Rétro : D’un sénateur à l’autre

par Éric Duhaime,

Le snobisme d’une certaine élite intellectuelle québécoise s’accommode mal de la nomination de Jacques Demers au Sénat canadien. Selon elle, l’entraineur champion de la coupe Stanley n’est « guère à sa place au Sénat », « instrumentalisé » comme « l’orignal empaillé de l’endroit », « pas en mesure d’accomplir le travail qui lui sera demandé ». Bref,  il devra « chauffer le banc », incapable de « discuter avec les sénateurs Jean-Claude Rivet et Marcel Prudhomme, deux hommes politiques aguerris qui sont de grands spécialistes des affaires canadiennes ».

Ces propos sont odieux. Au contraire, le sénateur Demers jouera un rôle utile et essentiel. Il ne philosophera peut-être pas de droit constitutionnel avec quelques-uns de ses nouveaux collègues mais communiquera bien mieux avec des millions de Québécois qui veulent simplement que leurs parlementaires les écoutent et les aident.

Qui serait à mieux de comprendre les malheurs d’un père de famille qui vient de perdre son travail et qui ne sait plus comment boucler son budget à la fin du mois? Ou d’un jeune garçon qui vient de décrocher du secondaire? Un sénateur qui l’a eu à la dure, qui a connu la misère, la pauvreté et la violence ou celui qui a été élevé dans le confort bourgeois et douillet d’une tour d’ivoire qu’il n’a jamais vraiment quitté?

Si on choisissait les législateurs uniquement sur la base de leurs compétences académiques, Stéphane Dion ou Daniel Turp, deux éminents professeurs de science politique et de droit, n’auraient pas subi leurs récents échecs.

Jacques Demers possède les deux qualités essentielles pour ses fonctions : il sait écouter et communiquer, dans les deux langues officielles du Canada. Il le fait même mieux que 90% des sénateurs déjà en place. D’ailleurs, l’homme doit être d’une intelligence certaine pour avoir réussi à apprendre une langue seconde uniquement au son.

Deux poids, deux mesures

Nos bien-pensants me font rire. Au même moment où Jacques Demers est victime de leurs sarcasmes, ils étaient quasi-unanimes à rendre un dernier grand hommage au sénateur américain Edward M. Kennedy.

Pourtant, pensez-vous vraiment qu’Edward aurait connu la carrière politique qui fut la sienne s’il n’appartenait pas à la célèbre dynastie américaine? Il aurait probablement vu tous ses rêves s’évaporer le jour où il a eu un accident de voiture qui a tué sa maitresse en 1969 puisqu’il avait attendu au lendemain pour en aviser les policiers, après avoir pris bien soin de consulter ses avocats.

Ce qui choque peut-être autant nos élitistes chroniqueurs et analystes québécois n’est finalement pas la nomination d’un sénateur illettré mais plutôt le fait qu’il soit conservateur alors que ce qui les émois autant dans le décès du cadet de la famille Kennedy sont ses valeurs de gauche.

Et ces fameuses valeurs de gauche sont bien mises en relief dans leurs réactions à l’arrivée d’un sénateur au Canada et la mort d’un autre aux États-Unis. Derrière une façade d’égalité des chances, la gauche n’apprécie guère la véritable justice sociale, celle de la mobilité d’une classe sociale à une autre.

Ce qui fait de Jacques Demers un modèle des idéaux de droite, c’est qu’il nous démontre que le meilleur outil pour gravir les échelons dans une société reste le travail acharné et bien fait, pas la dépendance aux programmes gouvernementaux. C’est à la sueur de son front que Jacques Demers accède au Sénat. Il est un bien plus grand héros et un bien meilleur sénateur que n’importe quel autre membre de la dynastie Kennedy dont le principal mérite consiste à être né dans la bonne famille.

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2 réflexions sur “Rétro : D’un sénateur à l’autre

  1. Pourquoi dénigrer Ted Kennedy pour vanter Jacques Demers. Il a tout de même le mérite d’avoir été réélu pendant 46 ans.

  2. Je ne dénigre pas nécessairement Ted Kennedy comme je condamne notre pseudo-élite gauchiste québécoise qui pleurait son départ alors qu’elle s’acharnait sur Jacques Demers. Et, en passant, je ne pense pas que Ted serait resté sénateur 46 ans s’il ne s’appelait pas Kennedy…

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