. Ce faisant, toutes les industries ayant fait des efforts pour réduire leurs GES entre 1990 et 2006 seraient désavantagées.

Des victimes, les industries québécoises ? Pas si sûr que ça…

Ce que M. Auger omet de présenter dans son analyse, c’est qu’entre 1990 et 2006, même si les dépenses du Québec excédaient ses revenus, nous avons continué à verser plus de subventions aux entreprises que n’importe quelle autre province. Récemment, les économistes Marcel Boyer et Paul-Daniel Muller ont estimé que via ses différents programmes de subventions aux entreprises, le Québec leur verse en moyenne 3,6 milliards de dollars par année. C’est deux fois plus que l’Ontario et trois fois plus que l’Alberta.

Durant la période mentionnée, le Québec a reçu 72,6 milliards en péréquation. L’Alberta, elle, n’a pas touché un rond. C’est en grande partie grâce à cette aide sociale interprovinciale que le Québec a pu être si généreux avec ses entreprises. Un bon exemple de cette générosité est Alcan, l’exemple même que Michel C. Auger utilise pour nous démontrer ô combien font pitié les industries québécoises qui ont réduit leurs GES.

Siège social d'Alcan, Montréal

Je vous avoue que je ne comprends vraiment pas pourquoi il a utilisé cet exemple, car Alcan est le symbole même des entreprises vivant au crochet de l’État. Alcan a peut-être réduit de 25% ses GES entre 1990 et 2006, mais que personne ne vienne me dire que cela l’a désavantagée par rapport aux entreprises de n’importe quelle autre province. Les avantages que le Québec consent à cette entreprise sont tellement grands que le gouvernement devrait en être gêné.

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11 réflexions sur “Ma réplique à Michel C. Auger

  1. Monsieur Auger fait comme tout québécois « brainwashé » par les propos du théologien Steven Guilbault, pape du climat, qui lui est le seul qui a le pas et la vérité qui dérange sde son ami le politicien véreux Al Gore. On oublie trop souvent de dire que Guilbault fait de la politique partisane en appuyant et conseillant son ami Stéphane Dion du parti libéral et le gouvernement Charest. Mais Guilbault en froussard n’a jamais voulu se présenter à l’électorat même si Dion lui avait offert un comté sûr.

    Ces gens oublient de parler des efforts pour diminuer les GES des exploitations des sables bitumineux par les provinces de l’ouest, le Gouvernement fédéral et l’industrie pétrolière. Ce n’est pas des paroles en l’air mais des résultats de ces efforts dépend l’accord avec Obama pour l’approvisionner en pétrole.

    http://www.whitehouse.gov/the_press_office/Press-Conference-by-President-Obama-President-Calderon-of-Mexico-and-Prime-Minister-Harper-of-Canada/

    Dans les pays producteurs, le Canada fait office de leader dans le domaine du captage et du stockage du carbone et plusieurs compagnies pétrolières ont débuté des projets en ce sens. Je vous cite le projet Quest dont voici la description faite par Shell Canada partenaire avec Chevron et Marathon Oil Sands.
    http://www.shell.ca/home/content/can-fr/aboutshell/our_business/oil_sands/quest/

    J’aurais pu vousparler du projet Transalta mais ici on préfère parler de fermer le robinet pour mettre en exergue les progrès faits par le Québec dont les argents pour l’environnement sont issus d’entente fédérale-provinciale avec chaque provinceet d’une taxe sur le carbone de 0,02$/litre en sus des autres taxes sur le pétrole qui doublent le prix à la pompe. On sait qu’en avril 2007, le Québec a reçu 350 millions du fédéral et l’a dépensé en majorité à construire une usine d’éthanol dans la vallée du Richelieu-yamaska et qui n’est pas en fonction (200 millions). Le reste a servi à faire de la propagande et à subventionner des groupes de pression comme celui de Steven Guilbault. Équiterre a reçu pour sa maison du développement durable pour héberger les groupes verdoyants subventionnés des sommes importantes de l’État québécois.

