Le parti invisible de 2009

Par Guillaume S. Leduc,
Chaque année, la firme Influence communication publie un bilan annuel du poids médiatique de différentes nouvelles et personnalités. Même si l’organisme existe depuis cinq ans, ce n’est que depuis environ un an ou deux qu’on entend parler d’eux. Désormais, même radio-canada se sert de leurs publications pendant les campagnes électorales afin d’exposer quelles sont les promesses qui sont le plus médiatisées.

 

Cette année, nombreux sont les médias qui ont repris le bilan 2009 que la firme a publié la semaine dernière. La plupart d’entre eux ont parlé de l’importance de la grippe A (H1N1), de Barrack Obama et de Régis Labeaume. Chantal Hébert note de son côté la faible présence de Gilles Duceppe cette année.

 

Il y a cependant toute une section du rapport, pourtant très révélatrice, qu’aucun média n’a relevée. Il s’agît des personnalités au sein des caucus provinciaux québécois, que l’on retrouve aux pages 72-73. Voici les chiffres que l’on y retrouve (clickez pour zoomer) :

 

Mis à part Pauline Marois (6,04%) et François Legault (2,07%)*, la visibilité des députés péquistes a été presque nulle. Même que le présumé politicien le plus populaire du Québec, Pierre Curzi, a un score comparable à celui de Marc Picard (0,51% et 0,49%). Sur une base comparative, les députés de l’ADQ ont été beaucoup plus présents dans les médias québécois. Il serait facile d’attribuer cela à la course à la chefferie, qui a visiblement suscité plus d’intérêt (pas pour les bonnes raisons, évidemment) que ce que les journalistes aimaient véhiculer. Mais les scores de Sylvie Roy et Gérard Deltell, qui se sont tenus à l’écart de la course et qui sont tout de même en avant de tous les autres péquistes, tend à signifier que c’est véritablement un constat d’échec pour le caucus péquiste.**

 

Je ne suis pas de ceux qui pensent que le poids médiatique est l’indicateur principal de la performance d’un parti politique. À mes yeux, cela se mesure beaucoup plus à l’intérieur des travaux parlementaires. Il n’en demeure pas moins que plus un parti a un poids médiatique élevé, plus il a réussi susciter de l’intérêt. À ce titre, le score lamentable du PQ démontre que ce parti n’a suscité à peu près aucun intérêt en 2009.

 

* Cette statistique démontre à quel point la perte de François Legault va faire mal au PQ !
** Le score d’Amir Khadir est honorable (1,42%), mais je vous laisserai juger de l’effet de nouveauté du député de Mercier, qui a été maintes fois évoquée sur différents blogues.
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15 réflexions sur “Le parti invisible de 2009

  1. Pingback: Le parti invisible de 2009 « ÉCRAN RADAR

  2. Très bonne analyse.

    Je ne suis pas capable d’ouvrir le fichier pdf d’Influence Communication… auriez-vous le total du poids média pour chacun des partis ?

    Merci

  3. Remarquons au passage qu’Éric Caire coiffe tout le caucus adéquiste. Est-ce que l’ADQ peut s’en passer? Quels sont les gestes posés pour le ramener?

    • Si l’ADQ veut retrouver Éric et Marc, ils devront être patients et surtout montrer qu’ils sont capables de redevenir un parti nécessaire au Québec.

      S’ils ont à poser des gestes présentement, c’est du côté du rétablissement de leur crédibilité qu’ils doivent le faire.

      J’ose croire que l’ADQ n’a pas complètement perdu contact avec les deux ex-députés, sinon, ils vont se tirer dans le pied.

  4. Sondages vs. poids média (élection 26 mars 2007):

    Le patron d’Influences communication, Jean-François Dumas, dit:

    “le poids médiatique accordé à chaque chef (pendant la campagne électorale) équivaudra le jour du vote au pourcentage de votes recueillis par son parti, avec une marge d’erreur de 6%.”

    Il s’avère que la marge d’erreur de 6% dont parlait Jean-François Dumas est un concept surperflu.

    Parti libéral du Québec
    Vote: 33,1%
    Poids médias (1): 32%
    Léger Marketing (2): 35,0%
    Strategic Counsel (3): 30,0%
    CROP (4): 34,0%

    Action démocratique du Québec
    Vote: 30,8%
    Poids médias: 29%
    Léger Marketing: 26,0%
    Strategic Counsel: 28,0%
    CROP: 25,0%

    Parti québécois
    Vote: 28,3%
    Poids médias: 30%
    Léger Marketing: 29,0%
    Strategic Counsel: 31,0%
    CROP: 28,0%

    Sources :
    1) Influence Communication, résultats cumulatifs du 22 février au 25 mars 2007, diffusés à midi 46 le 26 mars 2007
    2) Léger Marketing, résultats du sondage publiés dans le Journal de Montréal, 24 mars 2007
    3) Strategic Counsel, résultats du sondage publiés dans le Globe and Mail, 24 mars 2007
    4) CROP, résultats du sondage publiés dans La Presse, 24 mars 2007

  5. @Sébas :

    Ces chiffres sont effectivement intéressants, mais je ne crois pas que l’on puisse faire pour autant une corrélation directe entre le poids médiatique et les intentions de vote. Il y a trop de facteurs qui ne sont pas pris en compte par cet indicateur. On ignore sur quoi portent les articles et reportages quantifiés, s’ils ont un ton généralement positif ou négatif par exemple. De plus, la couverture électorale diffère énormément de la couverture entre les élections. Comme je le dit dans mon billet, je pense que la seule chose que l’on peut tirer de cet indicateur est la capacité d’un parti à susciter de l’intérêt ou non.

