Québec, une population de cancres?

Par Ian Sénéchal,

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Bang, voilà un titre qui frappe! Certains répondront certainement oui à cette question, d’autres vomiront leur venin en me criant des noms comme de quoi, une fois de plus, je suis contre le Québec. La réalité, c’est que j’ai utilisé ce titre pour attirer votre attention sur un texte rempli de données économiques ennuyantes. Maintenant que vous êtes tombés dans le panneau, lisez le texte jusqu’au bout!

J’ai eu l’idée de ce texte en lisant The Economist cette semaine. Un texte de Charlemagne soulignait qu’en moyenne, les Grecs (oui, oui, les Grecs) travaillaient plus que les Allemands (les bailleurs de fonds de l’Europe) et pas à peu près. Selon l’OCDE, Ce sont 637 heures de plus par année en moyenne qui sont travaillées. C’est quand même 12 heures de plus par semaine. Mais si les Grecs sont si travaillants, comment se fait-il qu’ils tirent tant le diable par la queue? À la base, l’économie est une science complexe.  Pour se faire une idée de la santé économique d’un pays, regarder le nombre d’heures travailler est une chose, mais il faut aussi regarder le taux d’emploi, la productivité, l’investissement, la recherche, les dépenses publiques, l’endettement public, etc. Les Allemands sont définitivement plus productifs que les Grecs. Mais quand un pays s’enrichit, est-ce que ses habitants travaillent automatiquement moins? Non, pas nécessairement. Regardez les États-Unis (le pays le plus riche au monde), on y travaille 393 heures de plus qu’en Allemagne. Au Canada, on est très près des États-Unis, nos modes de vie se ressemblent et le nombre d’heures de travail moyen également se ressemblent. On travaille seulement 89 heures de moins que les Américains par année. On est donc plus Américains qu’Allemands ou Français. Est-ce dire que c’est culturel? Je pense bien que oui, en partie.

Et le Québec là-dedans? On est vraiment mi-Français, mi-Américains. On mérite bien le titre de Gaulois d’Amérique. On travaille 1637 heures par année au Québec, à mi-chemin entre la France (1479) et les États-Unis (1789). On travaille l’équivalent d’environ deux semaines de moins par année que les autres Canadiens (1700). Les Albertains travaillent plus que tous les autres, 1804 heures par année. Donc, non, l’Alberta n’est pas riche seulement à cause du pétrole, ils méritent quand même ce qu’ils ont!

Vous pouvez avoir l’interprétation que vous voulez de ces chiffres. La mienne est la suivante, les Québécois ont une petite tendance à jouer à la cigale et leur gouvernement ne valorise pas le travail. On pourrait penser qu’une société qui améliore sa productivité peut choisir de vivre plus riche financièrement, ou encore, de s’accorder plus de temps de loisir. Gageons que les taux d’imposition sur le revenu viennent influencer ces décisions tout comme le tissu culturel. En Europe, on observe que le pays riche s’accorde plus de temps de loisir alors que le pays le plus mal foutu se tue à l’ouvrage. En Amérique du Nord, le pays le plus riche et le plus productif est également le plus travaillant. Au niveau des individus, un tableau de l’ami Antagoniste viendra démontrer que plus une personne est riche, plus elle travaille fort! Ceci explique probablement cela. Je vous le disais, l’économie est une science simple complexe!

Le cas du Québec est particulier. Nous ne sommes pas parmi les plus riches du Canada, mais c’est clairement nous qui travaillons le moins ou presque. C’est aussi nous qui prenons notre retraite avant les autres, mais ça, c’est un autre problème. On peut supposer que notre propension à faire fuir les riches avec nos impôts débiles ne vient pas aider nos statistiques, surtout quand on sait que ce sont les riches qui travaillent le plus d’heures par année. Notre problème est-il culturel ou encore simplement fiscal? Un mélange des deux sûrement. La bonne nouvelle, c’est qu’on est capable de faire quelques petits changements pour reprendre de la vigueur économique. On peut encore travailler 63 heures de plus par année pour rejoindre les Canadiens qui, aux dernières nouvelles, ne se tuaient pas tant que ça à l’ouvrage!

Vous ne trouverez pas grand monde pour l’avouer dans nos médias ,mais serait-ce possible que Lucien Bouchard avait raison? Serait-ce possible que les réformes devraient aller dans le sens de remettre les Québécois à l’ouvrage? Serait-ce possible que cela passe par la réforme du Code du Travail… et des syndicats! Fantasmes, fantasmes, fantasmes…