    D’abord l’Hydro a fourni un terrain au centre ville de Montréal dont la valeur imposable au rôle de la ville au moment du don était de 1,3 million. Ils ont signé un bail emphythétique de 1$ sur 50 ans.
    http://blog.amigoexpress.com/?m=200606

    En 2008, l’emplacement de la Maison du développement durable a été grandement bonifié par l’annonce de la Ville de Montréal et des gouvernements du Québec et du Canada, qui ont confirmé des investissements de 120 millions de dollars pour faire du quadrilatère autour de la Place des Arts une plaque tournante des arts et de la culture en Amérique. Des parcs y seront aménagés, dont le Parc Hydro-Québec, adjacent à la Maison.
    http://equiterre.info/site/rapportannuel/fr/mdd

    On veut y construire un édifice de 7 étages et déjà la Ministre Gaïa Beauchamps a fait sa part avec une subvention de 7 millions.
    http://www.mddep.gouv.qc.ca/infuseur/communique.asp?no=1221

    Comme vous voyez le prisme déformant de la gogauche québécoise ne dit pas tout…

  2. Bon document. Il y a beaucoup de personnes au Quebec qui souffrent d’etre brainwashé! Malheureusement le PQ, BQ a fait sa grande part dans ce domaine.

  3. Votre aimable réplique à mon carnet de cette semaine a malheureusement le défaut de voir la réalité non pas comme elle est, mais comme vous aimeriez qu’elle soit.

    On peut déplorer les subventions aux entreprises, mais elles existent. Partout. Et en Alberta autant qu’ailleurs.

    En ce sens, l’Alcan ne fait qu’obéir aux lois du marché en acceptant l’argent quand il est disponible. On ne peut donc pas exclure cet exemple du débat juste parce que l’exemple ne fait pas votre affaire.

    D’autant qu’il faut se boucher les yeux pour ne pas voir que les entreprises pétrolières reçoivent, elles aussi, des subventions et, surtout, de généreux avantages fiscaux des gouvernements canadien et albertain. En particulier, les projets-pilote de stockage du carbone dont vous faites mentions sont très largement financés par les fonds publics.

    D’autre part, la péréquation est un programme fédéral inscrit dans la constitution et qui vise à garantir un niveau comparable de services publics d’une province à l’autre. Il existait avant que l’on commence à exploiter les sables bitumineux et va sans doute exister encore après.

    Il est absurde de prétendre que puisque l’Alberta est un contributeur net au fonds de péréquation, elle doit avoir le droit de dicter aux provinces qui en reçoivent quelles doivent être leurs politiques.

    On peut vouloir faire un débat sur l’utilité de la péréquation — ce que veut engager M. Ted Morton, le nouveau ministre des Finances de l’Alberta, un débat qui sera très intéressant, d’ailleurs — mais on ne peut pervertir le sens du programme actuel au point de dire que la province qui reçoit doit calquer ses positions sur celle qui contribue.

    Enfin, je note que vous ne vous adressez pas au problème fondamental de la position canadienne à Copenhague, que je souligne dans ce carnet, soit le changement de l’année de référence de 1990 à 2006.

    Quiconque a, de bonne foi, fait des efforts pour réduire ses émissions de GES depuis la conférence de Kyoto, en se fondant sur un accord international signé par le Canada, s’en trouve lésé. Pour reprendre l’expression anglaise, c’est un cas flagrant de « moving the goal posts », de déplacer les poteaux des buts une fois que la partie est commencée.

    Cela n’a rien à voir avec la péréquation, c’est une simple question d’équité.

    • Bonjour M. Auger et merci de prendre le temps de me répondre. Je vous rassure d’entrée de jeu, la réalité actuelle des choses ne correspond pas du tout à ce que je souhaite. Comment pourrais-je souhaiter que la province dans laquelle je paie des taxes et bientôt des impôts dépende de la prospérité économique des autres provinces afin de ne pas sombrer dans le gouffre financier ? La réalité, si cruelle soit-elle, est que les gouvernements québécois qui se sont succédés ont établi un cadre de dépenses si élevé que nous ne pouvons le financer à même la richesse que l’on produit. Nous devons le faire avec de l’argent moins propre. Croyez-moi, c’est loin d’être ce que je souhaite.

      Par ailleurs, mon point sur les subventions aux entreprises ne visait pas à défendre celles qui sont octroyées à l’industrie pétrolière. Ce que je dis, c’est que le Québec est de loin la province qui subventionne le plus ses entreprises et elle le fait à travers des budgets déséquilibrés. Cela veut donc dire que sans les milliards que nous procure la péréquation à chaque année, nous n’aurions probablement pas les moyens de nous payer ce luxe. Autrement, nous aurions un déficit encore plus élevé et vous conviendrez tout comme moi que cela est impensable.