  6. Vous dites:

    « Ces chiffres sont effectivement intéressants, mais je ne crois pas que l’on puisse faire pour autant une corrélation directe entre le poids médiatique et les intentions de vote. »

    D’accord, il est impossible de savoir si c’est la poule ou l’œuf qui mène le bal. Mais n’empêche que la coïncidence est hallucinante…

    Vous parlez de croyance, moi j’aime mieux seulement analyser les faits et émettre des hypothèses.

    *

    « Il y a trop de facteurs qui ne sont pas pris en compte par cet indicateur.  »

    Comme ?

    *

    « On ignore sur quoi portent les articles et reportages quantifiés, s’ils ont un ton généralement positif ou négatif par exemple. »

    Mon hypothèse (trop simpliste?) est la suivante:
    « Parlez en bien ou en mal de moi, mais parlez de moi »

    *

    « De plus, la couverture électorale diffère énormément de la couverture entre les élections. »

    J’émets une autre hypothèse:
    Si la mémoire des électeurs est vraiment courte, n’est-ce pas le poids média de la campagne qui compte le plus?

    *

    « Comme je le dit dans mon billet, je pense que la seule chose que l’on peut tirer de cet indicateur est la capacité d’un parti à susciter de l’intérêt ou non. »

    N’est pas ultimement les médias qui décident -à NOTRE place- ce qui est important ou non, et la place que doit prendre chaque nouvelle ?

  7. Coorection:

    « N’est-CE pas ultimement les médias qui décident -à NOTRE place »

    *

    Croyez-vous que nous sommes dans une démocratie? Si oui, quelle sorte de démocratie ? Et quelle est votre définition de la démocratie ?

  8. @Sebas :

    On ne peut pas analyser les médias de manière purement quantitative. Il faut prendre en compte le contenu des messages qu’ils véhiculent. Pour ça, une analyse complète comprendrait des indicateurs comme la mention des idées politiques, le ton journalistique, les photos utilisées, les bouts de phrases qu’on a conservés, etc.

    Évidemment, la notoriété d’un politicien demeure fondamentale dans le jugement que portent les citoyens sur lui. Cependant, personne ne peut prétendre qu’être connu grâce à une mauvaise presse est avantageux. Il doit y avoir suffisamment de couverture positive qui accompagne la couverture négative pour que cette dernière n’en devienne réduite à un rôle de « faire connaître ». Autrement, c’est se tirer dans le pied.

    Vous soulevez l’hypothèse qu’étant donné que les électeurs ont la mémoire courte, c’est le poids média en campagne qui compte le plus. Je vous répondrai que certaines élections sont gagnées ou perdues avant même d’être déclenchées; les mois qui précèdent une campagne jouent une importance capitale dans le déroulement de cette dernière.

    Par ailleurs, j’ai une position nuancée sur votre affirmation que les médias décident ultimement ce qui est important. Il faut faire attention avec la théorie de l’agenda setting. Qu’on le veuille ou non, les journalistes dépendent autant des partis politiques que l’inverse. Les partis donnent de l’information très précieuse aux journalistes et s’acharnent littéralement à faire en sorte que cette information « sorte » de la manière qu’ils le veulent. Ils ont donc eux aussi un grand rôle à jouer dans la construction de l’agenda politique…. en autant qu’ils n’échouent pas comme le PQ à se rendre intéressant.

  9. Vous dites:

    « On ne peut pas analyser les médias de manière purement quantitative. »

    Peut-être, Mais comment faites-vous pour en être certain ? Avez-vous des recherches pour confirmer votre hypothèse? Pour ma part, je regarde les chiffres, et ma foi, j’émets une hypothèse qui semble honnête…

    *

    « Pour ça, une analyse complète comprendrait des indicateurs comme la mention des idées politiques, le ton journalistique, les photos utilisées, les bouts de phrases qu’on a conservés, etc. »

    Tous des indicateurs subjectifs, non ? Qui décidera et comment ? Pour l’instant, je m’en tiens qu’aux faits objectifs observables.

    *

    « Cependant, personne ne peut prétendre qu’être connu grâce à une mauvaise presse est avantageux. »

    « mauvaise presse » pour l’un est « bonne presse » pour l’autre. Qui détermine ce qui est mauvais ou pas ?

    *

    « Vous soulevez l’hypothèse qu’étant donné que les électeurs ont la mémoire courte, c’est le poids média en campagne qui compte le plus. Je vous répondrai que certaines élections sont gagnées ou perdues avant même d’être déclenchées; les mois qui précèdent une campagne jouent une importance capitale dans le déroulement de cette dernière. »

    Possible, mais sur quoi vous basez-vous pour affirmer ceci ?

