Colloque du Cirano : Une profonde déception

Mise en contexte

Hier se tenait un colloque organisé par le CIRANO traitant des finances publiques dans la grande région de Québec. J’étais vraiment excité de participer à cet événement lorsque je m’y suis inscrit. On allait parler de la situation critique des finances publiques, comment faire pour renverser la vapeur et tout ça en compagnie d’universitaires de renom (Pierre Fortin, Claude Montmarquette, Marcelin Joanis, Luc Godbout, Mathieu Laberge, etc.). Il y aurait le lancement d’un livre à la fin de l’événement. Bref, comme je le disais, j’étais excité. J’ai commencé à déchanter la semaine passée avec une entrevue de M. Joanis à Richard Martineau (voir autres textes ici et ici). Lorsque j’ai vu que le Ministère des Finances et Ministère du Développement économique étaient partenaires de l’événement, j’avais encore plus de doutes. Mais bon, j’étais persuadé que je vivais dans une belle démocratie où les ministères peuvent financer des colloques et que les participants peuvent garder leur indépendance d’esprit (Hé, je suis naïf, je le sais!)

Le Québec s’en sort mieux qu’ailleurs!

Plusieurs des intervenants d’hier ont prononcés cette fameuse phrase. J’étais réellement épuisé de l’entendre à la fin du colloque. Selon ces derniers, le Québec est en excellente position économique pour gagner du terrain sur ces concurrents puisqu’il s’est mieux sorti de la crise que les autres. Comme si, cette simple récession aura permis au Québec de régler tous ces problèmes structuraux (lourd fardeau fiscal, lourde dette, politique mur-à-mur, absence de concurrence dans bien des milieux et un état obèse) et qu’il allait désormais être le champion nord-américain. Le PIB du Québec a effectivement diminué de manière moindre durant la récession que chez ses concurrents, or, en quoi cela fait-il que l’on est meilleur qu’eux. Je l’ai déjà dit, même en profonde récession, les autres provinces et états américains ont un PIB par habitant plus élevé que le nôtre.

Certains identifiaient le programme d’infrastructures mis en place chez nous plus rapidement qu’ailleurs pour justifier cette « performance » incroyable de notre part. Eh bien, comme dirait René Vézina : « Peut-on réellement être fier qu’un viaduc nous soit tombé sur la tête 2 ans avant la récession? » 

On fait un petit parallèle avec le hockey. Disons que vous sortez d’un bar et que vous avec le goût de d’écoeurer quelqu’un. Vous voyez dans la ruelle Georges Laraque en béquille avec le fémur fracturé (6pieds 3 pouces, représente les USA) et Brian Gionta avec le petit doigt fracturé (5 pieds 7 pouces, représente le Québec). Ils ont tous les deux eut un accident de voiture, mais Gionta s’en est mieux sorti que Laraque. Qui allez-vous narguer pour être sûr de survivre suite à votre boutade? Sûrement pas le gros George. Pourtant, il s’est moins bien sorti de l’accident que Little Gionta!

Le retour à l’équilibre budgétaire 2013-2014?

Le but du colloque tournait principalement autour de ce sujet. Un document nous était présenté par le sous-ministre du Ministère des Finances. Je vous invite fortement à y jeter un coup d’oeil, vous pourrez facilement voir le ton du colloque d’hier (les pages 24 à 29 sont particulièrement intéressantes). On y apprend que s’y rien n’était fait, en 2013-2014, le Québec souffrirait d’un déficit de 11.284 G$ (milliards de dollars). La ministre Forget avait annoncé quelques mesures (croissance des dépenses ramenés à 3.2% au lieu de 4.6%, hausse de la taxe de vente, intensification des efforts pour contrer l’évasion fiscale, indexation de tous les tarifs non indexés…) qui allaient faire passer ce chiffre à 5.114 G$. Dans le tableau de la page 24, on voit pourtant un budget équilibré en 2013-2014. Comment cela se fait-il? Et bien on a placé le déficit dans la ligne « Mesures additionnelles à identifier ». Et où se retrouve ces mesures additionnelles à identifier. Dans le sous-ensemble « Effort aux revenus ». Non, il ne se trouve pas dans le sous-ensemble « Effort aux dépenses ». Préparez-vous, le gouvernement nous indique déjà le chemin qu’il va prendre d’ici là. Et surtout, cela indique que le gouvernement ne sait pas encore comment il va revenir à l’équilibre en 2013-2014 alors qu’il ne cesse de nous donner l’impression qu’il le sait.

Couper les dépenses ou augmenter les revenus?

