L’emploi et les médias

L’étude publiée par Marcel Boyer récemment m’a incité à écrire ce billet. En fait, une citation de cette étude m’a tout simplement frappé :

Pour les 65 trimestres allant du troisième trimestre de 1992 au troisième trimestre de 2008, chaque emploi net créé provenait en réalité de 21 emplois créés et de 20 emplois perdus, ce qui a mené à une forte croissance du marché du travail aux États-Unis. Parallèlement, chaque nouvel établissement ouvert par les entreprises privées américaines au net découlait en fait de 19 ouvertures et de 18 fermetures. Les économistes appellent ce processus la « destruction créatrice ».

Je connaissais ce phénomène. Par contre, je n’aurais jamais cru qu’il était d’une si grande ampleur. Cette affirmation m’a amené à réfléchir sur le traitement médiatique des pertes d’emplois, principalement en temps de crise. Vous êtes tous habitués aux « topos » journalistiques où l’on parle de pertes d’emplois dans les entreprises. On interview les travailleurs qui vont perdre leur emploi et on utilise un ton quasi-macabre pour aborder le sujet. En fait, c’est bien correct. Une fermeture ou un licenciement massif est un événement tragique dans la vie d’êtres humains et il y a toujours suffisamment de matière pour faire une bonne nouvelle d’un point de vue médiatique.

Par contre, comme vous vous en doutez, il n’y a pas beaucoup de topos traitant de création d’emplois. Effectivement, d’un point de vue médiatique il n’y a pas un grand intérêt dans ce genre de nouvelle.

Ce qui est surprenant d’ailleurs, dans la dernière citation, c’est le fait que 19 entreprises ouvrent pendant que 18 ferment aux États-Unis pour chaque entreprises nettes ouvertes. Cela amène à penser que ce type de nouvelle, abordant les pertes d’emplois, n’ont aucune importance d’un point de vue national. Je dis cela, car il est tout à fait logique que les médias locaux traitent ces nouvelles puisqu’il y a un réel intérêt chez une population locale de savoir ce qui se passe dans sa cour. D’ailleurs, les médias locaux ont tendances à traiter beaucoup plus de nouvelles touchant la création d’emplois que les médias nationaux.

Mon questionnement est donc le suivant : si les médias nationaux traitent souvent de pertes d’emplois sans trop parler de création d’emplois, est-il possible qu’ils nuisent à la confiance des marchés, et donc qu’ils retardent une certaine reprise économique? Et tout cela, simplement en traitant de nouvelles qui sont en fait, réellement insignifiantes d’un point de vue national.

On le sait, la confiance semble être un facteur important dans les cycles économiques (du moins, c’est ce que je crois) bien qu’elle soit difficile à modéliser. Je ne suis pas économiste, je ne m’avancerai donc pas trop sur le sujet, mais j’aimerais avoir vos opinions sur ce sujet.

Au plaisir de vous lire!

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2 réflexions sur “L’emploi et les médias

  1. Ce que moi je trouve fascinant, c’est le 21-20. J’imagine que cela révèle le dynamisme et le renouvellement de l’économie capitaliste américaine, des entreprises qui meurent, mais d’autres qui prennent la relève. (Je me demade quels seraient les chiffres pour une économie où l’État intervient beaucoup comme la nôtre – en % du PIB, bien sûr)

    Pour le reste, je pense que cela va dans les deux sens. Par temps de croissance, les médias contribuent également contribué aux bulles spéculatives et à donner peut-être trop confiance à des moments où certains indicateurs avertissaient d’une correction imminente.

    • Effectivement, le mouvement contraire doit être observable dans les périodes de prospérité économique.

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