    *

    « Par ailleurs, j’ai une position nuancée sur votre affirmation que les médias décident ultimement ce qui est important. Il faut faire attention avec la théorie de l’agenda setting. »

    Vrai ou faux: Au-delà des « agenda setting » ou des théories de conspirations, c’est ultimement les rédacteurs en chef qui décident (du contenu des nouvelles ET du poids média).

    *

    « Qu’on le veuille ou non, les journalistes dépendent autant des partis politiques que l’inverse. Les partis donnent de l’information très précieuse aux journalistes et s’acharnent littéralement à faire en sorte que cette information “sorte” de la manière qu’ils le veulent. Ils ont donc eux aussi un grand rôle à jouer dans la construction de l’agenda politique…. en autant qu’ils n’échouent pas comme le PQ à se rendre intéressant. »

    Je veux bien, par contre, qu’est-ce qui empêche les journalistes de ne pas ‘jouer cette game’ et de faire eux-mêmes des enquêtes au-delà des infos des politiciens et faiseurs d’images ?

    ***

    Et pour mes questions concernant la démocratie…?

    ***

    Et que pensez-vous de ça:

    La seule façon -scientifique- de savoir si le poids média ne fait pas foi de tout, serait d’accorder le même poids média (que la couverture soit positive ou non), à tous les partis pendant une campagne électorale.

  10. @Sebas :

    Il existe des tonnes d’études scientifiques sur le sujet. Les méthodes de codage pour relever des indicateurs comme ceux dont je vous parlais ne sont remises en question par personne et ils ne sont pas subjectifs. Je vous suggère de jeter un coup d’oeil aux travaux de Stuart Soroka de l’observatoire des médias de McGill University : http://www.mcgill.ca/misc/research/media-observatory/research/

    Vous pouvez toujours vous rendre dans une bibliothèque scientifique et rechercher des livres et revues qui portent sur la communication politique et les médias. Ils sont là pour répondre à vos nombreuses questions.

    Concernant votre souhait de voir plus de journalisme d’enquête… ça existe, un bon exemple récent est Marie-Maude Denis de Radio-Canada qui enquête sur le domaine de la construction. Mais les journalistes affectés à la tribune parlementaire, à Québec comme à Ottawa, sont pris dans les impératifs du métier. Ils doivent produire rapidement et ça doit accrocher les gens. Ils n’ont pas le temps ni les ressources nécessaires pour faire du journalisme d’enquête. Et les partis politiques, croyez-moi, connaissent très bien les impératifs du métier de journaliste.

    Je ne suis pas d’accord avec votre façon de déterminer si le poids média fait foi de tout. Premièrement, c’est impossible car ce sont les cotes d’écoute qui déterminent les choix journalistiques et jamais ils ne donneront autant de poids au parti de la démocratie chrétienne qu’au parti libéral, ce serait stupide d’un point de vue commercial. Deuxièmement, même si on essaie d’imaginer un tel scénario, la technique échouerait car elle ne prendrait pas en compte toute la couverture médiatique pré-électorale.

    Concernant la démocratie, je n’ai pas envie de trop dévier du sujet ce soir. Peut-être une autre fois, mais règle générale, je trouve que Winston Churchill était « sur la coche » quand il affirmait que la démocratie était le moins mauvais des systèmes politiques.

  11. Bonjour,

    Ayant fait partie d’un executif de l’adq dans la monteregie lorsque nous etions a l’opposition officielle, j’ai enormement critique le travail des communications de l’assemblee nationale et de l’adq.

    Je ne sais pas ce qui se passe depuis l’election de 2008, mais on entend parle plus des deputes de l’adq qu’a l’epoque de l’opposition officielle… Et pas juste pour la course a la chefferie, mais pour leur performance generale. Comme j’ai chiale a l’epoque, je veux lever mon chapeau aujourd’hui (a je ne sais trop qui je dois dire)

    Lachez pas les gars, le blogue est interessant. Et desole pour les accents, c’est mon clavier anglo.

    • Merci pour les encouragements.

      Je crois que vous marquez un point quand vous dites que les communications ont été le maillon faible du parti pendant la période à l’opposition officielle.

      Il est difficile par contre de comparer les deux époques étant donné que les contextes sont différents. Pas les mêmes ressources et pas les mêmes intéractions avec les médias.

      L’ADQ n’est plus une menace et elle semble avoir plus de facilité à percer la muraille médiatique sur quelques sujets. « But, they have to choose their battles ».

  12. Martin amène un bon point,

    Le départ de Mario Dumont aura permis à plusieurs de dire ou de constater que son leadership, à l’opposé de sa position constitutionnelle, n’offrait pas beaucoup d’autonomie à la quarantaine de députés.

    On doit parfois reculer pour mieux avancer.

    Le défi qui attend Messieurs Deltell et Lévesque est toujours aussi important.

    On verra bien ce qui arrivera dans un mois et demi à Éric et Marc, leur retour sera-t’il annonciateur d’une grande réconciliation ?

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