Le projet d’une génération? Pas sûr

Ian Sénéchal

(Contact via Twitter, Facebook, Courriel),

Ma chronique dans Maurais Live en lien avec le sujet

Ah, le Plan Nord. Chantons-le, dessinons-le. Tout un spectacle auquel nous avons assisté ce lundi. Charest nous a créé un grand Plan fourre-tout. Logement social, routes, aéroports, mines, culture et tourisme! Oui, oui, tourisme. Il y a 120 000 habitants au nord du 49e parallèle et on veut nous faire croire que l’on peut développer le tourisme! On aura tout vu.

Plus sérieusement, il faut se rendre compte d’une chose. Ce plan est d’abord et avant tout un programme de marketing politique. On nous le vend comme le plan d’une génération! Vraiment?

EMPRUNTER POUR GAMBLER

Premier grand malaise avec ce plan : les 500 millions qu’Investissement-Québec pourra utiliser pour investir dans le capital-actions des compagnies qui exploiteront le Nord québécois.

Pensez-y, on emprunte, car aux dernières nouvelles on est encore en déficit, afin de jouer à la bourse « afin de s’assurer que les habitants du Nord et l’ensemble des Québécois bénéficie directement des richesses mises en valeur sur leur territoire ». Vous voyez le langage. Aucune inclusion de la notion de risque. C’est connu, des actions de compagnies minières, y a rien de plus sécuritaire.

On prend l’argent de nos enfants, pour prendre des risques financiers énormes. Indécent.

L’ATTENTE PAYANTE

Il y a des raisons pour lesquelles le marché n’a pas encore investi dans le Grand Nord ou du moins, si peu. C’est que le prix des matières premières n’est pas encore suffisamment élevé par rapport aux coûts. Exploiter des ressources dans le Nord québécois est coûteux. Il fait froid, ça augmente les coûts d’équipements et de main-d’oeuvre. C’est éloigné, ce qui augmente les coûts de transport et de main-d’oeuvre. On connaît encore très mal le potentiel réel et les concentrations de métaux. Finalement, il y a des risques politiques reliés aux négociations avec les communautés autochtones.

Si on attendait que le prix des ressources monte suffisamment, le marché investirait naturellement dans le Nord du Québec. Et nous en tirerions encore plus de profits.

En voulant toucher immédiatement les revenus de redevances, le gouvernement du Québec s’endette immédiatement pour exploiter une ressource qui se serait développée de toute façon plus tard avec des revenus plus élevés et sans interventions gouvernementales.

La génération qui en profitera n’est donc pas celle des jeunes, mais une fois de plus celle des baby-boomers qui ont la chienne pour leurs programmes sociaux. On a besoin de cash RIGHT NOW, peu importe si ce n’était pas plus intelligent d’attendre encore quelques années.

PATIENCE DE MISE

Je suis pour le développement de nos ressources naturelles. Mais à une condition. Que le gouvernement ne mette pas son nez là-dedans pour pousser des entrepreneurs vers des projets qu’ils ne feraient pas sans subventions, programmes ou routes offertes en cadeau.

Il faut être patient dans le domaine des ressources naturelles. Les prix internationaux des ressources naturelles vont continuer d’augmenter. Quand ce sera rentable, sans intervention du gouvernement, ce sera le temps de développer. Remarquez, ça l’est probablement déjà pour quelques projets!

Il faut être patient. Un jour, ça vaudra la peine de développer le Nord. On va en faire de l’argent sans même avoir à endetter la prochaine génération ou sans même avoir à jouer au poker avec vos impôts. On n’aura pas besoin non plus d’une nouvelle société d’État pour y arriver. Le prix des ressources sera suffisamment élevé pour que ça devienne un « no-brainer » de développer le Nord.


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4 réflexions sur “Le projet d’une génération? Pas sûr

  1. Pingback: lacapitaleblogue.com | Suggestions du jour 05/12/2011

  2. Moi je crois que le Plan Nord à du bon, et même nécessaire d’exploiter nos ressources au moment ou le prix des matièrs premières est en hausse, et que ça prend des années entre l’exploration et le début de l’exploitation.

  3. Personnellement j’ai pris un peu position en faveur mais c’était plus en réaction à la horde "d’anti-développement" qui s’imagine que c’est avec des CPE syndiqués qu’on va miraculeusement créer de la richesse.

    Mais fondamentalement, je suis plutôt d’accord avec vous: l’attente est payante et le gouvernement risque de tout bousiller.

    J’ai juste peur que si le public ne prend pas une petite part de risque, on doivent attendre des décennies avant que tout ça ne se fasse "naturellement". Les difficultés sont considérables autant au niveau géographique que politique. Or d’ici là, le fisc ne se gênera pas pour nous plumer…

  4. Essayons bien sûr d’être positifs en se disant que ce développement nordique pourrait être bon pour l’économie québécoise dans le respect du précieux lichen des caribous…….Mais voilà qu’après la déclaration ostentatoire du gouvernement Charest d’une redevance supposément quasi immédiate pour le québec de $1,4 milliards, quelques jours plus tard, contredite par son Ministre Bachand pour un montant de $120 millions…….voilà là une petite odeur de fiente de caribou à l’horizon…..

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