Inquiet pour le Québec : Partie 3

Le déclin tranquille

Comme disait François Legault :

Je pars toutefois inquiet pour l’avenir du Québec. Inquiet parce que je sens que le Québec s’est engagé dans un déclin tranquille. Et cela, malheureusement, trop souvent dans la résignation et l’indifférence.

Vous l’avez vu dans mes deux billets précédants, je ne vois pas le futur en rose pour le Québec. De plus, ce n’était qu’un aperçu de tout ce qui cause mon inquiétude quant à notre province. Comme me le faisait remarquer une lectrice, je n’ai traité que de statistiques. J’aurais en effet pu publier d’autres billets sur toute la problématique philosophique et sociétale inérante à la culture québécoise.

Ce sont ces constats qui m’on amené à m’impliquer en politique. Ceux qui me connaissent savent que je militais à l’ADQ depuis 2005. Je me suis d’ailleurs présenté aux dernières élections provinciales. J’étais un de ceux qui trouvaient alarmantes toutes ces données et tous ces constats. Je croyais que plusieurs personnes au Québec voyaient la même chose que moi. J’étais jeune et naïf…

Car, si la plupart de gens sont conscients qu’il y a des problèmes graves qui frappent le Québec, ils ont de la difficulté à les identifier. Pire, on ressent un je-m’en-foutisme tout à fait incroyable dans notre belle province. Le niveau de cynisme est tellement élevé que les gens ne se préoccupent même plus des élections ou des événements d’actualités qui touchent leur vie. Est-ce la faute des gens? Je ne crois pas. Je crois par contre que trois graves problèmes expliquent cet état d’esprit général qui rend difficile tous changements au modèle québécois qui n’est pas un modèle en réalité, car personne ne voudra le copier. Il s’agit de l’absence d’un marché médiatique suffisamment gros pour assurer une saine concurence entre les médias, la trop grande lenteur à laquelle les problèmes du Québec s’installent ou comme dirait Legault, le déclin tranquille et finalement, notre fichue habitude à se réconforter dans notre médiocrité.

Les problèmes médiatiques du Québec

Malheureusement pour nous, le marché médiatique est extrêmement petit. Trop peu de gens parlent français en Amérique du Nord. Cette situation amène de graves problèmes quant à la qualité de l’information que les gens peuvent recevoir. Une absence quasi-totale de concurrence dans le milieu de la nouvelle amène certains journalistes ou chroniqueurs à obtenir un pouvoir démesuré. Les gens militants pour la droite vous le diront souvent, le milieu médiatique est biaisé. Pour ma part, je n’ai pas de problème à ce que les médias soient biaisés. Il n’y a rien de pire qu’un média qui se dit objectif et qui sélectionne son information pour faire passer ses messages sans que la population générale s’en rende compte. Le problème, ce n’est pas le biais, mais le fait qu’il n’y a pas assez de médias qui ont les moyens d’offrir une information de qualité au Québec. On l’a vu à TQS, maintenant, on s’apprête à voir le même genre de chose avec certains quotidiens de Gesca.

La tarte n’est pas assez grosse pour pouvoir se la diviser. Ce phénomène amène un pouvoir démesuré à certains journalistes de TVA, la principale source d’informations des gens au Québec. Quand tu vois de tes yeux un politicien s’exciter quand Robert Plouffe s’amène à une conférence de presse, tu comprends toute l’importance de ceci. Heureusement que la démocratisation d’Internet viendra réduire l’effet négatif de tout ceci, mais on est encore très loin d’un revirement de situation. Les gens n’ont pas le temps de courir après l’information. Il faut qu’elle leur soit livrée et qu’elle soit facile d’accès (lire quand les enfants sont couchés). On ne peut donc leur en vouloir. Espérons que de plus en plus de québécois apprennent l’anglais et qu’ils finissent par écouter plus souvent les chaines d’informations anglophones. De cette façon du moins, ils pourront s’informer d’une manière complémentaire.

Le déclin tranquille

Si on me donnait le choix de mourir d’une mort subite ou de mourir à petits feux, j’opte aisément pour le premier choix. Quand est-ce que les fumeurs obtiennent le meilleur taux de succès dans leur tentative d’arrêter de fumer? Quand ils subissent une crise cardiaque (non-vérifiée!!!). Bref, le plus grand problème du Québec, c’est que toutes les petites choses qui ne vont pas s’accumulent et ralentissent notre croissance tant au plan social qu’économique. Mais tout cela se fait de manière très tranquille. Même notre révolution a été tranquille.

Sérieusement, si on voudrait réellement apporter des changements structuraux à notre modèle étatiste, il faudrait que le Québec frappe un mur. Un bon coup de pelle dans la face comme je dis de temps en temps.

Mais non, notre décroissance relative se fait à un rythme lent, mais constant. Nous faisons systématiquement moins bien que nos voisins dans plusieurs domaines, bon an mal an. C’est cette absence de « crise » qui amène les gens à penser que tout va bien dans le meilleur des mondes.

Réconfort dans la médiocrité

De plus, on a le fichu défaut de penser que l’on est mieux qu’ailleurs. Même les médias et les chroniqueurs en perdent leur sens critiquent et se réconfortent à l’aide de statistiques soigneusement sélectionnées. Par exemple, combien de fois avez-vous entendu que le Québec se sortait particulièrement bien de la crise économique par rapport aux États-Unis et au ROC. En fait, même si les autres ont une décroissance de leur PIB plus forte que le Québec, celui-ci demeure bien plus élevé que le nôtre par habitant. Quand tu tombes de plus haut, la chute est nécessairement plus grande. Même en pleine crise économique, les États-Unis font mieux que nous en temps de prospérité économique. Ça, personne ne le dit. Le Québec a été près de 17 ans (comme le ROC) a ne pas connaître de récession majeure. Pourtant, la dette du Québec n’a jamais été remboursée en partie. Le fédéral l’a fait de son côté. Je me dis que des fois, si le Québec aurait plus de pouvoir, on serait encore plus endetté tellement nous gérons mal notre province. Autant mieux laisser l’argent à Ottawa, au moins le gouvernement conservateur rembourse la dette en temps de prospérité économique.

Combien de fois ai-je entendu cette phrase lorsque je dis à quelqu’un qu’on pourrait faire de meilleurs salaires à l’extérieur du Québec :  « Ouin, peut-être, mais le coût de la vie est plus cher là-bas, alors c’est du pareil au même ». Comme je vous disais, on a la fichue habitude de se réconforter dans des analyses bidons au Québec. J’ai un collègue de travail qui a récemment quitté son emploi pour aller travailler aux Bermudes. Une augmentation de salaire de près de 40 000$ et un taux d’imposition de seulement 3%. Pensez-vous qu’il ne s’en fout pas de payer son loyer 3000$ par mois? En plus, il a changé son auto pour un scooter qui lui permet de faire l’île d’un bout à l’autre en dedans de 2 heures. Je pense que l’augmentation de son coût de la vie (sic) en valait la peine.

Conclusion

C’est donc cette combinaison de la piètre qualité de l’information au Québec, de notre déclin tranquille et de notre habitude à se réconforter dans notre médiocrité qui alimentent le je-m’en-foutisme de la population. Ajoutez à cela la corruption de certains de nos élus et le trop grand espace accordé aux groupes d’intérêts dans l’opinion publique et vous avez le mélange parfait pour maintenir le statu-quo.


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3 réflexions sur “Inquiet pour le Québec : Partie 3

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