Plusieurs ont plaidé hier pour une augmentation des revenus et bien peu pour une coupure dans les dépenses. Luc Godbout nous a même fait des simulations montrant que les coupures dans les dépenses seraient bien difficiles (en qualifiant le scénario d’utiliser seulement les coupures dans les dépenses d’extrême). En effet, en conservant la croissance dans les dépenses en santé (plus de 5%), éducation(plus de 3%) et service de la dette (augmentation de 60% d’ici 2013-2014) inchangé, il faudrait diminuer les autres dépenses de près de 10%. Voilà un scénario extrême. Disons que j’ai un problème en voyant les dépenses en santé et en éducation comme une fatalité et que leur croissance des dépenses ne peut pas être diminuée. La seule vraie fatalité qu’il nous a démontré, c’est que le service de la dette va rendre le retour à l’équilibre encore plus difficile. C’est tout. Bref, j’ai eu l’impression qu’hier, bien des gens baissaient les bras en considérant que les dépenses ne peuvent pas être coupées, car le citoyen seraient « désavantagé » par une « baisse » des services. Disons qu’hier, ce colloque n’était pas l’endroit pour rechercher des gens courageux (bien que certains conférenciers ont été moins pire que d’autres).

Points positifs du colloque

Il y a quand même certains points positifs à ce colloque. L’organisation était franchement impéccable. Le CIRANO possède d’excellents organisateurs. Tout était règlé au quart de tour. Également, la tarte au sucre était pas mal bonne, mais ça, ce n’est pas important. J’ai également apprécié les conférences de Pierre Fortin et Claude Montmarquette. Ce sont deux très bons orateurs. Faut dire par contre, que leur conférence était un peu moins en lien avec le sujet principal. M. Fortin nous autopsiait la récession mondiale alors que M. Montmarquette plaidait pour un changement majeur dans les processus budgétaires du Québec.

Conclusion

Si le colloque m’a appris une chose hier, c’est que tout le monde a un prix. Dans certains milieux, on achète nos adversaires avec des enveloppes brunes et dans d’autres, on y a va à grand coup de subventions de recherche dans le but de ramollir nos critiques. C’est plus subtile, mais légal et surtout, aussi efficace. Hier, des gens qui sont censés être utiles pour faire comprendre au gouvernement qu’il est temps d’arrêter de taxer les gens de la classe moyenne encore et encore se sont transformés en outils de marketing pour le gouvernement Charest qui va pouvoir s’appuyer sur ce colloque pour vendre sa salade. Où est la colonne vertébrale chez nos universitaires? On se croirait en plein coeur d’un pays communiste. Je croyais sincèremenet (naïvement?) que le CIRANO était un organisme bien plus indépendant que cela.

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16 réflexions sur “Colloque du Cirano : Une profonde déception

  1. Je ne peux qu’être d’accord avec toi Ian.

    À la dernière conférence de la journée, j’ai demandé si privatiser la SAQ (par exemple) n’était pas une mesure obligatoire que le Québec devait prendre pour alléger le service de la dette (la troisième dépense après la santé et l’éducation), on m’a répondu « mais ce n’est pas souhaitable de vendre un actif… ». Et ça, une réponse très vite de seulement un des experts. C’était comme si je posais une question inacceptable. Vive les vaches sacrées !

  2. Merci Ian,

    C’est comme si j’y étais allé… J’aurais sûrement aimé la tarte au sucre aussi.

    A+

  3. Les experts de Cirano et de l’IEDM sont excellents pour poser des constats. Pour ce qui est de proposer du concret, ça leur semble beaucoup plus difficile. N’oubliez pas que ces gens représentent surtout les intérêts du patronat, pas les vôtres.

    Pourtant, il me semble que trois mesures fort simples pourraient contribuer à réduire la dette du gouvernement du Québec: couper les subventions aux entreprises, hausser le taux d’imposition des gens très fortunés (100,000$ et +) et abolir certaines mesures fiscales (abaisser le maximum admissible aux REERs, revoir l’imposition des gains en capital, éliminer la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux, etc…).

    Y’en a d’autres. Peut-on couper dans les services? Difficilement en effet. Si vous le faites, les citoyens devront se tourner vers le privé. Pas vraiment d’économie pour le citoyen de ce côté là.

    • Des trois mesures que vous prônez, je ne suis d’accord qu’avec la première et peut-être un peu avec la troisième dans le sens que la fiscalité doit être révisée pour être simplifiée et éviter l’évasion fiscale, mais pas dans le sens d’augmenter les revenus.

      Pour la deuxième, ce serait une possibilité si une muraille de Chine » serait érigée autour du Québec pour les empêcher de se sauver. Comme ce n’est pas le cas, je pense qu’une fiscalité plus concurrentielle serait une meilleure solution afin d’attirer plus de riches dans notre province, ou du moins, éviter de les faire fuire comme nous savons si bien le faire.

      • Il n’est pas impossible de construire un mur autour du Québec pour forcer les gens légitimement riches (professions libérales, entrepreneurs, etc.) à rester au Québec et à payer les services que les autres utilisent, ça prend juste des politiciens qui s’y mettent et qui osent.