      Pour ce qui est d’Alcan, plus précisément, je persiste à dire que cet exemple ne vous sert pas beaucoup. À moins, bien sur, que vous puissiez démontrer que les décisions de gestion qui visaient à réduire les GES ont entrainé des pertes d’un montant plus élevé que tous les avantages fiscaux qu’elle a reçu entre 1990 et 2006.

      Et c’est probablement là, aussi, que se situe le cœur du désaccord entre vous et moi. Je ne nie pas que les industries québécoises ont fait des efforts pour réduire leurs GES entre 1990 et 2006. Cependant, comme le mentionnent certains intervenants dans les commentaires au bas de votre carnet, ces efforts ne sont pas chiffrés et tout porte à croire qu’ils ont entraîné de très minimes pertes par rapport aux subventions que ces différentes entreprises ont reçus.

      De manière plus générale, sur la péréquation, je suis d’accord avec vous pour dire que les provinces riches ne peuvent pas dicter la politique des provinces bénéficiaires. Cependant, l’inverse n’est certainement pas vrai. Pourtant, c’est exactement ce qui est entrain de se produire avec l’Ontario et le Québec vis-à-vis l’Alberta. Par ailleurs, je suis d’avis que, tout en demeurant autonomes, les provinces bénéficiaires devraient avoir un certain devoir d’imputabilité par rapport aux provinces riches. Elles devraient à tout le moins démontrer, via un plan précis, que l’argent supplémentaire qu’elles reçoivent va servir à développer des projets qui visent à la sortir de la dépendance financière. Tout le monde serait gagnant, le Québec en premier lieu.

      Finalement, sur le changement de l’année de référence, je félicite les efforts faits par les industries québécoises depuis 1990. Il n’en demeure pas moins que ces efforts ne sont pas chiffrés en dollars, que les sables bitumineux ont permis au Québec de subventionner ces industries (donc de faciliter leurs efforts) et que le Québec ne peut pas être aussi arrogant avec une région du pays qui n’a pas été autant chanceuse que nous sur la plan des ressources naturelles propres.

      Merci de continuer à nous lire et bonne soirée!

  4. Je n’ai nulle envie d’entrer dans une polémique alors je ne ferai que trois points :

    1) Votre argumentaire ne tient toujours pas compte des subventions et avantages fiscaux reçus par l’industrie pétrolière.

    Il est exact que le Québec a tendance à donner plus de subventions. Mais il est aussi exact de noter qu’ailleurs au Canada, on privilégie plutôt les déductions fiscales.

    Alors, tous comptes faits, j’attends une démonstration claire que l’Alcan aurait été avantagée de façon significative par rapport aux sociétés qui exploitent les sables bitumineux. Je crains de devoir attendre longtemps…

    2) Entre 1990 et 2005, alors que le Canada augmentait ses émissions de GES de 25 pour cent, le secteur industriel du Québec les diminuait de sept pour cent. L’écart est très significatif.

    Si vous avez la preuve que cela vient du régime fiscal et des subventions du gouvernement du Québec, je vous prie de l’indiquer clairement. Parce que jusqu’à maintenant, personne, nulle part, n’a démontré que le Québec était significativement plus généreux envers ses entreprises pour des raisons environnementales.

    La question d’équité posée par le changement de l’année de référence de 1990 à 2006 reste donc entière.

    3) Tout programme de péréquation ne saurait impliquer une obligation de rendre des comptes envers les provinces contributrices. C’est une simple question de démocratie.

    Si l’Alberta décide d’abandonner son régime d’assurance-santé, le Québec et l’Ontario doivent-ils faire de même? À l’inverse, si la Saskatchewan devait se redonner un gouvernement néo-démocrate, quel droit aurait-elle d’exiger du Nouveau-Brunswick qu’il adopte de nouveaux programmes sociaux?

    On peut discuter de la pertinence, en 2010, de la péréquation. Ce sera d’ailleurs un débat intéressant au cours des prochains mois, puisque M. Morton, le nouveau ministre des Finances de l’Alberta, entend le lancer.

    Mais prétendre qu’il doit y avoir une obligation d’utiliser les sommes reçues d’une manière plutôt que d’une autre est une contradiction du principe même d’un programme de péréquation.

