M. Marceau,
J’ai 28 ans, je suis travailleur autonome. Je suis branché sur le monde, je fais la plupart de mes achats en ligne, je suis bilingue. Des amis qui me ressemblent, j’en connais beaucoup, un peu partout en province. On est éduqué et on est très mobile. On en remercie d’ailleurs le système d’éducation.
Juste comme ça, quand je regarde ce que m’a coûté ma formation, je trouve que ça ressemble à une blague. En fait, je trouve ça injuste. Des gens beaucoup moins fortunés ont financé mes études. Je les remercie, mais en fait, je ne pense pas que c’était nécessaire. J’aurais mis l’argent moi-même pour avoir ces études si importantes à mon avenir. J’aurais utilisé l’endettement encore plus (et j’aurais peut-être été un peu plus tranquille sur la levée du coude!)
Je vous écris pour vous demander conseil. J’ai besoin d’arguments pour rendre service à la patrie. Parfois, le nationaliste en moi ne sait plus comment rendre la province fiscalement sexy auprès de son entourage.
Pouvez-vous m’expliquer comment convaincre Jacques, un gars de l’Outaouais, de ne pas acheter l’iPad qu’il veut offrir à sa femme à Ottawa plutôt qu’à Gatineau. On lui charge 1.65$ d’écofrais au Québec en plus d’une taxe de vente 2% plus élevée. Ça lui coûte 461.78$ au Québec et 452.78$ en Ontario. C’est quand même 9 dollars de différence et nous, on en perd 41.71$ chaque fois. Pensez-vous que je suis le seul qui connaît un Jacques qui se retrouve dans la même situation?
J’ai aussi un autre ami. Celui-là travaille à Montréal. Il demeurait à Ste-Julie. Il a déménagé à Hawkesbury. Il me dit que ça ne lui prend pas beaucoup plus de temps qu’avant pour aller travailler. Comment est-ce que je fais pour le convaincre de revenir? Le gars est ingénieur. On est chanceux, il travaille encore pour nous, mais il ne paie plus ses impôts ici.
D’ailleurs, j’ai demandé à Jacques pourquoi il ne restait pas en Ontario considérant qu’il était si proche. Il m’a dit que c’était prévu. Il attend d’avoir fini avec les services de garde quasi gratuits du Québec et après, il va déménager de l’autre côté de la rivière pour inscrire sa descendance à l’école anglaise en Ontario.
J’ai aussi un client. J’aimerais que vous m’aidiez. Le gars a deux compagnies : une au Québec et une autre en Colombie-Britannique. J’aurais aimé qu’il fasse ses placements corporatifs au Québec. Seul problème, impossible de trouver un avantage fiscal pour justifier le tout. Imaginez si je le convainquais, tous ces dividendes et gains de capitaux pourraient être imposés au Québec. Par contre, M. Marceau, j’ai beau être nationaliste, mais je ne peux pas offrir une solution qui n’est pas optimale à mon monde. Vous ne m’aidez pas vraiment à rendre service à ma nation je trouve.
Bref, M. Marceau, vous voyez bien que je veux aider, mais il faudrait faire votre bout aussi. Vous ne pouvez pas continuer à nous taxer autant, nous réglementer autant et espérer que notre économie va se redresser. Je me demande parfois si vous vous rendez compte comment notre manque de compétitivité fiscale diminue les recettes du gouvernement.
Par Ian Sénéchal,
Publié par Ian Sénéchal 






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