        Comme à Berlin-Est…

  4. Excellent texte. Je souhaiterais également que nos universitaires adoptent un langage plus ferme et recourent un peu moins au politiquement correct. Leur rôle, s’ils le jouaient, serait crucial.

    Ils sont ceux qui peuvent véritablement nous donner l’heure juste, de par leurs connaissances et l’accès privilégié qu’ils ont à des équipes de recherche du gouvernement.

    De grâce, qu’ils disent les choses comme elles sont. Merci aux Fortin, Montmarquette et Lacroix tout particulièrement. Étant en fin de carrière, et pour reprendre leur langage, les « incitatifs » à aplanir le discours n’ont plus vraiment « d’efficacité » chez-eux.

    De façon générale, on pourrait également leur dire à tous que l’étape des diagnostics est terminée. Qu’ils aient maintenant le courage d’offrir concrètement des options de solutions et là, on pourra voir les véritables intentions du gouvernement.

  5. Je m’attendais un peu à ce genre de colloque: il faudrait que d’un coup de baguette magique tous nos problèmes soient réglés, mais sans changer nos façons de faire. Après vu ton billet sur l’entrevue de M. Joanis et entendu l’entrevue de Mathieu Laberge à Maurais Live (pourtant il a participé à l’illusion tranquille et critiquait durement le modèle québécois), je me suis rendu compte qu’on essaie de ménager la chèvre et le chou. Le problème c’est le gouvernement, mais il ne faut pas le dire trop fort. Quand j’ai vu que Gérald Fillion était parmi les invités, ça chassé tous les doutes de mon esprit, ça serait un colloque pro gouvernement, on nomme les problèmes, les défis, sans offrir de solution i.e. mordre la main qui nous nourrit (l’état). Merci de ton billet, au moins j’ai eu la confirmation que mon intuition était fondée.

  6. Est-ce que nos universitaires s’autocensurent (consciemment ou inconsciemment) par souhait de ne pas perdre leurs subventions ou sont-ils des produits de l’environnement (de gauche) du système universitaire québécois?

  7. Ayant été mis au fait de ce colloque trop tard, je n’ai pu y aller. Mais, je crois à voir les comentaires, j’y aurais perdu mon temps.

  8. Donc en gros, le Québec n’aura plus de déficit en 2013-2014 car d’ici là, ils auront trouvé 5G$? lol Je suis mort de rire, c’est super professionnel la comptabilité au gouvernement. Ils devraient aller au bout de leur logique et indiquer: pas de déficit de 5G$, mais hausse de l’endettement d’un montant équivalent!

    Quant à la question de l’autocensure des universitaires, je ne pense pas. Je peux comprendre que certains lecteurs de ce blogue estiment que les universitaires ne vont pas assez loin, mais il faut bien comprendre que lorsqu’on apprend à faire de la recherche scientifique, on se modère forcément. Cela ne justifie pas des positions gauchistes, mais cela empêche de croire qu’il y a des solutions miracles, tant à gauche qu’à droite. Mais je suis globalement en accord avec vous, le meilleur exemple est la réduction de la hausse des dépenses de 4.6% à 3.2%, proposée par le gouvernement Charest. En 2007, Dumont et l’ADQ avaient proposé la même chose (en fait non, ils voulaient juste réduire la hausse de 1%, pas de 1.5%). Tout le monde (analystes, universitaires, etc) avaient déclaré que cela était impensable, irréalisable, extrémiste, etc. Mais quand le gouvernement LIBERAL le fait, là c’est une bonne mesure…

    POur terminer, Matthew, j’adore la réponse obtenue « pas souhaitable de vendre des actifs ». Ben voyons donc, vendre la SAQ et instaurer une taxe comme en Alberta rapporterait bcp d’argent. C’est comme si on disait à GM ou Chrysler: ok vous êtes presque en faillite, mais vous ne pouvez couper nulle part, car « c’est pas bon »… Je suppose qu’il faudra que l’on soit encore plus au bord du gouffre avant de réagir. Cela me fait vraiment rire, ici en CB, dès que le gouvernement a vu le déficit, il a coupé dans les dépenses, y compris en santé (pas bcp la).

    • C’est la raison que j’ai poser la question, je voulais voir si on était prêt à agir, pas juste en parler. J’ai débuté mon intervention avec « desperate times call for desperate measures ». Aucune mesure ne doit être écartée, nos finances sont trop précaires.

  9. Vous avez eu affaire à quelques lucides.

    Leur but premier n’est pas d’aider le citoyen ou le contribuable à s’émanciper, de le mettre au centre des préoccupations, mais bien de mettre l’État au centre, en cherchant comment le maintenir en étudiant de nouvelles façons de taxer le contribuable, sans lui donner plus le choix entre public ou privé.

    Nous sommes encore très loin des vrais réformes libérales entreprises par les gouvernements socialistes et travaillistes européens dans la décennie 1990 et au début 2000.

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