    • Bon dimanche M. Auger,

      Sur vos trois points :

      1) Je constate que vous opposez toujours les subventions au Québec aux avantages fiscaux octroyés aux pétrolières. À mon avis, il s’agît d’une opposition qui ne sert pas le débat. Je ne défend pas les avantages fiscaux aux pétrolières, bien au contraire. Il n’en demeure pas moins que les industries québécoises, notamment les alumineries, ont reçu et reçoivent toujours des avantages bien plus importants que les désavantages qu’ont pu leur causé leurs réductions de GES. Ces subventions sont un actif artificiel pour l’entreprise; elles ne sont pas le fruit de leur labeur. Et compte tenu de la situation financière du Québec, elles n’ont été possibles uniquement à cause que nous bénéficions de la péréquation.

      2) Je n’ai jamais affirmé que les subventions aux entreprises québécoises étaient faites pour des raisons environnementales. Elles sont la plupart du temps faites pour maintenir en vie artificiellement des industries en déclin, qui finiront par fermer et occasionner des pertes d’emploi de toute manière. Je suis plutôt d’avis qu’on devrait investir dans la formation professionnelle et le recyclage de ces employés, mais c’est un autre débat. Cela dit, les sommes reçues par ces entreprises viennent largement compenser – et même surpasser – ce qui aurait pu être perdu à cause de la diminution de 7% des GES.

      3) En tout respect, vos exemples sont à la fois extrêmes et farfelus. Le principe de la péréquation, c’est que les provinces riches aident les provinces bénéficiaires à maintenir une qualité de service comparable. Il y a deux manière d’atteindre cette objectif. La première, c’est d’investir cet argent supplémentaire directement dans la qualité des services. L’autre manière, la plus responsable à mes yeux, c’est de prendre cet argent et d’essayer de créer de la richesse supplémentaire (en hydro-électricité, par exemple) qui nous rendra moins dépendants de la péréquation. Il faudrait aussi commencer à se questionner sur la possibilité de rembourser la dette avec cet argent, étant donné que le service de la dette a atteint un niveau critique (3e dépense la plus importante!) qui ampute les budgets des ministères comme la famille ou encore… l’environnement.

      Bref, c’est d’abord et avant tout le désastre financier dans lequel on se retrouve, créé par les gouvernements péquistes et libéraux, qui nous place aujourd’hui dans une position de faiblesse par rapport à l’Alberta. Triste réalité, mais il faut l’assumer.

  5. Vous admettez que les alumineries et les pétrolières reçoivent toutes deux des subventions. C’est un fait indéniable. Bien.

    Puis vous dites que ces subventions « sont la plupart du temps faites pour maintenir en vie artificiellement des industries en déclin, qui finiront par fermer et occasionner des pertes d’emploi de toute manière ».

    L’Alcan vivrait donc artificiellement et va fermer sous peu? C’est un gros scoop! Et donc, selon vous, les pétrolières seraient aussi sur le bord de l’abime puisqu’elles reçoivent aussi des subventions…

    Évidemment, je caricature. Mais on ne peut pas faire de l’analyse politique ou économique en saucissonnant la réalité jusqu’à ce qu’on trouve un moyen que cela devienne compatible avec notre idéologie.

    Dans ce cas-ci, il faut reconnaître que tous les gouvernements subventionnent. Au Canada, aux États-Unis, en Europe, partout. Et si ces subventions ont un effet pervers, ce doit être le même effet au Québec comme en Alberta.

    Il ne peut pas y avoir de méchantes subventions au Québec et de bonnes subventions en Alberta…

  6. Bonsoir M. Auger!

    Je ne pense pas avoir défendu les subventions aux pétrolières nulle part dans mes commentaires. Je les déplore elles également.

    Alcan ne vit pas artificiellement, surtout depuis qu’elle a été acquise par Rio Tinto, mais certaines de ses usines oui. La fermeture de l’usine de Beauharnois il y a un an jour pour jour en est une belle illustration.

    Par ailleurs, je ne crois pas que ce soit saucissonner la réalité que de constater que le Québec donne trois fois plus de subventions aux entreprises que l’Alberta. C’est un fait et c’est chiffré.

    Finalement, je ne pense pas non plus que ce que j’avance reflète une rigidité idéologique Je ne suis pas totalement allergique à certaines interventions du gouvernement dans l’économie et je ne crois pas non plus que tout se règle par le libre-marché. Cependant, il faut savoir s’ouvrir les yeux devant certains constats dérangeants.

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